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Jeu, Aoû

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Introduction

La question des normes et des valeurs est au centre de nombreux débats politiques, mais sans nécessairement que ces notions soient définies clairement ni que l’on précise ce qu’elles impliquent concrètement.

Nous nous proposons, dès lors, dans cette partie, de clarifier le sens de ces termes au niveau sociologique ainsi que d’énoncer les principales valeurs caractérisant (toujours au niveau sociologique) les sociétés occidentales actuelles, et donc notamment la société belge.

La notion de "norme sociale"tip

Ce sont les normes qui assurent la régularité de la vie sociale.

Les normes comprennent, bien sûr, les règles fixées à l’avance, les lois, les procédures dont se dotent les groupes et les sociétés.

Mais ces faits ne constituent que la face émergée d’un iceberg. L’ensemble des normes d’une société est beaucoup plus vaste et comprend toutes les règles non écrites, le "non-dit" qui sous-tend les rôles, les actes et les conduites.

Les normes sont souvent assorties de sanctions et expriment certaines valeurs sociales.

Les sanctions, en cas de non-respect des normes, peuvent être explicites (les règles de droit), mais elles couvrent aussi tout un domaine de sanctions non explicites: la réprobation, le dédain, l’exclusion d’un groupe, l’indifférence.

Toute vie en société implique des mécanismes de contrôle social fondé sur l’existence de normes.

Les normes sont le prolongement des valeurs.

La notion de "valeur sociale"tip

Les valeurs sont des manières d’être ou d’agir qu’un groupe reconnaît comme idéales et qui rendent désirables ou estimables, les êtres, les conduites, les objets auxquels elles sont attribuées (G. Rocher).

Elles représentent des idéaux qui serviront de critères de référence, d’appréciation et de jugement. Ces critères portent sur certaines conceptions du bon, de l’agréable, du bien, du juste, du beau, du vrai.

Toutes les mutations importantes (guerre, révolution, réformes institutionnelles ou religieuses, changement démographique, innovations techniques, initiatives relevant des défis posés par l’environnement, etc.) sont toujours accompagnées de changements de valeurs.

Le groupe a besoin de valeurs car elles contribuent à maintenir sa structure.

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Quelques valeurs centrales des sociétés en Europe occidentaletip

Préalable

Il ne s’agit pas, ici, de procéder à un quelconque jugement (positif ou négatif) à l’égard des valeurs qui vont être citées mais bien de sensibiliser le lecteur à la place occupée par certaines de celles-ci dans la société et de les recontextualiser. De même, il importe de ne pas oublier qu’il s’agit ici de parler des valeurs centrales de sociétés en général et non d’individus en particulier. Ainsi, par exemple, la valeur "efficacité" citée ci-dessous peut être contestée à titre individuel par un certain nombre de personnes, en raison d’autres valeurs, il n’empêche qu’elle se retrouve en filigrane de nombreuses dynamiques existant au sein de la société actuelle. Enfin, l’essentiel n’est pas tant dans le libellé de ces valeurs mais bien dans la façon dont elles vont être interprétées et se décliner concrètement au sein des sociétés par le biais des normes juridiques et des normes sociales (voir fiche "La Belgique en quelques chiffres" pour ce qui concerne la société belge).

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En effet, toutes les valeurs citées ne vont pas nécessairement se décliner de la même façon selon les époques ni les pays.

Par ailleurs, présenter les valeurs citées comme étant celles des sociétés d’Europe occidentale ne signifie nullement qu’elles leur sont spécifiques et qu’elles n’existent pas ailleurs! Toutefois, le fait que des valeurs identiques se retrouvent dans différentes sociétés n’implique pas, pour autant, qu’elles vont être envisagées de la même façon et que les normes tant juridiques que sociales qui vont en découler vont être automatiquement les mêmes partout.

Parmi les valeurs centrales dans les sociétés occidentales, on peut citer notamment celles de "liberté", d’ "égalité", d’ "efficacité", de "travail" et de "famille".

La liberté

Cette valeur est au cœur des systèmes démocratiques. Elle s’est forgée dès le Moyen-Age (13ième-14ième siècles) à l’occasion de luttes et des conflits opposant des classes sociales, des groupes religieux (16ième-17ième siècles), à des formes de pouvoirs coercitifs. Au 18ième siècle, elle est apparue comme point de ralliement, de convergence d’aspirations diverses (voir infra "Le siècle des Lumières").

