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L'Académie Royale de langue et littérature françaises de Belgiquetip

En 1920, à l'instigation du socialiste Jules Destrée, ministre des sciences et des Arts, l'Académie Royale de langue et littérature françaises de Belgique est créée.

Elle réunit, autour d'une même table, des écrivains d'imagination (romanciers, nouvellistes, dramaturges, poètes) et des philologuestip (spécialistes de textes anciens, grammairiens, linguistes, historiens de la littérature).

Ses statuts et son fonctionnement sont assez différents de ceux de son modèle, l'Académie Française. Certes, elle compte elle aussi 40 fauteuils, mais leur destination diverge sensiblement de ceux de Paris. D'abord par le fait que dès l'origine, les femmes y ont accès. Ensuite parce que les membres étrangers en occupent un quart.

Par ailleurs, la même proportion d'écrivains et de philologues est respectée: qu'il s'agisse de membres belges ou étrangers, deux tiers sont élus à titre littéraire, un tiers à titre philologique. On a donc 30 membres d'origine belge, dont 20 littéraires et 10 philologues; 10 membres étrangers, dont 6 littéraires et 4 philologues.

Depuis sa fondation jusqu'à aujourd'hui, l'Académie a compté 124 membres belges, dont 11 femmes, et 49 membres étrangers, dont 8 élues. Ces 49 membres étrangers viennent de France, de Suisse, d'Italie, des États-Unis, de Roumanie, du Canada-Québec, de Grande-Bretagne, de Chine, du Danemark, d'Espagne, de Finlande, d'Israël, des Pays-Bas, du Pérou ou de Suède.

Des écrivains qui marquent l'entrée dans le 20ième siècletip

Parmi les figures marquantes de la littérature belge en langue française au début du 20ième siècle, on peut citer notamment André Baillon, Frans Hellens et Fernand Crommelynck.

André Baillon (1875-1932)

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André Baillon va réellement commencer sa carrière littéraire en 1920 avec la publication de « Moi, quelque part », recueil qui décrit la vie simple et rude des paysans du Limbourgtip. Cet écrivain va apporter au roman belge un ton demeuré unique.

Solitaire écorché, cerné par le désespoir et la folie, son œuvre s'édifie à partir d'un mal-être radical. La question de l'identité y est centrale ; dans presque tous les cas, le personnage mis en scène est un être soumis à des forces incontrôlables.

André Baillon invente un langage qui lui est propre, un phrasé unique. Il use d'une technique narrative syncopée. Suspensions brusques, répétitions, son écriture est nerveuse et d'un rythme particulier mêlant l'ironie à la tendresse. Son œuvre est diverse par le propos, le ton et la manière. On se trouve face à des textes sobres ou, au contraire, luxuriants, à la narration linéaire ou éclatée, écrits à la première ou à la troisième personne, clairement autobiographiques ou apparemment plus distanciés.

Parmi ses écrits, on peut citer: « Histoire d'une Marie », « Un homme si simple », et « Le perce-oreille du Luxembourg ».

Présentationstip

· « Histoire d'une Marie »: Venue de sa campagne, Marie découvre la ville, les hommes... la vie. Jeune et crédule, elle tombe vite sous le charme de ceux qui, du bourgeois cossu à l’apprenti souteneur, tour à tour la séduisent, l’exploitent et la font souffrir. Même Henry Boulant, « son » écrivain neurasthénique, n’épargne pas la bonté, l’amour et la pathétique candeur qu’est seulement capable d’opposer Marie à l’égoïsme des hommes.

· « Un homme si simple »: Au fil de cinq «confessions» adressées à un psychiatre de la Salpêtrière, l’écrivain Jean Martin raconte ce qui l’a amené à l’internement, à l’anorexie et à la dissociation de la personnalité.

· « Le perce-oreille du Luxembourg»: Carnet d’un fou, enfermé dans la célèbre institution psychiatrique de la Salpêtrière, à Paris. Le personnage de ce roman, qui décrit sa vie dans l’asile, est inspiré par la vie même de l’auteur.

Frans Hellens (1881-1972)

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Frans Hellens est le pseudonyme de Frédéric van Ermengen. Enfant, il s'installe avec sa famille à Wetteren, petite ville située sur l'Escaut, dans une maison entourée d'un parc et agrémentée d'un étang. Ce décor va laisser dans l'esprit d'Hellens un souvenir profond et sera présent dans beaucoup de ses récitsLes marées de l'Escaut », 1953). Il va étudier durant 2 ans au Collège Ste-Barbe de Gand, puis plus tard à l'université de cette ville (où est désormais installée sa famille) qui va l'inspirer pour ses deux premiers livresEn ville morte » (1905), sorte de roman poétique, et « Les Hors-le-vent » (1909), recueil de nouvelles)tip. Si au début de sa carrière littéraire son style s'inscrit dans la tradition de ses aînés, un long séjour méditerranéen (1915-1920) va ouvrir une nouvelle ère dans son œuvre, marquée par la féerie fantastique (voir infra).

Parmi ses écrits, on peut citer: les « Mémoires d'Elseneur » (1954), « Œil de Dieu » (1925), « Les filles du désir » (1930), « Le naïf » (1926), roman largement autobiographique ou encore « L'homme de soixante ans » (1951).

Présentations

« Œil de Dieu»: François Puissant, employé de banque, est passionné par la lecture de romans policiers. A la manière de Don Quichotte, il parcourt Paris, à la recherche de victimes à secourir. Le grand justicier Œil de Dieu se lance dans des aventures chapelinesques.

« Les filles du désir »: Et si la femme idéale ne pouvait se trouver que dans la réunion de quatre personnes ? Ida, Delphine, Adorée, Léonie, qui donnent leurs noms aux quatre nouvelles, sont pourtant très différentes l’une de l’autre, chacune d’elles répondant à une aspiration particulière du narrateur.

Fernand Crommelynck (1886-1970)

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L'œuvre (qui sera essentiellement théâtrale) de Fernand Crommelynck est marquée par une torsion entre le réel et l'imaginaire et va être considérée comme une des plus expressive de son temps. En 1920, sa pièce « Cocu magnifique », va le révéler et lui permettre d'acquérir une renommée internationale (touchant même la Russie révolutionnaire). Cette « farce lyrique" va être un des textes majeurs de la littérature théâtrale de l'entre-deux-guerres. Elle « intègre en sa texture l'ébranlement surgi de la déstabilisation des années de guerre. (...) Les pulsions apparaissent dans toute leur force humaine et inhumaine à la fois. (...). C'est à un paroxysme vital que mène le grossissement de situations et de caractères (...). La libération que Crommelynck apporte au théâtre moderne tient donc au pouvoir de grossissement des pulsions qu'il inscrit au cœur d'une aire tragique (...) »tip. La pièce fait basculer le comique traditionnel dans l'absurde, où l'angoisse étreint le rire et y insuffle le tragique. L'action fait éclater les normes conventionnelles: pour se prouver qu'il est trompé, un mari jaloux voue sa femme d'abord à son meilleur ami, puis à tout le village avant de se glisser lui-même, déguisé, parmi les séducteurs. Sans arriver pour autant à faire la lumière à laquelle il aspire, même quand son épouse lassée le quitte pour suivre le premier venu. C'est avant tout le style qui donne le ton et confère à l'œuvre son originalité: truculent autant qu'irréaliste, intensément lyrique pour un sujet qui l'est d'habitude si peutip. En quelque 10 ans, il va donner une œuvre théâtrale exprimant ces « années folles » auxquelles le crash financier de 1929 va mettre fin.

Dans son roman « Monsieur Larose est-il l'assassin ? », il met en scène un individu particulièrement retors. Prisonniers d'une idée fixe, ses personnages créent sur la scène une situation de crise où s'accusent les traits à la fois tragiques et grotesques de leur masque.

Parmi ses autres œuvres, on peut citer « Tripes d'or » ou « Carine ou la jeune fille folle de son âme ».

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« Cocu magnifique »: Bruno et Stella vivent dans l’exaltation d’un amour partagé. Jusqu’au jour où un regard posé sur la jeune femme provoque chez Bruno une brûlure telle qu’elle enclenche la machine infernale de la jalousie. Il se lance dans la quête d’une vérité impossible, sa femme étant la fidélité même. Mettant en place de multiples stratagèmes pour démasquer Stella, il ira - suprême paradoxe - jusqu’à l’offrir en pâture à tous les hommes de 15 à 60 ans !

« Monsieur Larose est-il l'assassin ?»: Une série de meurtres secoue Paris. La police s’interroge. Monsieur Larose, un simple comédien, affirme qu’il peut résoudre l’affaire grâce aux mathématiques. Ses proches se moquent gentiment mais lorsque ses informations se révèlent vraies, l’étonnement puis la peur s’installent...

« Tripes d'or »: L’avare Hormidas, Harpagon monstrueux, est tellement obsédé par la possession de l’or qu’il finira par en manger. Et par en mourir, évidemment. Carnavalesque, grinçante, barbare, flamboyante

« Carine ou la jeune fille folle de son âme »: A sa sortie du couvent, Carine se voit confrontée, au cours de ses noces avec Frédéric, à la réalité du monde des adultes, au règne de la chair, de la concupiscence et du mensonge.

Odilon-Jean Périer (1901-1928)

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Bien que plus jeune que les auteurs cités ci-dessus, le poète Odilon-Jean Périer va être un autre portraitiste des « années folles » dont il rend l'agitation désespérée.

