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03
Sam, Déc

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"Être citoyen, c’est garder la mémoire des tensions et des combats qui ont traversé l’histoire de la Belgique, de l’Europe et du monde; c’est aussi avoir confiance dans l’avenir"tip.

Introduction

Les valeurs centrales des sociétés en Europe occidentale sont le fruit de l’histoire de ces sociétés, une histoire jalonnée de ruptures et de luttes (contre l’intolérance religieuse, pour les droits de l’homme, pour la défense des travailleurs, pour l’égalité des sexes,…) mais aussi de rencontres.

Ainsi, connaître l’histoire permet de mieux comprendre l’évolution qu’ont connue les sociétés en Europe occidentale et en quoi celle-ci a été déterminante pour expliquer la place centrale actuelle des valeurs qui seront abordées dans la fiche "La Belgique en quelques chiffres".

Il nous a paru, dès lors, intéressant de nous pencher sur quelques périodes-clés du développement des idées en Europe afin de rappeler combien les sociétés européennes n’ont pas toujours été telles qu’on les perçoit actuellement: elles n’ont pas toujours été nécessairement si éloignées de la réalité vécue actuellement dans d’autres pays (en termes de pauvreté, de liberté d’expression, de statut de la femme, de la place occupée par la religion, de liberté des mœurs…).

Nous commencerons avec la Renaissance, époque qui a vu la naissance "d’une mentalité qui a permis à la société moderne de voir le jour" au niveau européen, non sans avoir fait, au préalable, un détour par la période qui l’a précédée, à savoir le Moyen-Age, afin de mieux percevoir la dynamique dans laquelle cette évolution s’inscrittip.

Le Moyen-âge

Aux 12ième et 13ième siècles, la chrétienté latine, c’est-à-dire presque toute l’Europe, paraît être en retard sur les grandes communautés: les Chinois, les Arabes et dans une certaine mesure les Byzantins. Sur de nombreux points, les Chinois ont une grande antériorité dans la découverte (soie, poudre, grenade, canon, boussole, papier, encre, brouette,…). Leurs inventions ont plus que probablement été transmises par les Arabes, les contacts directs entre la Chine et l’Occident semblant avoir été très rares. Par contre, la civilisation arabe et celle de l’Occident se côtoient le long de frontières communes et en Méditerranée. Cette influence s’exerce d’abord à partir de Bagdad, puis, de plus en plus par l’Espagne et la Sicile.

C’est grâce, notamment, aux Arabes que le débat intellectuel entre foi et raison (qui existe depuis le début du christianisme) va prendre une ampleur nouvelle. En effet, outre le fait que le nombre "d’intellectuels" (clercstip, étudiants des universités, poètes) s’accroît en Europe, la découverte faite par les Européens de nouveaux textes grecs (surtout d’Aristotetip) va être tout à fait déterminante dans le développement de la pensée européenne. Or, ils doivent cette découverte aux Arabes. En effet, les brillantes périodes de la civilisation arabe avaient amené à faire traduire nombre de textes de grec en arabe. On va en venir à traduire ces auteurs d’arabe en latintip. La porte est donc ouverte à la reconstitution des textes qui se fera pleinement au cours du 16ième siècle. Deux hommes (parmi bien d’autres) peuvent être considérés comme les symboles de cette transmission: Ibn Ruchd que les Européens appellent Avérroès (né à Cordoue vers 1120, mort au Maroc en 1198 et connu pour avoir notamment publié un commentaire de toute l’œuvre d’Aristote) et Maimonide (Juif né à Cordoue en 1135 et mort en 1204 en Orient après avoir passé 30 ans en Égypte et au Maghreb). Les Arabes ont fait plus que transmettre la science, ils l’ont cultivée, ont exercé leur esprit critique et ont commencé à confronter les concepts grecs avec l’expérience. Leur tendance, moderne, à développer les techniques et les applications pratiques, les a considérablement favorisés. L’Europe leur est redevable en astronomie, mécanique, chimie, médecine (avec notamment le développement des premiers hôpitaux où le soin des malades allait de pair avec la formation des jeunes médecins et les observations purement scientifiques).

