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Dim, Jui

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Préalable important

Il nous semble essentiel de souligner l’importance pour le formateur de prendre le temps, en amont, de mener une réflexion personnelle approfondie quant au contenu même de ce document et à la façon dont il se positionne à son égard.

Quels sont les aspects traités qui ne lui posent aucun problème et pourquoi et, inversement, quels sont ceux à l’égard desquels il éprouve des difficultés et comment explique-t-il cela? Comment voit-il ses propres limites et quelles pourraient être les conséquences potentielles de celles-ci, dans le cadre du déroulement de l’animation?

Enfin, le formateur ne peut faire l’économie de répondre à la question suivante: "Même si je ne partage pas nécessairement l’ensemble des valeurs et normes présentées, dois-je pour autant ne pas les évoquer lors de l’animation et donc décider à la place des personnes de ce qu’il est important pour elles de savoir ou pas?". Est posé ici tout le débat de la nécessaire prise de distance par le formateur, être humain comme les autres, ayant sa propre personnalité, son mode de pensée, ses références…

Dès lors, il est essentiel que la logique que nous proposons en filigrane tout au long de ce qui va suivre, à savoir celle du questionnement personnel de chacun, s’applique en tout premier lieu au formateur. Ce n’est que quand celui-ci se sentira parfaitement à l’aise par rapport à son propre positionnement individuel et au rôle qu’il estimera être le sien, qu’il pourra créer au sein du groupe, un espace de dialogue respectueux et ouvert, base indispensable à la démarche.

Aborder ce chapitre demande, en effet, qu’un climat de confiance existe entre les membres du groupe. On gagne donc, nous semble-t-il, à ne l’aborder qu’en fin de processus, au terme du module, afin de permettre au temps de contribuer à la construction de cet état d’esprit.

Structure proposée

Il s’agit de proposer, pour chacune des fiches qui ont jalonné le présent document, des pistes pédagogiques afin d’aborder les différents sujets traités.

Par ailleurs, les pistes proposées ont toutes comme fil conducteur la volonté de susciter la réflexion individuelle ainsi que le débat.

Aussi, après avoir, systématiquement rappelé l’objectif poursuivi au-travers de chaque fiche, des propositions de questions sont formulées afin de pouvoir d’une part introduire, dans le sillage des réponses données, la présentation de certains éléments d’information et d’autre part, ouvrir le débat en stimulant notamment les comparaisons. Enfin, il s’agit également, au terme de chacune de ces étapes, de proposer une "conclusion" destinée à reprendre de manière synthétique les éléments principaux évoqués dans la fiche.

Fiche "Apprendre à se connaître et à connaître les autres"

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Objectif général de la fiche: investiguer qui on est

Cette fiche vise à amorcer le processus de réflexion individuelle.

Il s’agit notamment de sensibiliser chacun aux différentes composantes susceptibles de constituer son identité ainsi que de l’inciter à prendre de la distance par rapport à lui-même afin de tenter de mieux cerner son propre cadre de référence, sa propre culture et son propre système de valeurs. En d’autres termes, il s’agit de parvenir à ce que chacun passe du statut de sujet "immergé" dans sa culture à celui de sujet "émergé" c’est-à-dire quelqu’un d’apte à faire de sa culture un objet de conscience, de réflexion critique et d’action (pour reprendre les termes de C. Camilleri).

Proposition d’outils

La question de l’identité
  • Inviter chacun des participants à déterminer les composantes essentielles de son identité et à les classer par ordre d’importance.

    Parmi les composantes identitaires possibles de chaque individu, on pourra citer le nom/prénom, la famille, les convictions religieuses et philosophiques, le genre, les origines, la nationalité, les opinions politiques, la langue, le lieu de vie, la profession, le milieu social…

  • Demander à chacun d’expliquer ce qui a motivé son choix en terme d’ordre et de signaler s’il estime que cet ordre est susceptible de changer et si oui, en fonction de quoi. Ainsi, par exemple, le fait de vivre dans un autre pays que celui d’origine est-il susceptible d’influencer les composantes identitaires citées ainsi que l’ordre d’importance qui leur est accordé?
  • Mettre en parallèle les réponses apportées par chacun afin d’analyser les points de convergences

Conclusion:

  • L’identité de chacun est constituée d’appartenances multiples. Aucune de ces appartenances ne prévaut de manière absolue.
  • L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence.
  • Par ailleurs, de manière générale, on a souvent tendance à se reconnaître dans son appartenance la plus attaquée.
  • Si l’on conçoit son identité comme étant faite d’appartenances multiples, il n’y a pas simplement "nous" et "eux" mais bien, de chaque côté, des personnes dont on peut se sentir très proche.

 

Le choc culturel
  • Demander à chacun de réfléchir à un "choc culturel" éventuel qu’il aurait vécu lors d’une rencontre avec une autre personne, que ce soit en Belgique ou ailleurs.

    Le choc peut avoir trait, par exemple, à la pudeur, aux relations homme-femme, à la distance entre les personnes (au sens propre comme au sens figuré), au rapport à la religion, à la façon de vivre en famille, à la place donnée à l’individu (par rapport au groupe), aux us et coutumes, au rapport au temps (la ponctualité)…

  • Lui demander de préciser s’il s’agit d’un choc vécu avec une personne originaire du même pays que lui ou d’un autre pays.
  • L’inviter à réfléchir aux raisons pour lesquelles il a vécu cette situation comme un "choc". En quoi ce qui s’est passé l’a-t'il heurté dans ses valeurs, par rapport à l’éducation qu’il a reçue…
  • Ensuite, lui proposer de tenter de comprendre l’attitude de l’autre, tenter de l’expliquer
  • Enfin, l’inviter à essayer de voir dans quelle mesure ou non, il est possible de concilier les points de vue.