Son unique roman « Le Passage des anges » (1926), narration pleine de désinvolture où l'auteur interrompt son récit pour interpeller le lecteur, est tout entier parcouru par le séisme moral qui remet en cause les valeurs du temps dans la foulée de l'armistice. Il se présente comme une parabole qui dit l'impossible quête de la pureté dans un monde « où tout est perdu ». Son style volontiers enjoué rend et masque à la fois son angoisse. Son objectif n'est point la révolution mais une forme de dissolution par la fête. Son inspiration est attachée à une réalité simple: la couleur du ciel et des choses, le visage émouvant des hommes.

Présentation

« Le Passage des anges »: " Qu'arrive-t-il à une de nos grandes villes modernes lorsqu'elle est visitée par trois anges qui, sous l'apparence de beaux jeunes hommes, vivent de vraies valeurs: la poésie, la beauté, la liberté ? Un conte philosophique, une poétique histoire d'amour qui débute comme un récit de science-fiction.

Les surréalistes belgestip

Le surréalisme littéraire belge va être constitué de 2 groupes différents: le surréalisme bruxellois et le surréalisme hennuyer

Le surréalisme bruxellois

Ce courant, qui comprend des poètes comme Paul Nougé (1895-1967) et Marcel Lecomte (1900-1966) ou encore le peintre René Magritte, émerge dès 1924. Le surréalisme bruxellois se montre très indépendant par rapport au surréalisme français et est marqué par une volonté de déconstruction systématique et rationnelle des codes de la représentation, de même que par le refus de l'automatisme. Il entend également maintenir une séparation nette entre l'entreprise esthétique et l'engagement politique. Enfin, il se refuse à « faire œuvre » (les publications en volume sont très rares et les écrits, souvent brefs, sont fréquemment portés sur des supports « fragiles » comme des tracts, par exemple). Ce groupe va demeurer vivant durant 40 ans.

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Le nom de Louis Scutenaire (1905-1987) est également à mentionner parmi ces surréalistes bien qu'il ne se soit jamais identifié à pareille appellation. Poète et écrivain, c'est à partir de 1928 qu'il va commencer à collaborer aux entreprises des surréalistes belges. Son action dans le surréalisme consiste principalement à écrire des poèmes et à préfacer des expositions d'art. Il définit le surréalisme comme une entreprise de subversion et de libération de l'homme par la subversion, grâce à des moyens artistiquestip. Très attentif au langage, il attaque tous les poncifs langagiers en les subvertissant. De maxime piégée en anecdote perturbante, s'insinue une volonté de rénover la vision du monde où Scutenaire reconnaît l'emprise inconsciente des codes, l'impossibilité de les détruire par la méthode de la « table rase » et l'intérêt des solutions obliquestip.

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Par ailleurs, si le poète Henri Michaux (1899-1984) ne va pas participer à l'aventure des surréalistes belges (étant parti s'établir à Paris en 1924), ses champs de prospection vont, par contre, à voir avec leurs préoccupations. Ses textes, innombrables, sont toujours brefs et concis. Il partage le souci surréaliste de ne pas répéter la réalité et de ne pas se laisser piéger par ses corps représentatifstip.

Le surréalisme hennuyer

Ce courant, qui est principalement représenté par Achille Chavée (1906-1969) et Fernand Dumont (1906-1945), va apparaître à partir de 1934 et va faire de la Louvière un micro-centre littéraire. Contrairement au surréalisme bruxellois, le groupe hennuyer est très lié au surréalisme français et ne se caractérise pas par une réflexion théorique poussée. Il s'attache d'avantage à des formes de subversions ironiques et ludiques. Par ailleurs, il est inséparable de l'engagement politique: Chavée, dont l'œuvre atteste sans cesse la révolte, participera à la guerre civile d'Espagne et sera membre du Parti Communiste tandis que Dumont sera arrêté par la Gestapo et mourra en déportation au cours de la seconde guerre mondiale.

Ce courant surréaliste va se prolonger par les « post-surréalistes ». Parmi eux, on peut citer Marcel Mariëntip (1920-1993) et Christian Dotremonttip (1922-1979).

Un cas à part, le poète Géo Norge

Le poète Géo Norgetip (1898-1990), contemporain des surréalistes, va lui au contraire se montrer réfractaire aux visées révolutionnaires des avant-gardes. Il va d'ailleurs faire l'objet, en 1926, d'un chahut perpétré par les surréalistes à l'encontre de sa pièce « Tam-Tam ».

Son œuvre, empreinte d'une certaine ironie et d'un humour certain, se voudra célébration d'un accord « rustique » entre l'homme et le monde. Dieu fait partie de sa cosmogonietip liée aux saisons et au charme de la femme. Sa vision du monde est chaleureuse et sa perception des idéologies est purement négative. Il aligne en un seul rejet « Brahama, Moïse, Lénine, / Mahon et Jupiter ». Ces figures qui véhiculent l'espoir pour beaucoup ne constituent pour lui que des lieux d'hypnose et d'incarcération. Il voit le poème comme « le glaive militant, la ferme lame de vie qui éveille à la vie tout ce qu'elle a frappé »tip. Ses poèmes ont été chantés par l'actrice française Jeanne Moreau.

Parmi ses écrits, on peut citer « Les cerveaux brûlés », l’un des plus savoureux de ses recueils. D’accès facile et agréable, il convient bien pour une première approche de l’œuvretip.

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Des écrivains engagés

Charles Plisnier (1896-1952)

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Le dégoût devant la barbarie guerrière et la perception de l'injustice sociale vont amener Charles Plisnier, fils d'industriels montois progressistes, à adhérer dès 1919 au mouvement socialiste puis à devenir membre du parti communiste belge en 1921 (dont il sera exclu en 1928tip). Son engagement politique est total. Homme de la révolte constante, Plisnier avoue dans ses textes romanesques un singulier penchant pour l'homicide et pour l'expiation. Il définit et dénonce une époque dont il se sent partie prenante mais dont il ressent les impassestip.

Parmi ses œuvres, on peut citer deux fictions couronnées par le Prix Goncourt en France en 1937: « Mariage » et « Faux passeports ».

Poète aux multiples registres, romancier visionnaire, nouvelliste original, Charles Plisnier, va être aussi un essayiste de premier ordre, un analyste lucide des problèmes de son époque et de son arttip.

Présentations

« Mariage »: Fiction qui dresse le tableau des amours d'une famille bourgeoise et industrielle de la province qui se trouve confrontée à l'inévitable modernisation de l'entreprise. L’univers de ce roman est à l’image du monde bourgeois dont il se veut être la dénonciation, un monde où il faut sauver les apparences, où les sentiments ne comptent pas ou plutôt où les seuls sentiments qui comptent sont ceux qui ont trait précisément à la comptabilité, à l’argent, à la propriété, au capitaltip.

« Faux passeports »: 5 nouvelles qui tracent le portrait de militants et militantes communistes.

Constant Malva (1903-1969)

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Tout comme Plisnier, l'écrivain Constant Malva va faire partie de la minorité trotskyste qui va se faire exclure du parti communiste en 1928. Mineur et fils de mineur, il va venir à l'écriture dans la foulée de la débâcle morale consécutive à son départ du parti. Perpétuellement en rupture de ban, Malva laisse une œuvre essentiellement autobiographique qui récuse toute forme d'idéalisation de sa classe.

Le récit des conditions de la vie quotidienne du monde ouvrier dans « Histoire de ma mère et de mon oncle Fernand » (1932), la description des différents aspects de la vie de la fosse dans les nouvelles de « Borins » (1937) ou l'éclairage du calvaire quotidien du mineur contenu dans le lancinant journal intitulé « Ma nuit au jour le jour »tip, constituent des témoignages de première force sur l'histoire sociale belge.

Il ne s'agit pas pour lui de tomber dans le misérabilisme ou d'exalter les conditions d'existence de la classe ouvrière mais bien de rendre compte de l'impasse de la classe ouvrière condamnée au désespoir ou aux désillusions de classe depuis que l'espoir révolutionnaire a avorté aussi bien en Allemagne qu'en Union soviétique. Son style est brut, fait de phrases courtestip.

Marcel Moreau (1933)

Ecrivain appartenant à la génération suivante, Marcel Moreautip a, lui aussi, une plume engagée. Enfant du prolétariat wallon, il va opter pour une voie qui est tout de suite marquée par la virulence. Il prône l'esprit de révolte contre l'esprit de révolution. Son entrée en littérature se fait par le biais de « Quintes », récit qui ressemble à un torrent sombre et rageur qui entend faire des choses enfouies « une vérité crachante ».

Qu'il use de l'essai ou de la fiction, Marcel Moreau met en scène un « moi » véhément qu'il immerge dans la médiocrité du quotidien pour l'amener à la violence destructrice et au rythme transgressif capable à la fois de propulser le sujet au-delà de lui-même et de le remettre en contact avec le tréfonds pulsionnel refoulé par les sociétés modernes. Chaque récit relate une déstabilisation pouvant aller jusqu'au meurtre ou l'avachissement.

Parmi ses écrits, on peut citer « Incandescences », « Julie ou la dissolution », « Souvenirs d’immensité », « Corpus scripti ».

Présentations

« Quintes »: Le personnage, Quinte, évolue dans un monde dont l'esthétique est fortement modifiée par la vision qu'il en a. La quête qu'il mène est très intériorisée, son errance dans la ville n'a de sens qu'en lui. Ainsi, des commotions d'un match de football aux moiteurs d'une chambre d'amour, l'aventure de Quinte est une lutte contre l'insanité glaciale d'une société oppressante.

« Incandescences »: Marcel Moreau raconte, en première partie du livre, ce qui, dans sa vie, lui a donné l’impulsion d’écrire. La deuxième partie reprend des extraits de Quintes, son premier roman. Les deux textes répondent à « une dynamique créatrice qui se veut connaissance de soi »tip.