A partir du 13ième siècle, l’Europe sera donc animée par d’importants débats théologiques (certains croyants considèrent l’écriture sainte comme devant être acceptée littéralement, d’autres veulent distinguer l’essence de la vérité des textes vus comme des allégories ou des symboles). Mais elle sera aussi, à partir de la fin du 13ième siècle, animée par le progrès scientifique, l’assouplissement des contraintes religieuses et le cheminement de l’idée, déjà chère aux Arabes, de l’importance de l’observation et de l’expérimentation

Pour compléter la description de ce contexte, notons, qu’à cette époque, également, les villes ont globalement fini de conquérir leur autonomie politique vis-vis des seigneurs locaux qui, généralement l’ont acceptée relativement facilement car ils avaient besoin d’argent et que les membres des communautés urbaines avaient accumulé des richesses. Dès lors, en échange du paiement d’impôts, les villes ont obtenu des privilèges/libertés (écrits dans des chartes) et disposé d’une administration particulière.

On va y voir naître de nouvelles classes sociales:

  • les bourgeois "minoritaires" (les riches marchands établis dans un "bourg") qui dirigent la ville et
  • la plèbe "majoritaire" (formée par la masse des artisans, ouvriers et commerçants) qui ne dispose d’aucun pouvoir politique et est exploitée au niveau économique.

Face à cette situation, les métiers/corporationstip vont commencer à se révolter et exiger le partage du pouvoir communal. Quand ils ne furent pas étouffés dans l’œuf, ces troubles purent conduire à un nouveau partage du pouvoir.

Parmi les libertés généralement accordées par les seigneurs aux villes et communes se trouvant sur leur territoire, il y a la liberté individuelle des bourgeois (affranchis donc des obligations traditionnelles à l’égard de leur seigneur), l’inviolabilité du domicile et le droit de propriété, la suppression des entraves à la circulation des biens et des personnes, la libre organisation et fréquentation des foires et des marchés ainsi que le droit d’avoir des hallestip.

La Renaissance (15ième-16ième siècle)

Vitruvian.jpg Les universités, gloire du 13ième et du 14ième siècle déclinèrent au 15ième siècle. Elles s’enlisaient dans la philosophie scolastique (pensée traditionnelle figée fondée sur l’autorité). En réaction à cette situation, on vit apparaître l’Humanisme. Il s’agit avant tout d’une attitude qui place l’Homme (et non les idées abstraites) au centre de la réflexion. Qu’est l’Homme? Quelle est sa place dans l’univers? Quelle est son origine? Quelle est sa destinée? Au lieu de donner à ces questions des réponses dogmatiques, toutes faites, on étudie ces problèmes. Alors que la scolastique estime qu’un certain monde est parfait, l’humanisme introduit la notion de progrès indéfini. C’est une rupture de la pensée humaine avec une tradition bien établietip. On glisse donc vers une philosophie de pensée individuelle, morale, intuitive. Il s’agit d’une mutation profonde par rapport à l’époque d’avant (le Moyen-Age).

Parti d’Italie, l’Humanisme s’est répandu à partir de la fin du 15ième siècle, un peu partout en Europe.

Les caractéristiques de l’Humanisme du 16ième siècle sont:

  • l’aspiration à la connaissance des possibilités humaines et la réflexion de l’homme sur lui-même;
  • le refus de tout ce qui fait obstacle au développement de l’esprit;
  • le rejet de toute autorité arbitraire;
  • le rejet des dogmestip de l’Église (mais pas de la religion comme telle);
  • la volonté d’une nouvelle organisation de la vie qui se manifestera sur le plan politique, social, esthétique et même religieux.

L’Humanisme philosophique est fondé sur la connaissance de l’homme, l’accomplissement harmonieux de sa nature, sous le contrôle de sa Raison.

La Renaissance est un fait de culture par le livretip qui apporte une conception différente de la vie et de la réalité, qui va imprégner les arts, les sciences, les lettres et plus difficilement les mœurs. Le 16ième siècle apparaît comme l’âge de toutes les découvertes concernant l’Homme, de l’expansion des connaissances, des aventures maritimes qui permettent l’exploration des continents inconnus, de la représentation de l’anatomie humaine et la mise en cause de la pensée cléricale médiévaletip.

Ceci ne va cependant pas empêcher les scientifiques de devoir lutter contre le principe d’autorité de l’église catholique et d’être vaincus dans certains cas, comme l’Italien Galilée (1564-1642) qui, dans le sillage du Polonais Copernic, du Danois Brahe et de l’Allemand Kepler, va achever de détruire la théorie d’Aristote (selon laquelle la terre serait immobile, au centre du monde), en découvrant que la terre tourne et qu’elle n’est qu’une infime parcelle dans un ciel dont on élargit sans cesse la zone observable. Une telle découverte était intolérable pour les autorités ecclésiastiques, habituées à tout expliquer par le livre de la Genèse dans la Bible, complété par la théorie immobiliste d’Aristote. Galilée fut donc arrêté et emprisonné. Menacé de torture, il finit par se rétracter (sans, paraît-il, avoir pu s’empêcher de dire ensuite "Et pourtant, elle tournetip").