Conclusion:

Le choc culturel a différentes origines: la sensibilité des personnes, leur histoire personnelle, leur milieu d’origine, leur système de valeurs (c’est-à-dire leurs valeurs au niveau moral, philosophique, religieux mais aussi les règles de politesse, les codes de communication verbale et non verbale). Ainsi, ce qui parait le plus déroutant, le plus critiquable chez l’autre est révélateur des valeurs et des normes que l’on a soi-même.

Le choc peut aussi se passer entre des personnes originaires d’un même pays mais qui ne partagent pas la même classe sociale, les mêmes convictions, la même classe d’âge…

 

Suggestion pratique:

Si les participants n’amènent pas spontanément d’exemples, l’animateur peut partir de photos illustrant l’une ou l’autre situation ou raconter lui-même des exemples afin de lancer le débat.

Les stéréotypes et préjugés
  • Inviter chaque participant à faire part de la façon dont les étrangers présents dans son pays d’origine sont généralement perçus (quels sont les bruits, les images qui circulent à leur propos) et en quoi ils sont vus ou pas comme étant différents des nationaux. Par ailleurs, la perception qui existe à l’égard des étrangers varie-t-elle, selon lui, en fonction de leur nationalité?
  • Lui proposer de tenter d’analyser pourquoi, selon lui, de telles images circulent dans son pays à propos des étrangers et voir si, à sa connaissance, il y a eu des moments où elles circulaient plus qu’à d’autres.
  • L’inviter à réfléchir à son expérience personnelle éventuelle avec certains étrangers présents dans son pays d’origine. Celle-ci a-t-elle contribué, dans certains cas, à confirmer les images qui circulent et dans d’autres, au contraire, à les infirmer?
  • Proposer à chacun de réfléchir aux relations qu’il a eues avec des Belges, depuis son arrivée dans le pays et en quoi il est possible, selon lui, de comparer les dynamiques relationnelles "autochtones / étrangers" des deux pays. Quels sont les éventuels points communs, quelles sont les éventuelles différences? Et quelle "leçon" pourrait-on en tirer afin de faciliter le "vivre ensemble"?

Conclusion:

Les stéréotypes et les préjugés s’inscrivent dans une tendance spontanée de l’esprit humain à la schématisation. Dans ce cadre, un individu sera assigné à une catégorie à partir de certaines caractéristiques (comme son origine, son type physique…) et en négligeant les autres.

La représentation que l’on peut se faire d’un étranger est un phénomène complexe faisant intervenir des éléments multiples et hétérogènes d’ordre affectif, comportemental, idéologique ou encore lié à l’environnement… Certains peuvent être préalables à toute rencontre et être liées au climat ambiant (le milieu familial, les médias…). D’autres peuvent également provenir de l’expérience directe.

La distance (supposée ou réelle) entre les groupes peut avoir une base socio-économique mais aussi culturelle. Certaines attitudes négatives à l’égard de "l’étranger" traduisent en fait la peur: la peur de voir son modèle culturel changer, la peur de se voir "envahi", la peur d’être marginalisé dans un contexte économique où les travailleurs sont mis en concurrence les uns avec les autres…

Les relations à "l’autre" (l’étranger) présentent, dans toutes les sociétés, une double dimension: celle du stéréotype et du préjugé et celle de la différence réelle des codes et habitudes, la différence des systèmes de valeurs.

 

Fiche "la question des normes et des valeurs au niveau sociologique"

Objectif général de la fiche: investiguer d’où l’on vient

Il s’agit de susciter la réflexion à propos des concepts de "valeurs" et de "normes" et voir comment ils s’incarnent dans la société d’origine.

Proposition d’outils
  • Travailler avec chacun sur ce que les termes de "normes" et de "valeurs" signifient pour lui et comparer les définitions données avec celles apparaissant dans le document.
  • L’inviter à réfléchir à l’utilité ou non que des individus formant une même société partagent un certain nombre de valeurs et de normes communes.
  • Inciter chacun à tenter de définir les principales valeurs qui, selon lui, caractérisent sa société d’origine et à analyser dans quelle mesure elles correspondent à ses valeurs personnelles ou pas. Par ailleurs, il s’agit également de l’inviter à s’interroger sur le fait que ces valeurs aient ou pas toujours occupé une place importante au sein de la société.
  • Inviter chacun à réfléchir aux conséquences susceptibles de se produire, en cas de non-respect de certaines normes dans sa société d’origine.

Conclusion:

Les valeurs sont des idéaux qui servent de critères de référence, d’appréciation et de jugement. Elles contribuent à maintenir la structure du groupe.

Les normes sont le prolongement des valeurs. Elles assurent la régularité de la vie sociale, l’uniformité des conduites.

Les normes peuvent être écrites dans des lois (les normes juridiques) mais aussi non-écrites (les normes sociales). Elles sont généralement assorties de sanctions en cas de non respect. Dans le cas de non-respect des normes juridiques, il s’agira d’amendes, de peines de prison…). Dans le cas de non-respect des normes sociales, la sanction se traduira par l’exclusion, la réprobation, le dédain ou l’indifférence.

 

Fiche "Contexte historique de l’émergence de certaines valeurs centrales en Europe occidentale"

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Objectif général de la fiche: donner à voir le passé pour mieux comprendre le présent

Il s’agit de montrer en quoi les "valeurs" qui prédominent actuellement dans les sociétés d’Europe occidentale sont intimement liées à leur histoire.

Par ailleurs, il s’agit également de souligner combien les sociétés européennes n’ont pas toujours été telles qu’on les connaît actuellement et combien elles n’ont pas toujours été nécessairement si éloignées de la réalité vécue actuellement par les populations d’autres pays.