« Julie ou la dissolution »: Julie Malchair est une femme d’une beauté charmante et perturbante, apparemment sans passé. Elle fait irruption dans la vie de Hasch et celle de ses collègues. Par sa paresse et sa perversité, elle les pousse à se libérer des contraintes que la routine et les règles de la vie sociale leur imposenttip.

« Souvenirs d’immensité »: Livre singulier dans le travail de Marcel Moreau: à la fois par son caractère directement autobiographique et par sa toile de fond – une longue errance à travers le continent eurasiatique.

« Corpus scripti »: Corpus scripti dresse le bilan d'une vie pleine de démesure. L'auteur s'adresse ici à son corps. Un corps vieillissant qui s'est enivré avec la même frénésie de la chair des femmes et des motstip.

Conrad Detrez (1937-1985)

Écrivain engagé politiquement, Conrad Detreztip se caractérise par son humour noir et son style caustique. Il commence par traduire des auteurs brésiliens et des essais révolutionnaires, avant de se tourner vers la fiction autobiographique à mesure que ses illusions politiques s'effondrent.

Il évoque son enfance pendant la Seconde Guerre mondiale dans « Ludo » (1974) et prend pour thème l'abdication du roi Léopold III en 1951 dans « Les Plumes du coq » (1975), récit d'une enfance wallonne et dévote confrontée aux discordes de la question royale. Son roman le plus connu, « L'Herbe à brûler » (1978), est un récit jubilatoire et fantasque qui raconte le retour d'un homme désenchanté, après avoir bourlingué pendant des années en Amérique du Sud, dans une Europe ayant perdu sa fougue révolutionnaire. Detrez continue de critiquer l'intelligentsia de gauche dans ses autres livres. Il publie également un recueil de poésie, « Le Mâle apôtre » (1982). Son roman, « La Ceinture de feu » (1984), a pour protagoniste un scientifique français dans un Nicaragua en proie à la guerre. « La mélancolie du voyeur » (livre inachevé) est son dernier texte. Il l'écrit jusqu'à la veille de sa mort, en février 1985, sur son lit d'hôpital. Journal de bord d'un homme qui va mourir, qui ne l'ignore pas, le livre fait comme un examen de conscience, le tour d'une vie, et arrive à ce constat: la recherche de la beauté, seule, donne un sens à la vie, la justifie. Des trois grandes expériences de l'auteur, Dieu, le sexe, la politique, rien ne reste au bout du compte ; tout cela n'était qu'écrans pour ne rien voir, forces trompeuses qui dissimulent la simple, la lumineuse vérité des choses et des êtres.

Son ami, le poète belge William Cliff (1940), lui rendra hommage dans une œuvre biographique en vers sobrement intitulée « Conrad Detrez » (1990).

Pierre Mertens (1939)

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Enfin, on peut également citer Pierre Mertenstip. Pour cet auteur d'essais, de nouvelles, de théâtre et de romans, la littérature est le lieu des questions et l’objectif essentiel des écrivains est de réveiller les gens de leur indifférence, de leur passivité face aux scandales quotidiens. Ce qui tracasse le plus cet écrivaintip , en tant que créateur très actif et toujours en éveil, c’est la paresse et l’indifférence, la fainéantise devant l’actualité. Il accable de son ironie sarcastique les politiciens comme les publicistes, les hommes d’Église ou d’État et même parfois les hommes de lettres.

Rapidement, ses romans vont associer thématiques personnelles (dont l'enfance et ses blessures) et Histoire. Il est souvent vu comme un écrivain de l'entrelacement de l'autobiographique et du mondial, du quotidien et des apocalypses. Il mêle passé et présent, témoignage et fiction, biographie et roman. Mais, outre le fait d'alimenter son écriture à l'Histoire, il va nourrir cette dernière d'une vision politique et morale. Son roman « Bons Offices » (1974) narre les rendez-vous ratés de Paul Sanchotte avec les grands événements de son temps et le dérisoire de ses médiations d'observateur international. Son roman « Terre d'asile » (1978) aborde la question du laminage de l'individu par le politique, « Les Éblouissements » (1987) retrace le cheminement spirituel, les angoisses et les fragilités du poète et médecin allemand Gottfried Benn. Son roman, « Une paix royale » (1995), concilie d'une part, l'interrogation sur l'Histoire, de l'autre, des confidences très intimes.

Pierre Mertens promène son lecteur aux quatre coins du monde, là où l’homme a rendez-vous avec l’Histoire: écrivain belge, il relate la catastrophe minière de Marcinelle dans « Les bons offices ». Le coup d’État des colonels en Grèce est évoqué dans « L’ami de mon ami ». Le conflit israélo-palestinien et la guerre du Biafra, comme la présence des soviétiques en Afghanistan, interpellent sa conscience d’homme de paix tout autant que la dictature et les tortures au Chili habilement traitées ou sous-entendues dans « Terre d’asile ». Moraliste désabusé mais attentif aux capacités de transformation des individus, Mertens met le lecteur en présence de personnages qui se perdent ou se croient perdus, vivant dans un univers où l’ombre paraît l’emporter sur la lumière. Exilés dans un monde absurde, les héros de Mertens ressemblent à de doux conspirateurs d’une révolution minuscule. La plupart de ses personnages sont en état de fausseté, d'hypocrisie ou de divorce, de dédoublement ou déchirement, en quête de leur véritable identité.

Ses structures romanesques sont souvent fort complexes. Dès ses premiers romans, Mertens insère « une œuvre dans l’œuvre » ou crée des «univers gigognes». Dans « Les bons offices », l’écrivain, à la façon de son héros, «recolleur de morceaux», assemble les lettres, extraits de presse, journaux intimes, agendas, commentaires de photos, citations, poèmes en prose. Bousculant souvent l’ordre chronologique, le romancier disperse, déplace, éparpille les événements. Accumulant références et témoignages, citations littéraires, philosophiques et esthétiques, l’écrivain se documente à la façon d’un biographe ou d’un historien et fait parler ou penser ses personnages à la manière d’un essayiste ou d’un critique,

Outre les œuvres déjà nommées, on peut citer également son recueil de nouvelles « Collision et autres textes » et ses romans « L'Inde ou l'Amérique » (1969), « Perdre » (1984), « La fête des anciens », « Perasma »...

Présentations

« Bons Offices»: raconte l'histoire d'un couple qui fait plus que subir l'Histoire comme tout un chacun. Paul et Roxane Sanchotte croient pouvoir intervenir dans les événements, ils tentent de s'y investir par différents moyens: engagement politique, mais surtout choix de travailler à l'ONU, qui est censée être au premier plan dans l'Histoire mondialetip.

« Les Éblouissements »: En s'inspirant de la vie de Gottfried Benn (1886-1956), Pierre Mertens, aborde la question de la trahison et de la faute. Ce poète expressionniste allemand a, en effet, peu à peu rallié les rangs du nazisme.

« Une paix royale»: Tout commence par un accident de vélo. La vie de deux personnes se croise: Pierre Raymond, guide touristique et Léopold III qui le renverse. Deux itinéraires opposés, mais qui vont permettre à l’histoire et l’Histoire de s’interpénétrertip.

« Terre d’asile »: Quand Jaime Morales débarque à Bruxelles en mai 1977, il n’arrive pas à témoigner de la répression et de la torture qu’il a subies au Chili, après le coup d’État. Rien à déclarer aux camarades: rien de ce qu’on pourrait attendre d’un martyr de la Révolution. Dans cette terre qui lui donne asile, tout lui apparaît comme faussétip.

« Collision et autres textes »: Dans ces neuf nouvelles – sélectionnées parmi les six recueils publiés par l’auteur – les trajectoires se croisent, les destins s’infléchissent, se dérobent...tip

« L'Inde ou l'Amérique »: Voici un personnage qui tombe en enfance comme tombe une pierre. Et il pose des questions. Avec les réponses qu'il reçoit surgissent les premiers malentendus. Il est bientôt tenu pour un faussaire ou un passager clandestin. Tel Colomb qui cherchait un monde, il en découvre un autre. On peut bien contester l'ordre des choses. On peut bien partir en croisade pour les tigres ou les Indiens et brûler son enfance par les deux bouts. Mais très vite on se retrouve seul du côté des ivrognes, des voleurs et des fous. Il y a des paradis qui sont perdus d'avance.

« Perdre »: Retirés dans un mas provençal, deux amants réinventent la joute amoureuse comme un véritable combat de gladiateurs. Loin du monde et de ses rumeurs, coupés de leurs amis, de leurs habitudes, s'écartant des chemins trop plats et réalistes de leur quotidien, ils se donnent l'un à l'autre dans un paroxysme physique. Au plus profond de leurs fantasmes, ces deux êtres épris d'absolu se réunissent en une spirale amoureuse véhémente, alchimique, fusionnelle...

« La fête des anciens »: Trois hommes -le fils, 12 ans, son père et son grand-père- vivent ensemble un dimanche d'été en marge du calendrier. Les deux adultes assistent à une représentation théâtrale au cours de laquelle l'enfant joue le rôle du "rêveur" et suscite le spectacle qui, sans lui, n'accéderait pas à l'existence. Plus tard, ils reparleront de cette journée qui ne les a pas laissés identiques à eux-mêmes.

« Perasma »: Un « premier » amour vécu à l'âge mûr peut-il compenser les malheurs de l'enfance ? Telle est la question posée par Perasma.

La femme comme personnage principal

Madeleine Bourdouxhe (1906-1996)

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Mêlée aux mouvements philosophiques, artistiques et littéraires du temps, Madeleine Bourdouxhe (1906-1996) échappe cependant à toute classification « féministe» ou « ouvriériste»: elle met en scène des personnages féminins pour montrer une réalité plus que pour la dénoncer. Elle situe son récit dans un décor ouvrier sans prendre réellement parti dans la lutte sociale. Enfin, son écriture – impressionniste, intuitive et personnelle – n'est redevable à aucune école.