Le succès intellectuel n’implique donc pas nécessairement le progrès moral comme le montrent également les nombreuses guerres de religiontip et abus, tels que l’esclavagetip, l’exploitation ainsi que le massacre d’autres peuples (Indiens d’Amérique du Sudtip), qui vont marquer cette époque.

Le siècle des Lumières (18ième siècle)

diderot-cc-tm-tm.jpg C’est dans une Europe toujours dominée par des monarchies absolues (sauf essentiellement en Angleterre), par des oppressions religieuses (catholiques/protestants), par de nombreuses guerres (notamment coloniales), par la poursuite de la conquête du monde et par le commerce des esclaves que va naître ce siècle dit des "Lumières".

Le mot "Lumières" définit métaphoriquementtip le mouvement culturel et philosophique qui a dominé en Europe, et particulièrement en France, le 18ième siècle auquel il a donné, par extension, son nom de "siècle des Lumières".

Les "philosophes des Lumières" (Voltaire, Diderot, Montesquieu,…) ont marqué le domaine des idées et de la littérature par leurs remises en question fondées sur la "raison éclairée" de l’être humain et sur l’idée de liberté. Par leurs engagements contre les oppressions religieuses, morales et politiques de leur temps, les membres de ce mouvement, qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l’arbitraire et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps.

Six traits marquants peuvent être retenus dans la pensée des Lumièrestip:

  • la primauté de l’esprit scientifiquetip sur la Providencetip
  • la réflexion politique: elle est marquée par la théorie contractuelle (influencée par les travaux de John Locketip). L’État doit garantir les libertés individuelles. Mais elle est également marquée par la théorie de la "séparation des pouvoirs" (élaborée par Locke et Montesquieu) qui vise à séparer les différentes fonctions de l’État, afin de limiter l’arbitraire et d’empêcher les abus de pouvoirtip.
  • les progrès de l’esprit critique, esprit qui n’accepte aucune affirmation sans s’interroger d’abord sur sa valeur (doute méthodique, libre examen). Il refuse d’être influencé par un quelconque dogme établi.
  • une première désacralisation de la monarchie.
  • l’affirmation de l’idée de tolérance (dans une Europe marquée par les oppressions religieuses: protestants/catholiques).
  • le déisme: croyance en un Dieu, mais pas en son instrumentalisation religieuse. Les déistes ne croient ni aux prêtres, ni à une "Église", ni à des textes sacrés ou des messies. Le déisme consiste donc en l’affirmation, hors de toute révélation religieuse, de l’existence d’un être suprême dont la nature et les propriétés restent inconnues.

L’idée de progrès vient couronner tous ces traits dominants. L’une des caractéristiques de l’Europe occidentale à partir du 18ième siècle va être la multiplication des inventions.

f1.highres.png Pour les philosophes du 18ième siècle, la citoyenneté n’est pas séparable de l’activité de production et de la valeur donnée au travail dans une société qui repose sur l’ambition de maîtriser la nature. Dans l’Encyclopédietip, le travail est défini comme "l’occupation journalière à laquelle l’homme est condamné par son besoin et à laquelle il doit en même temps sa santé, sa subsistance, sa sérénité, son bon sens et sa vertu peut-être".

Le travail est mis au centre de la réflexion sur la société. Pour les physiocratestip, "le terroir inculte n’a aucune valeur effective et ne peut en acquérir que par le travail, il faut donc que ces hommes partagent le territoire pour que chacun d’eux y cultive, y plante, y bâtisse et y jouisse en toute sûreté des fruits de son travail. La propriété est justifiée par le travailtip.

L’influence des écrits des "Lumières" a été déterminante dans les grands événements de la fin du 18ième siècle que sont la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique en 1776 (qui deviennent ainsi la première colonie du monde à devenir indépendante) et la Révolution française en 1789.