Proposition d’outils

  • Dans le sillage de la présentation, par le formateur, des grands changements survenus à la Renaissance (développement de l’Humanisme), au 18ième siècle (développement de la pensée des Lumières) et au 19ième siècle (la Révolution industrielle), inviter chacun à réfléchir aux conséquences de cette évolution pour les sociétés européennes contemporaines. En d’autres termes, en quoi le passé a-t'il influencé, selon lui, le présent (en terme "matériel" mais aussi "spirituel")?
  • Dans le sillage de la présentation, par le formateur, de l’évolution des mœurs, du statut de la femme et de la famille dans les sociétés européennes, inviter chacun à tenter une comparaison avec ce qu’il considère être l’évolution des mœurs, du statut de la femme et de la famille dans sa société d’origine. Quelles sont les similitudes et différences éventuelles entre les deux sociétés selon lui et quelles pourraient être les explications à cette situation?

Conclusion:

Les valeurs s’enracinent dans l’histoire des sociétés européennes. Dès lors, en regardant le passé, on comprend mieux le présent.

Aux 12ième, 13ième siècle, l’Europe est devancée, en termes de découvertes, de connaissances, par les Chinois (soie, poudre, canon, boussole, papier, encre, brouette…), les Arabes et, dans une certaine mesure, les Byzantins. Ainsi, c’est par exemple grâce aux Arabes que le débat intellectuel entre "foi" et "raison" va prendre une ampleur nouvelle. L’Europe leur est également redevable en astronomie, en mécanique, en chimie et en médecine.

C’est à partir de la fin du 13ième siècle que l’Europe va être animée par d’importants débats théologiques et scientifiques.

Au 16ième siècle, elle va voir le développement de l’Humanisme philosophique caractérisé notamment par l’aspiration de l’homme à la connaissance, le développement de la réflexion de l’homme sur lui-même et le rejet de toute autorité arbitraire. Cette évolution va se poursuivre au 18ième siècle grâce aux philosophes des "Lumières" qui vont notamment affirmer la primauté de l’esprit scientifique sur la Providence, développer des réflexions politiques notamment en terme de séparation des pouvoirs et de libertés individuelles, valoriser l’esprit critique et affirmer l’idée de tolérance, ainsi que l’égalité des hommes entre eux. L’idée de "progrès" est très présente de même que l’ambition de dominer la nature.

Le 19ième siècle verra, quant à lui, le triomphe du progrès technique et de son exploitation, la naissance du mouvement ouvrier (dans un contexte où ceux-ci sont confrontés à des conditions de vie extrêmement dures) et le développement des luttes sociales qui vont contraindre progressivement l’État à intervenir dans le domaine social.

Le 20ième siècle va être le siècle au cours duquel les rapports entre hommes et femmes vont fondamentalement évoluer et le principe d’égalité progressivement se concrétiser. Cette situation est le fruit d’un lent cheminement et de nombreuses luttes. Pendant très longtemps, en effet, les sociétés européennes ont été caractérisées notamment par une subordination claire de la femme envers l’homme (qui passait de l’autorité du père à celle de son mari). Ainsi, pendant longtemps, la femme a été exclusivement vue comme étant au service de l’homme et de la société. Seul le mariage et la maternité lui accordaient un rôle social. Il faudra attendre les années 1960’ pour que le statut de la femme connaisse des changements importants en terme de droits. Cette époque est également caractérisée par le déclin du pouvoir normatif de la part des Églises mais aussi de toute autorité en général et l’importance accordée au plaisir.

Quant aux structures familiales, elles vont connaître également une évolution importante. En effet, la famille telle qu’elle est conçue aujourd’hui ne correspond pas à la réalité qui prévalait dans le passé. Pendant longtemps, le mariage a été davantage affaire de famille que de choix personnel. L’appartenance familiale conférait l’identité sociale, le contrôle social intra-familial était fort. Le concept de famille était étendu (et ne se limitait donc pas au noyau parents/enfants). Les rôles homme/femme y étaient clairement définis et hiérarchisés (le père était le "chef de famille").

 

Fiche "La Belgique en quelques chiffres"

Objectif général de la fiche: montrer la composition de la société belge actuelle

Il s’agit de montrer toute la diversité existant au sein de la société belge actuelle en termes d’origines, de convictions, de statut socio-économique…

Proposition d’outils

Partir de ce que les participants savent (ou croient savoir) en termes de composition de la société et confronter leurs réponses avec la réalité des chiffres.

Conclusion:

En termes de répartition spatiale, près de 60 % de la population habite en Flandre, 30 % en Wallonie et 10 % à Bruxelles

Les principales nationalités étrangères présentes en Belgique sont les Italiens, les Français, les Néerlandais (pour ce qui concerne les citoyens de l’Union européenne -UE-), les Marocains et les Turcs (pour ce qui concerne les citoyens hors UE)

La Belgique est un pays de tradition et de culture catholique. Il s’agit de la religion majoritaire au sein de la population. Elle est suivie par la religion musulmane.

En terme socio-économique, depuis 1990, l’inégalité entre les revenus est à la hausse en Belgique. Environ 15 % de la population (soit presque 1 personne sur 7) est considérée comme vivant en dessous du seuil de pauvreté.

La majorité de la population belge est néerlandophone.

 

Fiche "Histoire de l’immigration en Belgique"

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Objectif général de la fiche: mettre en perspective la situation actuelle au regard du passé

Il s’agit d’analyser l’évolution qu’a connue le phénomène migratoire en Belgique depuis l’indépendance du pays et donc de mettre en perspective l’époque contemporaine au regard de l’histoire afin de tenter de distinguer les grandes tendances qui ont été à l’œuvre au fil du temps.

Proposition d’outils

  • Proposer à chacun de réfléchir à la question suivante: Au cours de leur histoire, les Belges ont-ils été amenés, eux aussi, à migrer en nombre et si oui, dans quelles circonstances?
  • Après la présentation, par le formateur, de l’histoire de l’immigration en Belgique, inviter chacun à tenter de déceler les facteurs récurrents quelle que soit l’époque envisagée.