L'amour, la solitude, l'incommunicabilité, la difficile rencontre des sexes, forment la thématique de ses récits courts où les mots cèdent le pas au silence. Proche de ses personnages qui ont, entre eux, des airs de ressemblance, Madeleine Bourdouxhe les donnent à voir dans leur complexité et leurs contradictions. Ils tournent tous autour de l'amour comme autour d'un miroir fascinant, attirant et dangereux. Cet amour charnel est hanté d'une nostalgie irrémédiable et de l'attente d'une plénitude qui échapperait à tout affadissement, à toute corruption. Éprises d'absolu, les héroïnes se heurtent au tragique quotidien et cherchent volontiers dans la mort la satisfaction d'une aspiration démesurée. Même si Madeleine Bourdouxhe a tenu à se démarquer du féminisme, elle a permis de mettre en lumière ce qu'a de spécifique la vision féminine de l'amourtip.

« La femme de Gilles » est son roman le plus célèbre. Mais on peut également citer « À la recherche de Marie » (réédité sous le titre Wagram 17-42. Marie attend Marie), « Sous le pont Mirabeau », « Sept nouvelles ».

Présentation

« La femme de Gilles »: Elisa est la femme de Gilles. Elisa aime Gilles. C'est son homme, celui dont elle attend le retour chaque jour, celui pour lequel elle travaille dur dans la maison, celui dont elle est à nouveau enceinte, celui au bras duquel elle regarde le soir tomber sur leur petit jardin d'ouvrier. Quand elle comprend qu'il s'est mis à en aimer une autre, elle ne peut que se taire, souffrir, attendre et espérer. Jusqu'à ce que ça finisse.

Caroline Lamarche (1955)

C'est à partir des années 1990 que Caroline Lamarche va entamer sa carrière d'écrivaine qui sera ponctuée de romans, nouvelles, poèmes et fictions radiophoniquestip. Peintre des rapports humains ambigus, elle raconte des histoires douloureuses et brûlantes, où le désir joue un grand rôle. Ses narratrices pratiquent l'introspection tout en s'intéressant aux diverses figures de l'autre, notamment à celles du jeune homme suicidaire, du prêtre ou de l'artistetip.

Parmi ses écrits, on peut citer « La nuit l'après-midi » (1995), « L'ours » (2000), « Carnets d'une soumise de province » (2004), « La Barbière » (2007), « La Chienne de Naha » (2012).

Présentations

« La nuit l'après-midi »: Une femme ne se souvient pas de son enfance. Sauf d'une chose, dont elle fut délivrée autrefois par l'amour d'une servante, et qu'elle tente de revivre en répondant à une petite annonce. Dès lors, à la douceur qu'elle connaissait avec Gilles, son amant, se substitue la douleur infligée sur demande par l'homme roux.

« L'ours »: Pour écrire, une femme veut devenir chaste. Armée de ce projet étrange, elle rencontre un prêtre. Lecteur passionné, il lui porte une attention sans faille. Son regard pénétrant réveille en elle le souvenir d'une autre figure, liée à son enfance: celle du guide Blas, inséparable de sa fille qu'il épuisait d'un amour ambigu.

« Carnets d'une soumise de province »: Une jeune soumise témoigne de son appartenance à un homme, d’une singulière sujétion librement consentie. Au fil des pages, le lecteur s’emmêle dans l’errance d’un couple qui d'hôtel en cave en passant par des donjons, se retrouve aux quatre coins de l’Europe.

« La Barbière »: C'est un pays où la guerre fait rage. Dans une ville préservée, la Barbière rase les hommes. Mira, la narratrice, l'assiste dans cette tâche délicate. Le grand Ob, qui contrôle la ville, est le garant de cette paix cruelle. Arrive Dragon, un capitaine. Sa passion pour la Barbière désorganise le rituel. La paix est menacée

« La Chienne de Naha »: « Il y a longtemps vivait un homme, à Naha. Il vivait tout seul. Il n’avait personne. Il n’avait qu’une chienne ». Ainsi commence La chienne de Naha, roman qui emprunte son titre à un conte issu de la tradition orale de l’ethnie des Triquis, au Mexique. Prenant appui sur ce conte qui met en scène le premier homme et la première femme, la narratrice déroule le récit d’un voyage depuis Mexico jusqu’aux confins de l’Etat d’Oaxaca. Loin des circuits rebattus, elle s’arrête à Etla, lieu d’un éden provisoire habité par d’étranges étudiants, avant de prendre la route vers Copala, cœur du pays triqui, où les balles sifflent dans la nuit. Autant d’étapes qui en recouvrent d’autres, rêvées, car voilà cinq ans est morte la femme qu’elle considérait comme sa seconde mère, Lucía, figure à l’origine de ce périple. Son souvenir, la rencontre de sa fille, l’énigmatique María, l’errance qui s’ensuit, commune puis solitaire, donnent lieu à des pages intenses sur l’enfance et le couple

Des écrivains de la nature

Deux auteurs, quoique avec d'appréciables nuances, vont plonger, quant à eux, leurs écrits dans l'univers de la campagne: Marie Gevers et Maurice Carême.

Marie Gevers (1883-1975)

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C'est à Missembourg, grand domaine au village d'Edegem, non loin d'Anvers, que va naître Marie Geverstip, et c'est là qu'elle va vivre la plus grande partie de sa vie. Elle va y avoir pour seul instituteur, le jardin, la bibliothèque et sa mère qui lui enseigne l'amour des lettres et de la nature. Attentive aux frissons de l'étang, à l'ombre fraîche des grands arbres, à l'odeur de l'herbe, elle passe de longues heures à essayer de capter les choses qui l'entourent, tout simplement parce qu'elles sont belles. Maison et jardin situent d'emblée son œuvre dans une perspective humaine et offrent du monde une vision heureuse où la joie vient d'un jardin enneigé ou d'un toit blanchi par les flocons. L'aspect essentiel de l'œeuvre de Marie Gevers est donc la relation qui existe entre l'Homme et la Nature. Ils sont les principaux protagonistes de son univers. Mais, l'écriture de ses romans ne se réduit jamais à la seule poésie d'un beau jour de printemps. Elle y réserve aussi une large place à la psychologie et à la science. Les valeurs sur lesquelles repose son univers sont celles des gens austères qui ont à affronter, parfois difficilement, le quotidien. Ils savent le poids des choses. Les sources auxquelles l'écrivain s'abreuve sont innombrables: relents du passé, épisodes survenus à des connaissances, légendes d'ailleurs et d'autrefois. Son écriture, bien que naturelle, et exprimant une appréhension directe de la réalité, n'en n'est pas moins longuement travaillée. Entrée en littérature par la poésie, elle va, par la suite, être également l'auteur de romans, contes et récits.

Parmi ceux-ci, on peut citer: « La comtesse des digues », « Guldentop », « Madame Orpha », « La grande marée », « La ligne de Vie », « Vie et mort d'un étang ».

Présentationstip

« La comtesse des digues »: Ce roman (qui est son premier) raconte l'historie de Suzanne, fille du Comte des digues. Celui-ci venant de mourir, sa fille se retrouve confrontée à un double défi: s'occuper des digues et se trouver un mari. L’histoire d’une femme amoureuse d’un homme et d’un fleuve. Parviendra-t-elle à concilier ces deux amours si différents ? Il faudra que la comtesse des digues choisisse et qu’elle trouve, entre l’homme et le fleuve, une nouvelle harmonie. Ce roman exalte l'amour que la romancière porte au fleuve Escaut, personnage principal du livre.

« Guldentop »: Dans ce récit, le lecteur fait la connaissance de Guldentop, brigand de grand chemin guillotiné à Anvers et qui aurait caché un trésor dans le domaine de Missembourg. Mais, ne sachant plus où, il est condamné à errer dans la maison et le domaine depuis plus de 100 ans. Ce récit permet à Marie Gevers de partir sur les traces de son enfance et d’évoquer les légendes, les traditions populaires qui ont contribué à façonner son imaginaire.

« Madame Orpha »: Ce roman raconte l'histoire d'une enfant qui habite une maison au milieu d'un grand jardin et d'un jardinier qui aime Orpha, la femme du receveur. L'enfant les regarde, les écoute, entend les murmures du voisinages et, parmi les échos d'une passion interdite, mûrit.

« La grande marée »: Pour Gabrielle, coincée entre la boutique de ses sœurs et son diplôme d’institutrice, la grande marée de l’Escaut qui menace les digues du village correspond à sa découverte de l’amour. Réfugiée dans une ferme, Gabrielle éprouve la douleur d’aimer un homme que sa sœur doit épouser...

« La ligne de Vie »: Marie Gevers dépeint la fruste existence des paysans campinois au début du siècle, avec leur âpreté au travail et au gain, leurs mœurs brutales. Mais ce roman est aussi le récit de la victoire de l’amour et de la vie sur le passé maudit.

« Vie et mort d'un étang »: Dans Vie et mort d’un étang, on suit une femme et les plaisirs simples que lui procurent les souvenirs de son enfance dans une famille avec de nombreux enfants.