Cette valeur implique le droit pour l’individu de diriger sa destinée, de régler ses affaires en toute indépendance, de prendre des initiatives (liberté d’entreprendre), d’exprimer ouvertement ses idées et de les défendre, d’aller où l’on veut, d’être maître chez soi, de fonder des groupes, d’y participer, de ne pouvoir être arrêté et poursuivi arbitrairement, de pouvoir être défendu en justice, d’être athée ou d’embrasser la religion de son choix, etc.

Cette valeur a également sous-tendu, au 20ième siècle, les luttes qui ont été menées dans le cadre de la contraception, de l’avortement et de l’euthanasie et qui ont débouché, dans un certain nombre de pays, sur une législation en la matière: la liberté de pouvoir disposer de son corps et donc de pouvoir choisir d’avoir ou non des enfants (contraception et, dans certaines limites prévues par la loi, avortement) et de pouvoir choisir (toujours dans certaines limites) de mettre fin à sa vietip.

Elle intervient également dans le choix du conjoint (liberté de choix), de même que dans celle de l’orientation sexuelle (liberté d’être hétérosexuel ou homosexuel).

Il est important de noter que l’importance accordée à la valeur "liberté" ne signifie pas qu’il n’existe pas de limites à celle-ci. En effet, la valeur "liberté" inspirera des règles et des lois qui en limiteront l’exercice au nom, précisément, de la sauvegarde de la liberté d’autrui.

L’égalité

La valeur "égalité" est aussi fille du 18ième siècle et s’est peu à peu affirmée au cœur des revendications des plus démunis et des mouvements sociaux.

Cependant, cette valeur a connu des interprétations diverses et des glissements de sens.

L’égalité de rémunérations et de gratifications qui avait été portée au 19ième siècle par certains a rapidement cédé la place à la notion d’égalité de chances et à celle d’universalité de droits, notamment à travers la démocratisation de l’enseignement et des politiques de sécurité sociale.

On peut également citer, dans le cadre de cette valeur d’égalité, au 20ième siècle, la lutte contre les discriminations "fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.:" (article 14 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales).

L’efficacité

Cette valeur a été à la fois la condition du progrès économique et technique et sa conséquence. C’est, en effet, avec le progrès technique que cette valeur a pris une importance de plus en plus grande (voir infra: "la révolution industrielle").

Elle implique la rationalité des moyens, la recherche d’un rendement maximum, d’une productivité toujours accrue. Elle implique aussi que le temps soit valorisé en terme économique.

Le travail

La valeur accordée au travail a, sans conteste, été le pilier du développement économique et technique des sociétés européennes.

C’est à partir du 18ième siècle que le travail, comme valeur, s’impose. On pense, à partir de cette époque, que l’homme se réalise lui-même et exprime sa pleine humanité par le travail. Activité conforme à la nature de l’homme, le travail est vu au 18ième siècle comme nécessaire à la santé et protégeant de l’ennui et de l’oisiveté. La société moderne a hérité de cette conception de l’homme pleinement humain en tant qu’Homo faber, homme industrieux. Même s’il adopte des formes qui ne cessent de se renouveler, le travail demeure un axe essentiel de la vie dans les démocraties modernestip. Le statut social d’une personne continue à être étroitement lié à la place qu’elle occupe dans le marché du travail et ce, en dépit du fait qu’il n’y pas de garantie pour tous de pouvoir avoir un travail (cf. importance du taux de chômage).

Toutefois si la valeur "travail" reste essentielle, on a vu, avec la réduction du temps de travail, les valeurs "hors travail" (loisirs) progresser et ce, depuis les années 1970.

La familletip

Les structures familiales, les formes, les dimensions, les fonctions, les rapports entre ses membres, de même que les rapports entretenus avec l’extérieur varient avec le temps et les types de sociétés.