Conclusion:

Jusqu’à la fin du 19ième siècle, la Belgique est un pays d’émigration (principalement vers la région industrielle du nord de la France mais aussi, dans un nombre beaucoup plus limité, vers des destinations plus lointaines comme l’Argentine et le Canada)

Lors du commencement de la première et de la seconde guerre mondiale, de nombreux Belges vont quitter le pays afin de tenter de trouver refuge dans les pays voisins. Toutefois, la majorité d’entre eux reviendra assez rapidement en Belgique (malgré l’occupation du pays par les troupes allemandes).

L’autonomie financière des migrants est un facteur considéré comme important par l’État, depuis le 19ième siècle. Le fait de considérer que le migrant doit pouvoir pourvoir à son entretien est une tendance récurrente.

L’importance de la distinction faite entre "nationaux" et "étrangers" va être directement liée au développement progressif de la prise en charge de la protection sociale par l’État, à partir de la fin des années 1880 (jusque-là, on ne faisait pas de distinction entre un Belge et un "étranger résident"). En effet, au fur et à mesure que l’État va assumer une responsabilité sociale croissante (l’éducation, les soins de santé, les allocations de chômage, les retraites…), il va devenir de plus en plus important de définir qui a droit à ces avantages et à ces allocations et qui n’y a pas droit. Le critère de la nationalité va dès lors revêtir toute son importance.

Lors des périodes de crise économique, on assiste, tout particulièrement, à des manifestations hostiles à l’égard des migrants, vus comme des concurrents sur le marché du travail. Des réglementations sont prises afin de limiter la main d'œuvre étrangère.

Au contraire de ce qui précède, en période de reconstruction (l’immédiat après-guerre) et de développement économique, l’État fait appel massivement à une main d"œuvre étrangère. L’application de la législation se fait plus souple.

À partir de la fermeture des frontières à la "migration économique" (1974), on va assister à une amplification du phénomène de regroupement familial.

 

Fiche "À la rencontre de certaines valeurs et normes existant en Belgique"

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Objectif général de la fiche: permettre de décoder la société belge actuelle

Il s’agit de permettre aux personnes nouvellement arrivées dans la société belge de mieux appréhender les cadres de référence, les dynamiques et enjeux actuels de la société dans laquelle elles vivent désormais et ainsi mieux comprendre leur nouveau contexte de vie. Cela se fera par le biais de la présentation d’un certain nombre de normes juridiques et de normes sociales actuellement en vigueur en Belgique.

Cette démarche ne vise pas à nier l’hétérogénéité pouvant exister entre les individus quant à l’importance accordée à certaines valeurs et quant au respect ou non de certaines normes sociales mais bien de donner à voir certaines de ces valeurs et normes afin de permettre aux personnes de pouvoir agir en toute connaissance de cause.

Par ailleurs, au-travers des débats qui pourront être menés dans le cadre de cette fiche, il s’agit également de stimuler une réflexion personnelle quant à la façon dont chacun imagine d’assumer la double appartenance qui est désormais la sienne du fait de sa migration (pays d’origine et pays d’accueil) afin d’en faire une richesse et non un potentiel objet de souffrance et de déchirement.

Se pose donc ici toute la question de savoir comment faire converger sa culture d’origine et la réalité du pays d’accueil afin de ne pas trahir qui l’on est mais aussi de ne pas se mettre à la marge de la société dans laquelle on vit désormais.

Proposition d’outils

La logique qu’il nous semblerait intéressant d’avoir en abordant cette fiche est de systématiser l’approche suivante:

De manière générale

  • inviter chacun à pointer les valeurs qui lui semblent être particulièrement présentes dans la société belge actuelle (et expliquer les raisons de son choix). Comparer ensuite les valeurs pointées avec celles évoquées dans le document.
  • susciter le questionnement individuel quant à l’intérêt, ou non, d’accorder de l’attention aux normes sociales (et donc de les connaître) en vigueur dans la société où l’on vit.

Conclusion:

Pour rappel, les normes sociales sont des règles "non écrites" (et souvent "non dites") qui sous-tendent les rôles, les actes et les conduites dans une société donnée. Leur non-respect peut conduire à des sanctions telles que la réprobation, le dédain, l’exclusion du groupe ou l’indifférence.

Toutefois, dans un même pays, la place accordée à certaines valeurs, de même qu’à certaines normes sociales sera susceptible d’être différente selon la classe sociale, les convictions philosophiques, politiques, l’âge, le milieu professionnel, l’éducation de chacun… Ainsi, elles ne sont pas toujours valorisées ni appliquées de la même façon par tous et partout (c’est-à-dire dans tous les environnements). Certaines valeurs dominantes au sein de la société peuvent être contestées par certains membres de celle-ci au nom d’autres valeurs.

 

Pour chacune des valeurs évoquées dans le document

Rappel des valeurs évoquées:

Liberté, égalité, solidarité, respect, citoyenneté, neutralité de l’État, famille, travail, efficacité, autonomie, épanouissement individuel et progrès par la connaissance et par l’esprit critique.

Suggestion pratique:

écrire chacune de ces valeurs sur un morceau de papier plié, les mettre dans une boite et inviter un participant, au fur et à mesure de la rencontre, à tirer au hasard l’un de ces morceaux de papier afin de lancer la discussion

Pour chacune des valeurs évoquées dans le document, questionner chacun quant:

  • à ce que cette valeur évoque pour lui, en termes de contenu (ce qu’elle signifie pour lui)
  • à la place ou non que cette valeur occupe, selon lui, dans sa société d’origine et le regard qu’il pose sur cette situation (est-ce un bien ou pas?)
  • aux normes juridiques et sociales qu’il associerait à cette valeur (à quelles normes cette valeur fait-elle penser?)