Maurice Carême (1899-1978)

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Le poète Maurice Carêmetip, quant à lui, naît dans un milieu humble dont il va témoigner tout au long de sa vie. La droiture et la bonté semblent être les valeurs dominantes de ce monde où l'on est pauvre mais pas misérable. Sa poésie et sa prose parlent de la solitude profonde de l’homme et de la joie de l’existence. Il exalte le travail de tous les jours, chante les merveilles de son Brabant natal et évoque les grands et simples moments de l’enfance et de l’amour. Il fait la synthèse du quotidien et du sacré. Par son recueil « Mère », Carême devient le porte-parole, sans grands mots et sans vaines déclarations, d’un humanisme vivant et fort, qui parle à la fois de la misère humaine et de la grandeur humaine. Tout au long de son œuvre, son message va rester identique: interrogation sur le destin de l’homme, représentation de la solitude et de l’angoisse, mais aussi évocation de la joie de vivre: l’amour, la poésie, la solidarité humaine, la beauté de la terre natale et, en général, la beauté de la nature. La lumière solaire, assimilée à la saveur blonde des blés et du pain, enveloppe la plupart des mélodies de ce poète obsédé par la clarté et la simplicité.

Le genre fantastiquetip

Le genre fantastique va occuper une place conséquente dans la littérature belge, qu'elle soit de langue française ou de langue néerlandaise. Il va être particulièrement présent dans les nouvelles et les contes et moins dans les romans.

Dans ses réalisations concrètes, le fantastique littéraire présente donc une grande diversité de formes et d'intentions.

Frans Hellens (1881-1972)

Le phénomène va se cristalliser d'abord autour de Frans Hellens dont l'œuvre, abondante et protéiforme, explore la zone indécise qui, dans les esprits et dans les choses, sépare la réalité et le fantastique.

Parmi les écrits de cette veine, on peut citer notamment: « Réalités fantastiques », « Le double et autres contes fantastiques choisis »ou encore « Mélusine » (1920).

Présentationstip

« Le double et autres contes fantastiques choisis »: Cet ouvrage réunit quinze de ses plus célèbres contes fantastiques. Un banquier terre à terre qui se découvre une soif d'absolu dans la contemplation d'une gourde. Un joueur à la dérive croyant reconnaître la bonne fortune sous les traits d'une élégante dame en noir. Une photo de mariage qui cache peut-être l'indice d'un crime.

« Mélusine »: Sous une nuit étoilée, en plein Sahara, surgit soudain une cathédrale en pierres translucides dont le narrateur entreprend l'ascension en compagnie d'une femme légère comme l'air et vêtue d'une robe diaphane: Mélusine. Il s'efforce de suivre les traces de cette fée jusqu'au cœur de la vie moderne, où leurs pas croiseront ceux de Charlot et de Merlin.

Guy Vaes (1927-2012)

Autour de Frans Hellens va se développer un courant fantastique appelé tantôt « fantastique réel », tantôt « fantastique magique » ou « réalisme magique ». Plus que la mise en scène de phénomènes paranormaux, ce courant joue sur le décalage subtil entre réalité et imaginaire et exploite certaines distorsions dans la perception du réel pour proposer une vision subjectiviste de la réalité, libérée d'un rationalisme jugé réducteur.

L'écrivain Guy Vaes en est l'illustration. Son premier roman, « Octobre long dimanche » (1956) va devenir, au fil des années, un livre-culte.

Bien des années plus tard, il va en publier d'autres: « L'Envers » (1983), « L'Usurpateur » (1993).

Il sera également poète et essayistetip. Pour Vaes, le visible n'est qu'un « medium ».

Présentations

« Octobre long dimanche »: Riche héritier d'un domaine qu'il ne connaît même pas, le héros est considéré, à son arrivée, comme le jardinier disparu de la propriété. Il assume avec volupté cette obscure identité qui n'est pas la sienne.

« L'Envers »: Bruno se refuse à revoir son ami Broderick, dont il lui est dit qu'il aurait survécu à la chute fatale qu'il a faite au pied d'une falaise de Skye. Il capte pourtant son message, celui de l'inexistence du temps, qui ne serait qu'une perception de la conscience.

« L'Usurpateur »: C'est l'histoire d'une vie rongée par l'obsession. A presque cinquante ans, Hans Feldsohn reste fasciné par l'unique événement qui ait marqué sa vie: encore adolescent, il aurait violenté au cours d'une fête costumé un arlequin androgyne. Mais, chose troublante, de ce forfait dont la guerre a effacé la trace, il ne lui reste que de vagues réminiscencestip.

Xavier Hanotte (1960)

Les œuvres de Xavier Hanotte sont particulièrement documentées, d'un point de vue historique, et empreintes de ce que l'auteur lui-même appelle un « réalisme magique ». Ajoutons à cela une poésie et un goût du fantastique qui baignent ses livres en permanence. Les thèmes chers à l'œuvre de l'écrivain sont en particulier: la douleur du désamour, les blessures avivées par l'impossible oubli, l'éternel retour du passé, mais aussi la force de l'amitié et la valeur des serments donnéstip.

Parmi ses romans on peut citer « Derrière la colline » (2000), « Les lieux communs » (2002), « Ours toujours » (2005), « Le Couteau de Jenufa » (2008), « Des feux fragiles dans la nuit qui vient » (2010).

Présentations

« Derrière la colline »: Récit à la première personne d'un soldat britannique, engagé volontaire dans la sanglante guerre de 14-18, ce roman n'est pas seulement une évocation du quotidien des tranchées ou de l'horreur de la bataille de la Somme. Dans une écriture mêlant souci du détail, échappées poétiques, réalisme impitoyable et vertige onirique, Xavier Hanotte livre une réflexion sur la destinée, l'identité, l'amour déçu et cette Grande Guerre, à la fois proche et lointaine, qui n'en finit pas de jeter sur ce siècle les lueurs et les ombres d'une folie toujours prête à ressurgir.

« Les lieux communs »: À deux époques différentes, deux bus font route vers le même lieu. En cette belle journée de printemps, dans la campagne yproise, deux bus roulent vers le domaine de Bellewaerde. L'un transporte une joyeuse bande d'employés bruxellois – qu'accompagnent Serge, petit garçon de huit ans, sensible et observateur, et sa pétulante tante Bérénice ; l'autre emmène, en 1915, un contingent de soldats canadiens vers le front avec parmi eux, Pierre. Là où la fête attend les uns, l'horreur guette les autres: aujourd'hui transformé en parc d'attractions, le domaine de Bellewaerde fut en 1915 l'enjeu de combats parmi les plus meurtriers de la Grande Guerre. De cet enfer, peu de traces ont subsisté. Et pourtant... Au mépris du temps, à travers les regards croisés de l'homme blessé et de l'enfant curieux, va se tisser un subtil réseau de correspondances et d'interrogations. Qui est donc l'homme à la pelle et que cherche-t-il ? Que cache Tante Bérénice ?

« Ours toujours »: De vrais ours ? Des ursidés sans cervelle, qui marchent à quatre pattes, se promènent à poil et ignorent jusqu'au sens du mot « civilisé » ? Anatole, l'ours raisonneur, Adalbert, l'ours précieux, et Onésime, l'ours romantique, sont scandalisés. Qu'adviendra-t-il de leur tranquillité ? et de leur secret ? si leur paisible réserve se transforme en parc à thème ? Car au domaine des Grands-Bruns, les ours ont toujours eu de l'esprit, ce qui n'est pas le lot de tous ! Bref, la situation est des plus préoccupantes... Mais pour l'heure, Anatole, Adalbert et Onésime ont d'autres animaux à fouetter. Non seulement ils doivent répéter le Festin de miel sauvage, spectacle préféré des touristes crétins, mais aussi partir en mission pour l'ADIEU, l'Association pour la Défense de l'Image des Espèces Ursidées. Le plus compliqué sera certainement de convaincre le vieux Charles, gardien des lieux, de leur prêter une nouvelle fois sa Fiat.

« Le Couteau de Jenufa »: Solitaire mélancolique, mais néanmoins philosophe, l'inspecteur Barthélemy Dussert mène une carrière marquée par la réflexion plus que par l'action, au fil des enquêtes hors normes dont le charge sa hiérarchie. Pour le reste, la rêverie et l'amitié occupent sa vie, ainsi que les traductions éternellement recommencées du poète Wilfred Owen. Or voilà que, sans crier gare, le fragile équilibre de son univers menace de se rompre. En pleine réforme des polices belges, alors que la suppression de sa brigade est programmée, va-t-il conserver son emploi de flic ? Avouera-t-il enfin son amour à Katrien, sa taciturne coéquipière ? Et qui est donc ce Jacques Travers, dont lui parviennent régulièrement, par courrier, les fragments d'un texte évoquant étrangement le style d'un romancier disparu ? Les enquêtes, professionnelles et privées, se croisent. Les réponses vont tomber ; certaines seront surprenantes. Au point de défier le bon sens ? Le Couteau de Jenůfa emmène le lecteur à Bruxelles, dans le petit monde de la 22e brigade de Police judiciaire, microcosme coloré d'une Belgique bien éloignée des habituelles caricatures. Un roman imprégné du réalisme magique cher à son auteur.

« Des feux fragiles dans la nuit qui vient »: L'adjudant Pierre Berthier est un solitaire qui voudrait être un de ces « feux fragiles dans la nuit qui vient ». Il est le personnage central de ce roman qui plonge dans l'atmosphère étrange et délétère d'une île imaginaire, soumise dans sa partie nord à un ennemi invisible, tandis que, sur le continent, l'État central semble se désintéresser de son sort, remettant de jour en jour une éventuelle reconquête. Ce roman décrit le quotidien de militaires en mission incertaine dans cette île qu'ils sont chargés de protéger. Mais les ordres sont flous et la mission se réduit d'abord à une longue attente, à des actes absurdes et injustifiés. Berthier concentre sur sa personne tout l'ennui, toute l'angoisse kafkaïenne de la situation. Le texte d'une vieille légende danoise La Relève de saint Olaf pourrait-elle contribuer à livrer la clé de l'énigme ?