L’un des textes fondamentaux de la Révolution française sera: la "Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen". Les principes énoncés par les philosophes de la seconde moitié du 18è siècle y trouvent leur pleine consécration, à commencer par la séparation des pouvoirs. L’article 2 énumère ce qu’elle considère comme des droits naturels et imprescriptibles de l’hommetip: la liberté (liberté d’opinion, de presse, de conscience), l’égalité (art 1: les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits), la propriété (vue comme un droit naturel, imprescriptible de l’homme, elle est considérée comme inviolable et sacrée -art.17-), la sûreté, la résistance à l’oppression. Ces droits vus comme naturels et imprescriptibles sont considérés comme antérieurs aux pouvoirs établis et comme applicables en tout temps et en tout lieu. La Déclaration de 1789 a inspiré, au 19ième siècle, un grand nombre de textes similaires dans de nombreux pays d’Europe (dont la Belgique) et d’Amérique latine.

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La Révolution industrielle et la naissance de la démocratie sociale et économique (19ième siècle)

Le terme "Révolution industrielle" désigne le phénomène majeur du 19ième siècle dont les conséquences affectèrent profondément l’économie, la politique, la société et l’environnement.

C’est au cours de la révolution industrielle que sont inventés, découverts ou développés presque tous les éléments autour desquels se structure notre mode de vie actuel comme l’électricité, le téléphone, l’aviation, le train, la voiture… C’est le triomphe du progrès technique et de son exploitation massive. On retiendra notamment l’utilisation de la machine à vapeur qui permettra entre autre d’actionner des métiers textiles et des marteaux pilons, on retiendra aussi les inventions relatives à la fonte et au fer (hauts fourneaux au coke -charbon de terre-).

La révolution industrielle a transformé une société majoritairement rurale en une société principalement urbaine. Une partie de la population qui n’arrive plus à survivre du rendement de la terre migre donc vers la ville en espérant trouver du travail.

Les premiers espaces à s’être industrialisés ont été la Grande-Bretagne (à partir de 1780) et la Belgiquetip (prémices à la fin du 18ième siècle mais réel démarrage entre 1800 et 1810 -dans le secteur textile d’abord puis la métallurgie-). La Belgique fut donc le premier pays d’Europe occidentale - après la Grande-Bretagne - à connaître la Révolution Industrielle. Puis, ce sera la France (à partir de 1830 environ).

L’Allemagne et les États-Unis quant à eux se sont industrialisés à partir du milieu du 19ième, suivis par le Japon (à partir de 1868) puis la Russie (1890).

Cette époque (19ième siècle) se caractérise notamment par:

  • la rationalisation du processus productif afin d’accroître la productivité du travail (recherche de l’efficacité optimale).
  • la naissance du mouvement ouvrier: Les ouvriers sont confrontés à des conditions de vie très dures: durée épuisante du travail (jusqu’à 15h/jour), emploi des enfants dès leur jeune âge (dès 5 ans), accidents du travail très nombreux vu l’absence de mesures de protection, vie dans des taudis, misère absolue pour les personnes âgées, les infirmes, les malades, les chômeurs que seule peut secourir la charité. Face à cela, s’est dressé, de façon de plus en plus réfléchie et organisée, le mouvement ouvrier. Des associations vont se constituer (mutuelles, coopératives, syndicatstip,…) et les idées socialistes vont se développer (les premiers partis socialistes naissent dans le courant de la deuxième moitié du 19ième siècle). Les luttes vont viser à l’acquisition de droits sociaux (droit de grève, amélioration des conditions de travail, limitation du travail des enfants,…) et politiques (droit de vote). Cela ne va pas se faire sans mal. En effet, les conflits vont souvent être réprimés durement (arrestations et condamnations d’ouvriers, interventions de l’armée et morts d’hommes,…) mais vont conduire (avec une chronologie différente selon les pays) à un certain nombre d’améliorations pour la classe ouvrière.
  • le début de l’intervention de l’État dans le domaine social sous l’effet conjugué d’une évolution de la pensée politique mais surtout de la mobilisation ouvrière: C’est, en effet, lorsque la menace ouvrière se précise que les gouvernements lâchent du lest. L’État inaugure avec ses premières mesures sociales un rôle qui, auparavant, était majoritairement le fait des paroisses (Église). Des limites commencent à être mises au travail des enfants (1833 en Angleterretip), des femmes (1847 en Angleterre). Toutefois, les mesures les plus importantes au niveau social viennent de Prusse (Allemagne) où est mise en place en 1883 une assurance-maladie, en 1884 un système pour prémunir les travailleurs contre les accidents du travail et en 1889 une assurance-vieillesse.
  • une importante émigration européenne: Un des résultats de la misère ouvrière va être une énorme émigration européenne. 50 millions de personnes sont parties entre 1815 et 1914 pour l’outre-mer (32 millions vers les États-Unis, 4, 5 millions vers le Canada, 4, 6 millions au Brésil, 6 millions en Argentine, viennent ensuite l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud) tip.
  • le développement du sentiment national et la lutte pour l’indépendance: Le sentiment national qui a commencé à apparaître en Europe occidentale et dans les colonies anglaises au 18ième siècle va s’étendre et se concrétiser sous la forme d’indépendances au 19ième siècle. On marche vers l’État-national qui consiste à "être gouverné par soi-même" et non par l’étranger. Ce siècle verra ainsi, notamment, après la fin de l’Empire napoléonientip (1815), l’unification allemandetip et italiennetip, et la création d’États nouveaux: la Grèce (1829) tip, la Serbie (1829), la Belgique (1830) tip, la Roumanie (1856-1859), la Bulgarie (1878).