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La famille d’autrefois

De nombreuses conceptions de la famille d’autrefois sont en partie mythiques. Ainsi, par exemple, en France:

  • le taux d’activité féminine était plus élevé au 19ième siècle qu’actuellement. En 1866, le taux d’activité des femmes de 15 à 60 ans était de 63 %tip.
  • le taux de naissance hors mariage était très important. Il était très courant, avant le 16ième siècle, que le mariage ait lieu après la naissance du premier enfant. Au 18ième siècle, on comptait, à Paris, 30 à 40 % de naissances illégitimes.
  • Quant aux rôles et statuts de la femme, ils n’ont pas évolué de manière linéaire dans le sens d’une "libération". Ainsi, fin du 13ième siècle, on observe, avec l’introduction du droit romain, une cassure. Au sud de la Loire, où règne désormais le droit romaintip, les femmes deviennent juridiquement "incapables" et sont mises sous l’autorité d’un "pater familias", tandis qu’au nord de la Loire, les droits coutumiers celtes et germaniques conservent aux femmes des droits et une autonomie juridique.

Par ailleurs, longtemps, des formes familiales diversifiées vont coexister:

  • dans le monde bourgeois (des commerçants): on a généralement des familles restreintes, déjà de type conjugal
  • dans le monde rural et la noblesse: on a des familles plus étendues

La notion de vie privée n’existe pas ou a un sens différent d’aujourd’hui. La conception du logement notamment reflète l’ouverture de la famille. La chambre à coucher, par exemple, a un caractère "public". C’est au 18ième siècle, dans les familles aisées, que l’on va séparer la vie privée de la vie professionnelle et mondaine. Le milieu de sociabilité de l’enfant se rétrécit: la famille devient la principale source de socialisation, alors qu’auparavant les enfants participaient davantage à la vie d’autres familles (voisins, par exemple).

Le couple important dans la famille d’autrefois était la mère et l’enfant (le noyau conjugal basé sur l’amour n’est donc qu’un phénomène récent).

Le mariage d’autrefois était davantage affaire de famille que de choix personnel.

Dans les sociétés pré-industrielles, la famille était l’unité de production et de consommation, le lieu assurant la sécurité individuelle. L’appartenance familiale conférait l’identité sociale.

Les enfants étaient considérés surtout comme des auxiliaires de production, leur perte (la mortalité infantile était très grande) était ressentie comme une fatalité.

La famille d’aujourd’hui

La fonction de protection a été relayée par des puissants substituts fonctionnels: les pensions de vieillesse, les allocations de chômage, les indemnités de maladie, les hospices, etc.

Dans sa fonction d’éducation, elle a été secondée, de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps, par l’école.

Sur le plan affectif, par contre, la famille est devenue un élément essentiel.

La famille garde également une influence primordiale sur la sélection et l’intériorisation des messages et des valeurs proposés par les mass media.

D’une manière générale, les familles nucléaires (parents-enfants), de type conjugal, ont remplacé les familles étendues.

L’enfant est considéré comme porteur de droitstip. L’autorité parentale n’est pas inconditionnelle.

Sur le plan de sa structure interne, le contrôle social réciproque au sein de la famille tend à s’estomper. Chacun peut développer des horizons et des préoccupations distincts. La structure unifiée et hiérarchique tend à s’atténuer. Les rôles sont moins bien définis. Le partage des responsabilités entre époux s’intensifie, de nouveaux rapports dans le couple apparaissent.

Les types de familles sont diversifiés (couples mariés, co-habitants, familles mono-parentales, familles recomposées,…). La gamme est beaucoup plus complexe qu’autrefois et varie selon les milieux sociaux mais aussi selon l’âge, les étapes de la vie familiale et certains traits culturels.

La fécondité (avec le développement des moyens contraceptifs) est devenue un phénomène de volonté humaine qui varie selon les milieux sociaux et culturels. La classe sociale et l’appartenance religieuse jouent un grand rôle sur "le nombre idéal d’enfants".

L’enfant est souvent le véritable noyau de la famille et notamment son "agent socialisateur" en matière de pratiques culturelles nouvelles.

La virginité n’est plus une norme sociale.

Les taux de divorce sont en augmentation. Le lien du mariage n’est plus considéré comme inconditionnel. Les taux de divorce traduisent une nouvelle conception de la famille impliquant plus d’exigences quant à la qualité des liens affectifs.

Le choix du conjoint n’est plus réglementé, prévu, organisé par la famille, comme autrefois.

Les transformations de la famille sont inséparables des transformations de la société toute entière.

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