Thomas Owen (1910-2002)

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Parallèlement, avec Jean Ray et Thomas Owentip , un fantastique plus classique se fait une place. Il table, lui, sur la mobilisation du paranormal.

Thomas Owen va commencer sa carrière de romancier avec de courts romans policiers aux titres mystérieux « Ce soir, huit heures » ou saugrenus « Un crime swing », « Le Nez de Cléopâtre », très typiques de l'époque. L'intrigue policière est prétexte à un discours de mœurs, particulièrement représentatif des potentialités humoristiques voire burlesques de l'auteur.

Année fertile, 1942 voit la parution de « Duplicité » (co-auteur: Élie Lanotte) et de « L'Initiation à lapeur », roman qui amorce déjà un tournant dans l'œuvre d'Owen car, sur un canevas policier traditionnel, il greffe maints éléments entachés de fantastique grand-guignolesque. L'évolution est encore plus sensible dans « Hôtel meublé » (1943), où les détails alarmants occultent de manière spectaculaire le crime qu'ils étaient censés mettre en évidence.

Par la suite, il va se consacrer tout entier à la littérature fantastique. Son premier recueil de nouvelles, « Les Chemins étranges », navigue entre surnaturel sanguinaire et extravagance macabre avec une maîtrise dans l'horreur. Cependant, cette influence se dilue rapidement. Dès « La Cave aux crapauds », l'univers est banalisé, l'atmosphère lentement corrompue pour engendrer le malaise et non la peur, l'allusion préférée à la description.

« Le Livre interdit » (1944) marque un pas décisif dans le parcours littéraire de Thomas Owen: érotisme feutré, approfondissement psychologique et mysticisme. Un style nouveau apparaît qui va s'épanouir au cours des années soixante avec « Pitié pour les ombres » (1961) et « Cérémonial nocturne » (1966). Combinant insolite poétique et rêve délicat, Owen joue en sourdine des variations sur les thèmes du fantôme et de la collision rêve/réalité. De l'humour noir et du macabre, il ne subsiste que quelques touches: sophistication et érotisme président maintenant à l'ensemble des contes. Cette tendance à la sensualité ambiguë, traduite de façon volontairement désinvolte et ironique, s'accentue dans « La Truie » (1972) et « Le Rat Kavar » (1975).

Inspiratrice continuelle de son talent, la femme dans tous ses états est au cœur de chaque recueil que ce soit dans les obsessions et fantasmes freudiens de l'autobiographique « Tétrastome » (1988) ou dans les récits éclectiques qui composent « Carla hurla » (1991) et « La Ténèbre » (1994).

Pour surprendre le lecteur, Owen mise avant tout sur la subtilité d'atmosphères vénéneuses ou à l'érotisme affirmé.

Notons, enfin, qu'après la guerre, Owen va produire ses derniers romans, non fantastiques: « Le Jeu secret » (1950) et « Les Grandes Personnes » (1954), abondamment nourris de souvenirs d'enfance et exprimant la violence douloureuse des émotions du jeune âge. Ces deux œuvres mettent également en lumière un des ressorts fondamentaux de l'écriture owenienne: la fatalitétip.

Présentationtip :

« L'Initiation à la peur »: Si vous voulez voir le vampire, passez donc au 12 de la rue des Corbeaux... C'est en ces termes que l'étrange Nazim Sobol invite son voisin, le colonel Bruck, à un rendez-vous avec la peur, après s'être longuement présenté: N comme Nécrophage. A comme Alibi. Z comme Zombie. I comme Ichor. M comme Mandragore. S comme Sanguinolent. O comme Ossements. B comme Bacille. O comme Obsèques. L comme Les oiseaux... Le brave colonel à la retraite, plus amateur de tulipes que de sensations fortes, se rend néanmoins rue des Corbeaux où l'attend un étrange spectacle et où l'illusion cache une inquiétante réalité.

« La Truie »: Treize nouvelles où le réel, insidieusement, prend des allures insolites, où le quotidien s’altère de manière inquiétante. Treize situations d’apparence banale, où pourtant le danger et la mort guettent.

« Le Rat Kavar »: Des rencontres saugrenues, des objets maléfiques, des rendez-vous où viennent les morts eux-mêmes, des envoûtements, des pièges sans nombre, des périls à chaque seconde de la vie, autant de signes palpables et évidents de la fragilité du monde quotidien, sur lequel, règne, en maître absolu et incontesté, la Peur.

« Le Jeu secret »: Tout commence par un jeu d’enfants qui tourne mal. Quand trois gamins, pris par l’attrait de l’interdit et l’effet de groupe, s’amusent à lapider un chat. Mais l’un d’eux ne sortira pas indemne de cette confrontation.

Jean Ray (1887-1964)

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Jean Raytip (1887-1964) compte parmi les conteurs les plus féconds et imaginatifs de la littérature belge francophone. Considéré comme un des maîtres du genre fantastique en Belgique, il est aussi l'auteur de récits policiers (nouvelles dont le héros est Harry Dickson, un détective américain) dans lesquels il recourt également à des éléments relevant du fantastique (envoûtements, monstres...)tip.

Parmi ses écrits, on peut citer Malpertuis, « La Cité de l'indicible peur », « Histoires noires et fantastiques », « Le Grand Nocturne - Les Cercles de l'Epouvante ».

Présentation

« Malpertuis »: L'oncle Cassave va mourir. Il convoque toute sa famille à son chevet dans la demeure de Malpertuis et leur dicte ses dernières volontés: que tous s'installent dans cette colossale maison de maître et que revienne, aux deux derniers survivants, sa fortune. Aucun des proches ne se doute du drame qui les attend. Tout commence par des lumières qui s'éteignent mystérieusement. Bientôt l'horreur jaillira des murs mêmes de la maisontip.

Michel de Ghelderode (1898-1962)

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Tout comme chez Jean Ray, le fantastique va conserver un caractère identitaire très flamand chez Michel de Ghelderodetip, auteur dont l'œuvre, mais aussi la vie, vont être caractérisées par l'art du masque, élément omniprésent dans son théâtre, ses nouvelles et son quotidien. Il considère, en effet, la société comme un éternel carnaval où tout un chacun porte un masque. Convaincu que dans ce monde tout n'est que mensonge et illusion, il souligne l'ambiguïté qui existe entre le réel et l'imaginaire, le vrai et le factice. Le monde est pour lui un théâtre où les hommes ne sont que de lamentables fantoches, petits, ridicules et mesquins. Mannequins, marionnettes, créatures à la lisière de l'humain et de l'inanimé, de la vie et de la mort, hantent ses pièces.

La Flandre est, elle aussi, omniprésente dans son œuvre, elle en constitue le personnage central et son folklore, sa principale source d'inspiration. L'écriture de de Ghelderode a été qualifiée de « baroquisme flamboyant ». Elle est une fête des mots d'une musicalité originale.

Grand admirateur du peintre James Ensortip, dont il partage la vision du monde et l'esprit satirique, il est aussi marqué, notamment, par les peintures de Breugheltip. Il se dit « écrivain plastique » peignant au moyen des mots.

Son théâtre, qui a pour objet la condition humaine, est dominé par la crainte de Dieu et de la mort. Il est entièrement imprégné de religiosité et d'allusions bibliques. de Ghelderode s'y attaque aux ordres sociaux que sont la justice, la politique et le clergé auquel il reproche essentiellement son intolérance, sa cupidité et son hypocrisietip.

Parmi ses œuvres, on peut citer « Les Sortilèges », « Le soleil se couche, L’école des bouffons », « La mort du docteur Faust, Fastes d’enfer », « Don Juan », « Pantagleize ».

Présentationstip

« Les Sortilèges »: Mannequins de cire, diables, Méphisto, vieux antiquaires et statues peuplent les douze contes fantastiques de ce recueil. A la thématique de la mort et du péché, les contes de Sortilèges ajoutent l’obsession de l’ennui et de l’enlisement dans des décors d’angoisse.

« Le soleil se couche, L’école des bouffons »: Le vieil empereur Charles Quint, retiré au monastère de Yuste, tente de se divertir un peu avec un spectacle de marionnettes des plus étranges.

« La mort du docteur Faust, Fastes d’enfer »: Tragi-comédie, La mort du docteur Faust illustre le thème de la double identité de l’acteur à la scène et à la vie, et témoigne de l’illusion théâtrale. Inspirée directement du Faust de Goethe, elle entend le réactualiser et le démystifie.

« Don Juan »: Du Don Juan mythique, il ne reste qu’un bourgeois affublé de tics nerveux, blême et gringalet. Il s’efforce de se conformer à son personnage et séduit Olympia. Or, la belle est une horrible septuagénaire syphilitique qui revêt les traits d’une jeune fille pour attirer et tromper les hommes.

« Pantagleize »: Dans une ville d’Europe, au lendemain d’une guerre et à la veille d’une autre, Pantagleize, « philosophe de profession » s’interroge sur sa vie. Un horoscope lui a prédit que son destin débuterait à l’aube de ses quarante ans pour cesser le soir même. Et il a quarante ans aujourd’hui.

Marcel Lecomte (1900-1966)

Le fantastique littéraire se présente comme une esthétique avant-gardiste chez Marcel Lecomte, poète dont l'itinéraire est inséparable de l'histoire du surréalisme belge. Amateur de sciences occultes, il va être notamment l'auteur de contes et de nouvelles fantastiques.

Ses textes sont brefs: « Applications » (1925), « Les Minutes insolites » (1936). « L'Homme au complet gris clair » (1931) est son premier récit. Il y développe le thème de la rencontre et des coïncidences. Suivront « La Servante au miroir » (1941), « l'Accent du secret » (1944), « Le Carnet et les Instants » (1964) où il raconte notamment les longues promenades qui servaient à son père, artiste peintre, à emmagasiner des observations dont il se servirait pour ses toiles. C'est un « action-poème » dont le père est le personnage central et où les promenades prennent l'aspect d'une initiation.