La Révolution des mœurs (20ième siècle)

Le 20ième siècle va être le siècle au cours duquel les rapports entre hommes et femmes vont fondamentalement évoluer et le principe d’égalité progressivement se concrétiser. Cette situation n’est pas née de rien et est le fruit d’un lent cheminement.

À partir du 15ième siècle déjà, certaines femmes, presque toutes lettrées, instruites et de classes élevées, vont écrire et s’opposer à la profonde misogynietip existant depuis le début du Moyen-Age en Europe. Toutefois, il faudra attendre la Révolution Française (1789) pour que la voix des femmes commence à se faire entendre de façon collective afin de revendiquer l’accès à l’éducation, l’élimination des lois discriminatoires et le droit à la représentation politique. Ces femmes étaient encouragées par le discours politique de la Révolution Française basé sur le paradigme universel de l’égalité naturelle et politique. En Angleterre aussi, à la même époque (fin 18ième), les femmes vont lutter pour le droit à l’expression politique et philosophique. Il n’empêche que le début du 19ième siècle se caractérise par une subordination claire de la femme envers l’homme. Ainsi, le code civil de 1804 (dit "code Napoléon") prévoit, par exemple que "le mari doit protection à sa femme et la femme doit obéissance à son mari" (art. 213). En termes de divorce, le mari peut le demander en cas d’adultère alors que la femme ne peut le faire que si le mari entretient sa concubine au domicile conjugal.

À titre illustratif, voici ce qu’écrivait, en 1848, George Sand (1804-1876), écrivaine française, à propos des inégalités hommes/femmes en vigueur à l’époquetip:

  • Les femmes ne peuvent exercer un métier d’homme: pas d’avocates, pas de pharmaciennes, pas de médecins, pas de chirurgiens, pas de mandat politique…
  • La femme est sous la tutelle et la dépendance de son mari, une femme de 80 ans est donc mineure lorsqu’elle est mariée…
  • Le mariage enlève à la femme tous ses droits civils…
  • Le mari a le droit d’adultère hors du domicile conjugal, il a par contre le droit de meurtre sur la femme infidèle…
  • Il a le droit de chasser les parents de sa femme et de lui imposer les siens…
  • Il a le droit de la réduire à la misère tout en gaspillant sa dot…
  • Il a le droit de la battre et de repousser ses plaintes par un tribunal si elle ne peut produire de témoins, il a par contre le droit de la déshonorer par des soupçons injustes… »

Aux 19ième et 20ième siècles, les premières revendications des femmes vont porter principalement sur les droits économiques (droit de disposer librement de leurs bienstip et de leur salairetip), éducatifstip (mixité à l’école, accès à l’enseignement supérieur et à l’exercice de professions libérales) et politiques (droit de vote).

Toutefois, en pratique, c’est la revendication pour le vote féminin qui sera une des principales causes de mobilisation des femmes. En effet, les féministes pensaient que le droit de vote leur permettrait d’accéder aux centres de décision politiques et d’élaborer des lois abolissant les autres inégalités sociales. Le chemin vers le vote des femmes n’a pas été facile et a été rempli d’écueils et de petites victoires. Les suffragettestip étaient considérées comme une menace pour le foyer et la famille. La société ne pouvait accorder le droit de vote aux femmes puisqu’elle estimait que les rôles de mère et d’électrice étaient incompatibles. Les femmes étaient considérées comme des mineures, trop influencées par les opinions de leur mari ou de leur père.