Conclusion:

Parler des valeurs dominantes dans un pays ne signifie nullement qu’elles n’existent pas ailleurs. Toutefois, le fait que des valeurs identiques se retrouvent dans différentes sociétés n’implique pas, pour autant, qu’elles vont être envisagées de la même façon et que les normes tant juridiques que sociales qui vont en découler seront automatiquement les mêmes partout.

Parler des valeurs dominantes dans un pays ne signifie nullement procéder à un quelconque jugement (positif ou négatif) à l’égard des valeurs citées mais bien sensibiliser chacun à l’égard de la place occupée par ces valeurs dans la société.

Parler des valeurs d’un pays ne signifie pas qu’elles sont toutes automatiquement partagées par l’ensemble des personnes vivant dans ce pays. Ainsi, par exemple, si l’efficacité se révèle être, de manière générale, une valeur importante au sein de la société, cela ne signifie pas pour autant que tout le monde la partage et qu’elle ne fait pas l’objet de remise en cause.

De manière générale, les valeurs sont ancrées dans l’histoire et reflètent l’évolution de la société au fil, des siècles.

 

Ainsi, la valeur "liberté" s’est forgée dès le Moyen-Age (12ième-13ième siècle) à l’occasion des luttes et des conflits opposants les bourgeois des villes aux seigneurs (nobles) locaux afin que ces derniers concèdent aux premiers un certain nombre de "libertés" (garanties dans des "chartes"). Parmi celles-ci, il y a notamment la "liberté individuelle" des bourgeois (qui se retrouvent dès lors affranchis des obligations traditionnelles qu’ils avaient à l’égard de leur seigneur), l’inviolabilité du domicile, le droit de propriété, la suppression des entraves à la circulation des biens et des personnes. Cette valeur sera également un enjeu central lors des conflits religieux opposant catholiques et protestants (au 16ième siècle, dans les Pays-Bas espagnoltip, toute personne émettant une opinion contraire à la doctrine catholique établie risquait d’être condamnée à mort) et va déboucher sur l’affirmation du principe de "tolérance" notamment en matière religieuse (durant le règne de l’Empereur Joseph II (1780-1789), la tolérance religieuse est proclamée, dans ce qui va devenir la Belgique actuelle. Les protestants obtiennent le droit d’exercer librement leur culte). La "neutralité de l’État" va, quant à elle, être affirmée dès l’indépendance de la Belgique, la Constitution belge garantissant l’indépendance de l’État vis-à-vis des cultes et inversement.

La valeur "égalité", apparue au 18ième siècle ("Le Siècle des Lumières") va s’affirmer au fil des siècles qui vont suivre. C’est au nom de cette valeur, ainsi que de celle de la solidarité, que vont être menées aux 19ième et 20ième siècles les luttes pour les droits sociaux (droits des travailleurs, protection sociale, enseignement obligatoire…) et politiques (droits de vote et d’éligibilité), ainsi que pour la reconnaissance de l’égalité homme-femme et la lutte contre les discriminations.

La valeur "travail" va elle aussi s’affirmer de plus en plus à partir de 18ième siècle (l’homme n’est pleinement humain que dans la mesure où il est "industrieux", c’est-à-dire qu’il produit) et de manière très marquée au 19ième siècle, époque qui correspond également au développement de la valeur "efficacité", valeur qui est à la fois la condition et la conséquence du progrès économique et technique. Ces valeurs prennent tout leur sens dans un pays qui, au 19ième siècle, est la 2ième puissance industrielle au monde (après la Grande-Bretagne).

Mais, ces valeurs ne sont pas non plus sans lien avec celle du "progrès par la connaissance et par l’esprit critique" qui plonge ses racines dans la Renaissance (15ième-16ième siècle), période au cours de laquelle on voit s’affirmer l’aspiration à la connaissance des possibilités humaines et le refus de tout ce qui fait obstacle au développement de l’esprit. Notons que c’est également à partir de cette époque (qui place l’Homme désormais au centre des réflexions) que l’on va voir s’affirmer de plus en plus la valeur "d’autonomie" et donc de responsabilité de l’être humain à l’égard de son devenir.