Marcel Thiry (1897-1977)

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Mais le fantastique littéraire peut aussi confiner à la science-fiction et à la méditation philosophique comme chez Marcel Thiry, dont l'univers est marqué par le refus de la temporalité linéaire et par la fascination pour les sciences.

Presque toute l'œuvre de fiction de ce poètetip, essayiste et romanciertip est de nature fantastique ou, dans les cas moins flagrants, teintée de fantastique. La tentation de l'impossible est une constante et l'événement fantastique est le dernier refuge de l'espérance. Son œuvre se nourrit à la fois de révolte et de nostalgie. Révolte contre l'irréversibilité du temps humain, contre le caractère irréparable de la mort qui sépare ceux qui s'aiment…

Pour Marcel Thiry, le fantastique peut guetter l'homme à chaque instant et le poète en capte sans effort les reflets dans le miroir de la vie journalièretip. Son dessein est de faire surgir le fantastique des failles imperceptibles du quotidien.

Parmi ses écrits à caractère fantastique, on peut citer le recueil « Les nouvelles du grand possible » (1960),« Voie lactée » (1961), « Nondum jam non » (1966) ou la nouvelle « Le Concerto pour Anne Queur ».

Présentations

« Voie lactée »: Un vieil homme découvre un soir chez son neveu virologue des cellules cancérigènes en train de se reproduire en vase clos et de perpétuer à leur façon l'existence d'une belle femme atteinte d'un cancer de la peau. Or, celle-ci n'est autre que l'amour de jeunesse du vieil homme.

« Nondum jam non »: Le héros se fait construire un appartement labyrinthique. Un soir, dans le grand fauteuil qui fait face au sien, le narrateur trouve une ombre qui ressemble à la fois à son fils qui l'a quitté, il y a très longtemps, et à lui-même à l'époque où il était amoureux de Fête, sa compagne morte d'un cancer.

« Le Concerto pour Anne Queur »: L'obscur docteur Cham a inventé dans une perspective religieuse le moyen de prolonger la vie sur terre au-delà de la mort...

Paul Willems (1912-1997)

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Le genre fantastique va également se retrouver dans les pièces de Paul Willems.

Paul Willems, qui est le fils de l'écrivaine Marie Gevers, commence sa carrière littéraire avec la publication de « Tout est réel ici » (1941). Dans ce texte frémissant d'images, de subtiles analogies font peu à peu disparaître la frontière entre le prosaïque et le merveilleux, le quotidien et le rêve. On y perçoit la croyance dans la profonde réalité de l'imaginaire.

Une même dimension féerique marque notamment les premières pièces de théâtre de Paul Willems: « Le Bon Vin de Monsieur Nuche », « Il pleut dans ma maison » (sa pièce la plus célèbre) etc, autant de moments où la fantaisie le dispute à la poésie.

Mais, une noirceur va progressivement s'installer dans son théâtre nourrie dès 1945 par son roman « Blessures », d'une grande densité tragique où l'on perçoit la conviction que l'emprise de l'imaginaire se solde par la débâcle définitive devant les coups d'un réel souvent sordidetip. Le rêve, petit à petit, semble ne plus être qu'un refuge en face de la vie mutilante. Désormais, et pendant plus de vingt-cinq ans, le théâtre de Paul Willems, qui ne méconnaît ni l'âpreté, ni la cruauté ni les dérives langagières, donne à voir les vertiges intérieurs et la débâcle des sentiments, dans un monde plein d'ombres menaçantes, où le temps se fige, où la mémoire est lacunaire et les mots ambigus.

« Warna ou le Poids de la neige », « La Ville à voile », « Les Miroirs d'Ostende », « Elle disait dormir pour mourir », « La Vita breve »... sont des œuvres dramatiques qui mêlent le sourire et la douleur, la platitude du réel et le rêve d'un ailleurs, l'inventivité verbale et les jeux de miroirs troublants.

Convaincu que l'écriture est un voyage, il convoque ses souvenirs et ses notes et revient, avec « La Cathédrale de brume » (1984), « Le Pays noyé » (1990) et « Le Vase de Delft » (1995) à la forme narrative de ses débuts. Dans ces récits de longueur variable (qui, tous, d'une manière ou d'une autre, appartiennent à ce que l'auteur appelle la mémoire profonde et éclairent l'ensemble de son œuvre), il tente de percevoir le dédoublement du monde, d'entrevoir l'envers des choses, de saisir un instant leur autre dimensiontip. L'art de Willems se sert de la lisière entre réel et imaginaire, il les fait jouer à « passe-muraille »tip.

Présentations

« Tout est réel ici »: Jacques assiste à un étrange concert: les manteaux de fourrure y redeviennent les animaux qui ont servi à les fabriquer, les objets d'origine végétale retrouvent leur existence de plantes, les sièges de la salle se transforment en arbres.

« La Ville à voile »: Des personnages hantés par leur passé s’efforcent de le ressusciter à l’aide de simulacres avant de découvrir que le désir s’éteint dans la possession et que le rêve se brise au contact du réel.

André-Marcel Adamek (1946-2011)

Ecrits dans une langue maîtrisée et classique, les romans d'André-Marcel Adamek ne sont pas à proprement parler fantastiques mais plutôt fabuleux, tenant de la fable moderne, du symbolique et d’un imaginaire proche du quotidien.

Parmi ceux-ci, on peut citer: « L'oiseau des morts », « La grande nuit », « Le maître des jardins noirs », « La Fête Interdite », « Contes tirés du vin bleu ».

Présentationstip

« L'oiseau des morts »: Un orage violent, un nid foudroyé, et voici que commence l'aventure d'une jeune corneille confrontée en un premier temps aux cruelles nécessités de sa survie d'oiseau, et fascinée ensuite par ses rencontres avec les humains, leurs bienveillances et vilenies. L'un d'eux parvient à l'apprivoiser et tente de lui inculquer la notion d'un langage.

« La grande nuit »: Le Château rouge est une grotte souterraine qui vient d’être ouverte au public. Lors d’une visite, un séisme violent emporte les passerelles et les galeries s’effondrent. Seules deux personnes survivent à la catastrophe: elles attendent du secours mais aucun signe de vie ne provient de la surface.

« Le maître des jardins noirs »: A Champleure, un coin reculé de campagne, Quentin, un traducteur, Anaïs et leurs trois enfants viennent d’emménager dans leur nouvelle demeure. La famille pense avoir trouvé un havre de paix. C’était sans compter la curiosité des voisins, un vieux couple qui s’intéresse à la vie et à l’histoire des nouveaux venus. Au fil des jours s’établit un lien ambigu entre ces personnages.

« La Fête Interdite »: Alors que l’hiver approche, tout le village de Marselane attend l’arrivée des saltimbanques pour la traditionnelle fête de la Saint-Luc. Sadim, le montreur d’ours, arrive quelques jours avant l’ouverture de la fête et meurt en pleine représentation. La rumeur circule que les villageois de Marselane l’ont tué. De cette méprise va découler une terrible malédiction que les forains vont prononcer à l’encontre des habitants de Marselane. Les villageois, privés de la fête qui clôture la belle saison, envoient alors deux émissaires pour parlementer avec le prévôt des forains. Alban et Lauric partent pour un périple chargé d’aventures, d’amour et de morts.

« Contes tirés du vin bleu »: Tout a commencé par une annonce: «Dame aveugle désire rencontrer personne cultivée pour lui faire lecture ». En poussant la porte de cette sinistre maison, le candidat ne s’attend pas à y trouver une jeune femme troublante ni à se voir confier une étrange mission.

Le genre policier

Georges Simenon (1903-1989)

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Le genre policier sera incontestablement incarné par Georges Simenontip à qui l'on doit la création du Commissaire Maigret, personnage qui va lui apporter la célébrité à même pas 30 ans et qui va transformer le genre du roman policier. La série aligne 76 romans et de nombreuses nouvelles, auxquels il faut ajouter 117 romans à caractère psychologique.

Grâce à la méthode intuitive de Maigret, commissaire à visage humain, le cheminement logique et un peu froid des enquêtes classiques est remplacé par une atmosphère et par des rapports humains qui sont le vrai sujet du roman. La découverte du coupable devient le support de la peinture d’un milieu ou d’une analyse psychologique.

L'emprise de son milieu natal (enfant, Simenon vit dans un milieu austère et strict de « petites gens », comme il dit), un univers marqué par les différences sociales et le manque d'argent, va influencer toute son œuvre. Bien des membres de sa famille ressemblent aux futurs personnages de ses romans: la tante Anna, qui tient une buvette pour mariniers ; l’oncle Jean, épicier enrichi et brutal ; sa propre mère, hantée par la peur de manquer, tout un échantillon d’humanité qui va peupler peu à peu toute l’œuvre du romancier. Ces souvenirs abondent en descriptions: Liège sous la brume ou la neige, l’odeur des cafés, l’activité d’une écluse ou l’atmosphère d’une arrière-boutique. Dans ses premières années, l’auteur va se constituer une véritable galerie de portraits et de tableaux.

Il va exceller à rendre le climat, l'ambiance, quels que soient les endroits et les milieux sociaux dans lesquels vont se passer ses histoires. Les vrais indices du Commissaire Maigret sont la vie même: il s'imprègne d'une atmosphère, d'un milieu. Psychologue, il cherche à se mettre dans la peau du suspect pour comprendre ses motivations. L'intuition est sa force, la sympathie son arme. Il peut ainsi opérer dans toutes les couches de la société et dans bien des lieux.