Globalement, en Europe, les femmes ont accédé au droit de vote un demi-siècle après les hommes. En effet, si les pays nordiques ont accordé au début du 20ième siècle le droit de vote aux femmes (comme la Finlande (1906) et la Norvège (1912) qui furent les premiers à prôner l’égalité politique), dans d’autres pays, par contre, tels que la France (1944) et la Belgique (1948), la lutte a été plus longue avant de parvenir à vaincre les barrières sociales et juridiques qui refusaient le droit de vote aux femmes. En Suisse, il faudra attendre 1971tip et au Portugal, 1975. Notons, à titre de comparaison, qu’en Turquie, les femmes ont eu le droit de vote en 1934.

Mais l’obtention du droit de vote ne va pas signifier, pour autant, la fin des inégalités. Le sexismetip était toujours bien là. À partir des années 1960, l’aspect le plus important de l’activité féministe va être l’ensemble des actions destinées à combattre l’oppression générée au sein de la famille, du mariage et la sexualité. C’est suite à ce mouvement que des réformes législatives vont progressivement être mises en œuvre en matière de divorce et de lois sur la contraception, l’avortement, ou beaucoup plus tard contre le harcèlement sexuel et la violence sexistetip.

Dans de nombreux pays européens, jusqu’au milieu du 20ième siècle, l’infidélité féminine était un délit tandis que les maris ne risquaient qu’une faible amende (et encore, si l’infidélité était prouvée et répétée). En France, il a fallu attendre 1965 pour qu’une femme mariée puisse exercer une activité professionnelle sans l’accord écrit de son maritip.

Le terme "révolution sexuelle" recouvre les changements substantiels du comportement et des mœurs sexuels intervenus en Occident à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

Ce mouvement est essentiellement marqué par l’émancipation sexuelle des femmes. Elles commencent à avoir des comportements similaires à ceux admis en général chez les hommes. Faire l’amour avant le mariage était un apanage masculin et la virginité féminine, en revanche, était une "valeur" farouchement défendue par les familles. Les choses changent alors…

Cette révolution est consubstantielle d’une révolution scientifique marquée par un faisceau de découvertes et d’avancées: la diffusion du préservatif en latex après les années 1930, le traitement des maladies sexuellement transmissibles, au premier lieu desquelles la syphilis (qui faisait des ravages depuis la Renaissance) grâce à la découverte des antibiotiques à partir de 1941, et les progrès en matière de contraception (le stérilet est inventé en 1928 et la pilule contraceptive découverte au début des années 1950). Toutefois, en matière de sexualité également, le combat des femmes fut difficile, dans certains pays en particulier. Pourtant, il était essentiel: “Le poids de la fécondité forcée est l’un des facteurs fondamentaux de l’inégalité entre les sexestip (Pierre Bourdieu). Ainsi, il faudra attendre 1967 (soit plus de 10 ans après son invention) pour que la pilule soit légalisée en France. Cette décision va d’ailleurs générer, à l’époque, dans une France très conservatrice, l’hostilité de nombreuses personnalités.

Ce qui caractérise la révolution sexuelle, c’est:

  • le déclin du pouvoir normatif en termes de morale de la part des Églises en particulier et de toute autorité en général. Les années 1960 et 1970 voient l’effondrement des valeurs d’une moralité enracinée dans la tradition judéo-chrétienne et l’émergence de sociétés plus permissives, ainsi que d’attitudes qui acceptent une plus grande liberté sexuelle qui se manifeste dans l’expression "amour libre".
  • le passage du "sexuel" de la sphère du privé à celle du public. Ce qui se faisait dans les alcôves et se vendait "sous le manteau" a désormais droit de cité. Le changement principal dû à cette révolution n’est pas dans une augmentation du nombre de rapports sexuels ni dans des formes nouvelles de sexualité, mais bien dans l’apparition d’une parole plus ouverte que les générations précédentes sur ce sujet.
  • le développement d’une idéologie hédoniste de la jouissance

C’est à cette époque que l’éducation sexuelle fait son entrée dans les écoles et les minijupes font leurs premières sorties dans la rue.

Progressivement, l’homosexualité -strictement taboue aux époques de domination de la société par l’église- ne va plus être stigmatisée. Les femmes et les hommes, lesbiennes et gays, réclament et vont commencer à obtenir des droits précédemment réservés aux couples hétérosexuels. L’inscription progressive dans le droit de l’égalité des couples homosexuels se fait en parallèle à l’égalité juridique acquise progressivement par les femmes au sein de sociétés occidentales encore empreintes du système patriarcaltip qui les a façonnées pendant plus de deux-mille ans.

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