Bref rappel des normes juridiques évoquées:
  • La liberté: de culte, de presse, d’assemblement, d’opinion, d’association, liberté syndicale, de choix du conjoint, de mariage entre personnes du même sexe, d’avortement, d’euthanasie
  • L’égalité: homme-femme, la lutte contre les discriminations et contre le racisme
  • La solidarité "publique": droit à la sécurité sociale, à l’aide sociale,
  • La solidarité "privée": obligation de payer l’impôt, obligation de solidarité familiale, obligation de porter assistance à une personne en danger
  • Le respect des lois: obligation de respecter la loi, sanction de la corruption, obligation de témoigner
  • Le respect des personnes: abolition de la peine de mort, respect de la vie privée, respect de l’enfant (de son intégrité physique, morale et sexuelle), interdiction de la violence (y compris les mutilations génitales et la violence ou la menace en vue de contraindre au mariage), nécessité de céder sa place dans les transports en commun, priorité donnée aux piétons sur la voie publique, interdiction du tapage nocturne, interdiction de fumer dans les lieux publics
  • Le respect des biens: inviolabilité du domicile, respect de la propriété privée, interdiction de détruire ou dégrader des monuments, statues ou autres objets appartenant à autrui, interdiction de salir la voie publique (uriner, jeter des papiers, cigarettes…)
  • La citoyenneté: droit de vote, obligation de vote, obligation d’être assesseur, obligation d’être juré dans une Cour d’Assise, droit de vote des étrangers aux élections communales
  • La neutralité de l’État: non-ingérence réciproque entre l’Église et l’État, neutralité de l’enseignement officiel, primauté du mariage civil sur le mariage religieux
  • La famille: âge minimum pour se marier fixé à 18 ans, nécessité du consentement des deux époux pour qu’il y ait mariage, obligation de fidélité mutuelle, de secours et d’assistance entre les époux, interdiction de la polygamie, interdiction de se marier avec son frère/sœur, son oncle/tante, liberté de pouvoir exercer une profession sans l’accord du conjoint, droit de divorcer, responsabilité légale des parents à l’égard de leur enfant (en terme de dommages causés par leur enfant, en terme de respect de l’obligation scolaire, en terme de respect de l’intégrité physique et morale de l’enfant)
  • L’emploi: politiques publiques de promotion de l’emploi, plans d’activation des allocations de chômage, mise au travail par les CPAS, lutte contre le travail illégal, réglementation concernant les absences au travail, calcul de la pension de retraite
  • L’autonomie: droit de prendre individuellement ses décisions mais aussi devoir d’assumer la responsabilité de ses actes tant au niveau civil qu’au niveau pénal
  • Le progrès par la connaissance et par l’esprit critique: défense et promotion du savoir scientifique et enseignement des théories de l’évolution dans le cadre scolaire
Suggestions pratiques:
  • écrire chacune des références à ces normes juridiques sur un morceau de papier plié, les mettre dans une boite et inviter un participant, au fur et à mesure de la rencontre, à tirer au hasard l’un de ces morceaux de papier afin de lancer la discussion.
  • On pourra également partir, pour certains sujets, d’illustrations (photos, dessins) afin de lancer le débat sur base des réactions spontanées des participants au vu de celles-ci.
  • Pour chacune des principales normes juridiques évoquées dans le document, inviter chacun à:
    • comparer la norme juridique évoquée avec celle existant, ou non, dans le même domaine dans le pays d’origine
    • réfléchir au regard qu’il porte sur la norme juridique présentée et à l’importance qu’elle revêt ou non à ses yeux
    • réfléchir à la façon de concilier la nécessité de respecter la loi (et donc les normes juridiques) et son éthique personnelle
    •  façon de concilier la nécessité de respecter la loi (et donc les normes juridiques) et son éthique personnelle

Conclusion:

De par leur caractère juridique, ces normes doivent être respectées par toutes les personnes vivant en Belgique, indépendamment de leur nationalité, culture d’origine, opinion… De même, toutes les personnes vivant en Belgique peuvent les invoquer afin de protéger leurs droits.

Les règles de droit constituent des indices objectifs permettant de se faire une idée de l’état de la conscience collective prévalant dans une société.

 

Si certaines normes juridiques liées à la valeur liberté sont aussi anciennes que la Belgique (les libertés de culte, d’association, d’enseignement et de presse ont été garanties par la Constitution belge dès 1830), d’autres, par contre, sont beaucoup plus récentes et sont le fruit d’intenses débats éthiques au sein de la société. C’est le cas, notamment, de la législation ayant trait à la dépénalisation de l’avortement, à l’autorisation de l’euthanasie ou encore, au mariage homosexuel.

Pour ce qui est des normes juridiques permettant une égalité accrue entre hommes et femmes, elles datent pour la plupart de l’après 2ième guerre mondiale. En effet, pendant longtemps, le code civil a considéré la femme comme une incapable, lui donnant le même statut que les mineurs d’âge. Ainsi, par exemple, ce n’est qu’en 1948 que la législation belge garantira le droit de vote aux femmes aux élections législatives. Ce n’est qu’en 1973 qu’elles pourront avoir le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari et ce n’est qu’en 1974 que l’égalité parentale dans l’éducation des enfants sera affirmée (jusque-là, seul le père était officiellement le chef de famille). Enfin, ce n’est qu’en 1976 que l’égalité des époux dans le cadre du mariage sera reconnue.

Les lois concernant le racisme et la discrimination sont, quant à elles, encore plus récentes, la loi réprimant des actes considérés comme racistes datant de 1981.

La législation ayant trait à l’organisation du système de solidarité dans le cadre de la sécurité sociale est, quant à elle, le fruit d’une évolution entamée au cours du 19ième siècle (avec l’apparition de caisses de secours mutuels puis de caisses de chômage…) et qui va se poursuivre au cours de la première moitié du 20ième siècle (avec l’apparition de l’assurance-pension, du système d’allocations familiales…) pour prendre sa forme actuelle au lendemain de la 2ième guerre mondiale. Elle est le fruit des luttes menées par le mouvement ouvrier afin d’apporter des réponses au problème de l’insécurité d’existence. La sécurité sociale permet la solidarité entre les "actifs" et les plus âgés (pension), entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en n’ont pas (allocations de chômage), entre ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en n’ont pas (allocations familiales), entre ceux qui sont bien portants et ceux qui sont malades (soins de santé). Elle permet aussi d’aider les personnes handicapées et celles qui n’ont pas de moyens d’existence (revenu d’intégration sociale - RMI et aide sociale). La majeure partie des dépenses sociales sont financées par les cotisations de sécurité sociale payées par les employeurs et les travailleurs.

En termes de principe, le paiement de l’impôt (qui constitue une autre forme de participation au système de solidarité) tel que nous le connaissons aujourd’hui est un héritage de la Révolution française qui sera introduit dans nos régions en 1794. Il s’agit d’énoncer des règles de fiscalité juste et équitable pour tous (principe de proportionnalité de l’impôt). L’État peut prélever directement l’impôt afin d’assurer des tâches collectives mais il doit respecter l’égalité de chacun et admettre le contrôle démocratique dans l’affectation des ressources publiques par les représentants de la nation. Toutefois, entre la théorie et la pratique, le fossé peut parfois être grand quand les modalités de mise en œuvre ne contribuent pas à l’égalité effective des individus face à l’impôt. Ainsi, au 19ième siècle, on se retrouvera face à une situation clairement inégalitaire avec un impôt (très bas par ailleurstip) se basant sur les signes extérieurs de richesse (portes et fenêtres des bâtiments, chevaux…) mais ne tenant pas compte des fortunes réelles, ni des revenus réels perçus par la valorisation des biens. Le système de prélèvement de l’impôt va donc connaître différentes réformes au fil du temps visant à toujours plus d’équité entre les contribuables. Ainsi, la réforme de 1962 va notamment introduire les principes de taux progressif par tranche de revenu (avec un plafond de 50 %), de taux préférentiel pour les revenus les plus modestes.

L'histoire du droit de vote est un autre exemple montrant l’évolution que la société belge a connue depuis l’indépendance. Ainsi, au lendemain de l’indépendance, le droit de vote était exclusivement réservé aux hommes belges (âgés de 25 ans au moins) et qui payaient un certain montant d’impôt. Ces conditions faisaient qu’en pratique moins de 5 % de la population pouvait prendre part au vote. Par la suite (1893), sous la pression du mouvement ouvrier et au prix de plusieurs mortstip, le droit de vote fut élargi à tous les hommes belges (de plus de 25 ans) mais, certains d’entre eux pouvaient disposer d’une et même deux voix supplémentairestip. Ce changement permit toutefois de multiplier par dix le nombre d’électeurs. C’est également à cette époque-là que fut introduite l’obligation constitutionnelle de voter. La lutte pour le suffrage universel pur et simple (1 homme/1 voix) se poursuivit et déboucha, au lendemain de la première guerre mondiale, sur l’obtention du droit de vote pour tous les hommes âgés de plus de 21 ans, tous les électeurs disposant, désormais d’une et une seule voix. À la même époque, les femmes vont obtenir le droit de vote aux élections communales mais elles devront attendre 1948 pour pouvoir voter aux élections législatives. Enfin, en 1999, le droit de vote aux élections communales fut accordé aux étrangers ressortissants d’un pays membre de l’Union européenne et fut élargi, en 2004, aux étrangers non européens.

La neutralité de l’État a, quant à elle, été clairement affirmée dès la naissance de la Belgique, au niveau légal. Dès le départ, en effet, la Belgique a un cadre formel laïque, c’est-à-dire indépendant de toute confession religieuse. La Constitution belge est une Constitution clairement laïque. Il n’existe aucune référence religieuse dans les lois ni au niveau des différents pouvoirs. C’est la non-ingérence réciproque (Église/État) qui est la règle.

Pour chacune des principales normes sociales évoquées dans le document

Bref rappel des normes sociales évoquées:
  • L’éducation à la liberté et la notion de limite à la liberté
  • le rôle joué par la morale individuelle dans la détermination de l’ordre des valeurs
  • l’égalité et la mixité des sexes au sein de la société, la fin de la virginité comme norme sociale
  • la participation à des campagnes de solidarité (collectes de fonds, signature de pétitions, engagement militant…)
  • la condamnation des incivilités (en particulier le fait de jeter des déchets sur la voie publique, de ne pas s’excuser quand on a bousculé une personne, d’avoir des déjections canines sur les trottoirs, de dégrader des bâtiments, d’uriner ou cracher en rue…)
  • l’usage de certains codes de politesse: être ponctuel, limiter ou éviter, selon les cas, l’usage du téléphone portable en public (pendant un repas, dans les transports publics, lors d’un spectacle, d’une réunion….), faire la file, éviter d’éternuer, de se moucher ou de roter bruyamment, mettre sa main devant la bouche quand on baille, ne pas dévisager les personnes, être attentif à l’usage du "tu" et du "vous", être attentif à la façon de se tenir à table…
  • l’importance des codes vestimentaires
  • le questionnement à l’égard de ce que signifie "l’identité belge", la question du lien entre l’acquisition de la nationalité et le sentiment d’appartenance
  • l’importance historique du clivage "Église/État", l’émancipation de plus en plus marquée de la société à l’égard des institutions religieuses, le débat autour de la question du port du voile (en particulier dans le cadre scolaire et celui des administrations publiques)
  • la grande variété des formes familiales (biparentale, monoparentale, recomposée, homoparentale), la baisse du nombre de mariages et l’augmentation d’ "unions libres", la baisse de la natalité, l’augmentation du taux de divorce, la participation accrue des femmes au marché du travail, le rôle central accordé au parent dans le cadre de l’éducation de l’enfant
  • le fait que le statut social d’une personne est étroitement lié à la place qu’elle occupe sur le marché du travail. Réussite personnelle rime souvent avec réussite professionnelle aux yeux de la société.
  • l’importance accordée à la productivité, à la gestion du temps, à l’usage d’un langage concis…
  • la valorisation de l’indépendance économique, sociale, professionnelle des personnes
  • l’importance accordée à l’individu et à son développement personnel
  • l’importance accordée à l’esprit critique et au progrès scientifique
Suggestion pratique:

écrire chacune de ces normes sociales sur un morceau de papier plié, les mettre dans une boite et inviter un participant, au fur et à mesure de la rencontre, à tirer au hasard l’un de ces morceaux de papier afin de lancer la discussion

Pour chacune des principales normes sociales évoquées dans le document, questionner chacun quant:
  • à l’existence de normes sociales analogues, ou pas, dans la société d’origine, selon lui
  • au regard qu’il porte sur la norme sociale présentée (dans l’absolu, lui semble-t-elle pertinente ou non et pourquoi?)
  • à l’utilité, selon lui, d’en tenir compte, ou pas, dans le cadre de sa vie quotidienne en Belgique (et pourquoi?)

Conclusion:

Le respect de certaines normes sociales sera susceptible d’être différent selon qui l’on est (en termes de classe sociale, de convictions philosophiques, politiques, d’âge, d’éducation, de personnalité…) mais aussi où l’on est (milieu professionnel, familial, amical…). C’est le cas, en particulier, des normes sociales liées aux codes de politesse et aux codes vestimentaires.

Certains environnements appellent à plus de formalisme que d’autres.

Vu de l’extérieur, la société moderne peut donner l’impression que l’on peut tout y faire. On ne voit pas toujours qu’en échange de cette liberté, il y a une responsabilité. Il s’agit de répondre de ses actes et d’en subir les conséquences. Tout n’est pas permis, au nom de la liberté.

La société actuelle se caractérise, pour partie, par des règles de conduites dictées avant tout par la conscience personnelle et non pas une morale collective. Dès lors, le fait que certaines normes juridiques existent ne signifient pas pour autant qu’elles sont le reflet de l’opinion de tous les membres de la société (et donc qu’elles sont traduites en normes sociales par tous) mais témoigne plutôt de "l’état d’ouverture", de tolérance de la société par rapport à un certain nombre de sujets relevant de l’éthique (de la morale) comme par exemple les questions relatives à l’avortement, l’euthanasie ou l’homosexualité.

Ainsi, la liberté de choix est donnée aux membres de la société pour ce qui concerne un certain nombre de questions dont celle de pouvoir, dans certaines limites fixées par la loi, disposer de son corps. Ce n’est pas pour autant que toutes les mentalités ont évolué en la matière.

Dans certains domaines (la cuisine, les arts…), la "différence" est souvent bien acceptée et peut même être source d’attirance.

Par contre, il en va différemment lorsque cette différence touche certaines normes. Ainsi, certains comportements peuvent susciter des réactions de rejet car ils sont vus comme heurtant des normes auxquelles on est profondément attaché comme par exemple, la nécessité du travail, la probité…

Dans certains cas, les différences peuvent être perçues comme un retour à l’archaïsme, c’est-à-dire le retour de modèles que la société contemporaine a éliminé ou tente d’éliminer. Dès lors, certains comportements vont être perçus comme étant autant de risques de régression en terme d’égalité homme-femme, de droits des homosexuels, de séparation religion/État….

Ainsi, tout comme les normes juridiques, les normes sociales évoluent également au fil de l’histoire.

 

La mixité des sexes au sein de l’enseignement comme des professions est, par exemple, assez récente puisqu’elle a commencé à se généraliser progressivement à partir des années 1970. Toutefois, elle est à présent bien ancrée dans la société. Toute remise en cause de celle-ci est vue comme un retour à des pratiques patriarcales de contrôle social exercé par les hommes sur les femmes.

Il en va de même pour ce qui concerne la fin de la virginité comme norme sociale, à partir des années 1960. En effet, cette évolution consacre le principe d’égalité entre hommes et femmes en termes de sexualité (la question de la virginité ne se posant qu’à l’encontre des femmes), ainsi que le droit des femmes à disposer de leur corps. Dès lors, toute remise en cause est vue comme un grave retour à des pratiques de mainmise des hommes, de la famille et de la société en général sur la sexualité des femmes et leur infériorisation.

Dans un autre domaine, on pourra penser à la question relative à la séparation "Église/État". En effet, bien que la Belgique ait dès le départ été un État neutre au niveau juridique, elle était, au quotidien, un pays où l’Église catholique dominait de fait. L’État de droit était très profondément marqué par un certain nombre de valeurs liées aux normes traditionnelles inscrites dans la religion catholique. Cette réalité va aller en diminuant progressivement à partir des années 1960. Ainsi, contrairement au passé, on constate actuellement une prédominance de la mentalité laïque (dans le sens d’indépendance d’esprit à l’égard de toute autorité religieuse) y compris chez les croyants. L’individualisation des choix est devenue la norme. L’Église catholique a perdu progressivement son influence en matière éthique, y compris chez ses propres fidèles. Dès lors, le retour de revendications à caractère religieux (comme le port du voile…) renvoie la société à son histoire (et notamment l’importance du rôle joué par la morale religieuse au sein de la société, dans le passé) et réactive des débats passionnés. Ici aussi, les craintes sont nombreuses d’assister à un retour du poids de la tradition religieuse dans les choix de société.

En guise de "clôture" à la réflexion

Inviter chacun à réfléchir aux deux questions posées par A. Maalouf:

  • Qu’est-ce qui, dans la culture du pays d’accueil, fait partie du bagage minimal auquel toute individu est censé adhérer et qu’est-ce qui peut être légitimement refusé ou contesté?
  • Quelles sont les composantes de la culture d’origine qui méritent d’être transmises au pays d’accueil et quelles sont les habitudes et pratiques qui devraient être "laissées au vestiaire"?

Conclusion:

Les normes juridiques doivent être respectées par toutes les personnes vivant en Belgique, indépendamment de leur nationalité, culture d’origine, opinion…

Toutes les normes sociales ne sont pas respectées de manière identique par tous. Toutefois, il importe d’être conscient que leur non-respect peut, dans certain cas, entraîner des sanctions sur le plan social (réprobation, dédain, exclusion…)

La notion d’universalité suppose qu’il y a des valeurs qui concernent tous les êtres humains sans distinction aucune. Ces valeurs dominent tout parce que l’humanité, tout en étant multiple, est d’abord une. Toutes les personnes appartiennent à une seule et même famille, le genre humain. La prise en compte des spécificités culturelles ne veut pas dire une acceptation inconditionnelle des pratiques et coutumes. Respecter des traditions et des lois discriminatoires, c’est mépriser leurs victimes.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme implique que tout ce qui concerne les droits fondamentaux des hommes et des femmes ne peut être dénié sous un quelconque prétexte (croyance, tradition…).

Parmi ces droits fondamentaux, on notera notamment le droit:

  • à l’égalité (article 1)
  • de choisir librement sa vie, ses amours (article 16),
  • de choisir librement ses croyances et convictions (article 18)
  • d’exprimer librement ses opinions (article 19)
  • d’accéder sans entrave au savoir (article 26)

 

Bon cheminement!

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