Parmi les romans de celui qui va être l’un des auteurs les plus traduits au monde, on peut citer toutes les aventures du Commissaire Maigret, dont « Le pendu de Saint-Pholien », mais aussi « Le bourgmestre de Furnes », « L'Horloger d'Everton », « Pédigree », « L'homme à barbe et autres nouvelles ». Beaucoup de ses romans ont été portés au grand écran et à la télévision.

Présentationstip

« Le pendu de Saint-Pholien »: Parce que le commissaire Maigret a subtilisé la valise d’un voyageur rencontré par hasard et qui lui avait paru suspect, celui-ci se tue d’un coup de revolver dans la bouche. Bouleversé par les conséquences de son geste, Maigret va partir sur les traces de cet homme mort par sa faute.

« Le bourgmestre de Furnes »: Dans la très ancienne ville de Furnes, en Flandre-Occidentale, tiraillée entre le progrès venu d'Amérique et les souvenirs du Moyen Âge, le bourgmestre s'impose par son autorité, sa rigidité. C'est un personnage sûr de lui que le doute n'effleure pas. Pourtant un jour, le " Baas " (le « patron »), comme on l'appelle, se dépouille de sa carapace sociale pour connaître la passion et la déchéance.

« L'Horloger d'Everton »: Dave Galloway a élevé seul son fils Ben. Un soir, l’adolescent ne rentre pas: il a fugué en compagnie d’une jeune fille. Mais l’aventure tourne mal: un homme est mort. Cette histoire tragique d’une crise d’adolescence révèle à un père abasourdi l’insondable fossé des générations.

« Pédigree »: Un texte témoin, une fresque où sont condensées les composantes sensibles qui sont à l’origine des différents climats et de la fameuse atmosphère des récits de Simenon.

« L'homme à barbe et autres nouvelles »: Récits explorant les thèmes de prédilection de l’écrivain que sont l’échec, l’exclusion sociale et la fracture qui sépare les petites gens d’une élite bourgeoise bien pensante.

Stanislas-André Steeman (1908-1970)

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On retrouve également le genre policier sous la plume de Stanislas-André Steeman. Il est l'auteur d'une 40aine de fictions dont nombre de cinéastes vont s'emparer. Son style est précis et ironique.

Par ailleurs, contrairement à Simenon, son premier souci n'est pas l'étude psychologique mais bien une intrigue diaboliquement « machinée » pour tenir le lecteur dans un éveil constant. Son roman « L'assassin habite au 21 » constitue une parfaite illustration de ce pouvoirtip.

Parmi ses autres œuvres, on peut citer: « La maison des veilles », « L'infaillible Silas Lord », « Légitime défense, Quai des orfèvres ».

Présentationstip

« L'assassin habite au 21 »: À Londres, sévit le meurtrier en série Mr. Smith, un mystérieux tueur qui n’opère qu’en période de brume et sur lequel les inspecteurs de Scotland Yard ne parviennent pas à mettre le grappin. Lorsqu’il commet son troisième crime, c’est toute l’équipe du superintendant Strickland, chargée de le débusquer, qui est ridiculisée et qui assiste, impuissante, à l’installation de la crainte dans la capitale anglaise. L’enquête piétine jusqu’au jour où un certain Tony Marsh, un habitué de la justice, révèle l’adresse de l’assassin: il habiterait au 21 Russel Square, lieu qui s’avère être … une pension de famille !

« La maison des veilles »: L'immeuble bruxellois où habite l'inspecteur Côme ne s'anime vraiment que pendant la soirée. Mais ce soir-là... un coup de feu. Dans un placard, le cadavre d'un inconnu. Lequel des locataires soupçonner ? Quelles intrigues et quels secrets se cachent derrière les portes de ces dix appartements ? Steeman agence son récit comme un orfèvre, et c'est l'âme de la maison qui s'éveille.

« L'infaillible Silas Lord »: Le petit Silas a neuf ans quand il solutionne sa première énigme, découvrant ainsi sa vocation. Des années plus tard, il se proclame « plus fort que Sherlock Holmes » et s’engage à résoudre le problème le plus ardu en 24 heures. Silas Lord est-il vraiment infaillible ?

« Légitime défense, Quai des orfèvres »: Une lettre peut changer le cours d’une vie. Un mari en vient à mettre en doute la fidélité de sa propre femme. Pour en avoir le cœur net, il se rend chez l’amant présumé et le tue. Mais une question continue à le hanter: Weyl était-il vraiment l’amant de sa femme ?

Le « néo-classicisme »

Courant prépondérant après la Seconde guerre mondiale, ce néo-classicisme ne doit rien à des manifestes ou à des positionnements doctrinaux, mais à une volonté de s’élever au-dessus de l’actualité politique (guerre froide, question royale, etc.) et des engagements idéologiquestip. Il va privilégier les thèmes intemporels sans rapport avec la réalité sociale concrètetip.

Il se marque par la pratique d’une écriture caractérisée par une langue et une forme épurées, par « l’intemporalité universelle des problématiques abordées » et par « une vision abstraite de l’homme, qui tente d’accéder à l’essence même, universelle, de l’humain ». Ce néoclassicisme va toucher tous les genres: le théâtre dans les années quarante à travers notamment les œuvres de Charles Bertin et Suzanne Lilar ; la poésie; le roman avec notamment les œuvres d’Alexis Curverstip.

Charles Bertin (1919-2002)

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Entré en écriture par la poésie, Charles Bertin, neveu de Charles Plisnier, va être un écrivain hanté par le sentiment de la solitude humaine.

C'est ce sentiment qui lui fournit l'argument de sa première pièce, « Don Juan » (1947). Tout fidèle qu'il soit au personnage célèbre, son Juan n'en fait pas moins entendre un accent nouveau. Le séducteur cherche en effet à rompre avec la fatalité. Il brûle de céder à l'innocence d'Anna d'Ulloa, mais son démon triomphe de son éphémère espérance, ce qui le conduit à dénoncer lui-même, sur la fin, sa nature maudite: « je suis né pour détruire ».

Après la solitude de l'amour, sa deuxième pièce, « Christophe Colomb » (1953), explore la solitude du pouvoir et de la gloire. Dans son étroite cabine de bateau, il s'agit moins, pour le découvreur, d'identifier un continent inconnu que d'apaiser cette orgueilleuse soif d'accomplissement intérieur qui le brûle.

En 1961, Charles Bertin publie son premier roman, « Journal d'un crime ». Son roman « Le Bel Âge » (1964) met en scène une jeune femme qui impose ses libertés à une ville de province à laquelle, on le devine, Mons a servi de modèle. Dans son roman « Les jardins du désert » (1981), on retrouve le thème de la solitude du pouvoir. Quant à son dernier roman, « Le Voyage d'hiver » (1989), il raconte le parcours d'un homme voué à la reconquête de son unité perduetip. Parmi ses œuvres, on peut également citer le récit qu'il publie en 1996, « La petite dame en son jardin de Bruges ».

Présentationstip

« Don Juan »: Tandis qu’Anna souhaite vivre avec Juan un amour éternel et s’assure de son emprise en se refusant à lui, Isabelle entend récupérer son séducteur par tous les moyens. Le Don Juan de Bertin se distingue par la place qu’il accorde aux femmes. Cette version du mythe met en scène le dilemme existentiel qui oppose le plaisir éphémère au bonheur intemporel.

« Journal d'un crime »: Un soir de pluie, à Paris, un homme tente de se jeter dans la Seine. Le narrateur surgit et le sauve. Deux jours plus tard, l’inconnu est retrouvé dans le fleuve. Saint-Pons entreprend alors une enquête personnelle, qui bientôt l’obsède complètement...

« Les jardins du désert »: À la suite d'un cataclysme atomique, l'humanité se trouve réduite à une petite communauté d'artisans, de pêcheurs et d'agriculteurs rassemblés sur une île méditerranéenne. Ils vivent sous un régime de théocratie pastorale qui a banni tout ce qui pourrait avoir trait aux modes destructeurs de l'existence d'antan. Une sorte d'Église les régit. À sa tête, un pontife qui détient toute l'autorité: le Très-Saint. Parvenu dans son grand âge, pétri d'une lucidité sans illusions, il entame son récit à l'instant où une sécheresse sans précédent menace son peuple d'une fin certaine, qui serait aussi celle des jardins. Comme Colomb dans la solitude de sa cabine, le Très-Saint, retiré dans sa chambre secrète de la tour du palais, qui domine le bourg, médite sur le sens de sa vie. Lui qui en se dominant a appris tout ce qui le rebutait, avoue: «Mais je n'ai jamais appris le bonheur.»

« Le Voyage d'hiver »: La romance d’un amour brutalement interrompu par la mort, dont l’histoire est contée avec une douce mélancolie, alternant souvenirs et moments présents. Resté seul après la mort de sa femme, Sabin Ferrier trouve dans les magies du souvenir et l'amitié médiatrice d'un chien, la force de lancer un ultime défi au néant…

« La petite dame en son jardin de Bruges »: Charles Bertin a rêvé de sa grand-mère, morte depuis un demi-siècle. Au matin, ce rêve lui est apparu comme le signe qu’il fallait sans délai rendre visite à la petite dame en son jardin de Bruges.

Suzanne Lilar (1901-1992)

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C'est par le théâtre que Suzanne Lilar va entrer en littérature. Les 3 pièces qu'elle va publier et voir créées entre 1945 et 1950 vont la projeter sur le devant de la scène. L'amour, et en particulier l'amour passion, va être un thème prépondérant dans son œuvre. La première de ses pièces, « Le Burlador » est le « premier Don Juan » écrit par une femme. Elle y prend audacieusement le contre-pied de la vision classique du mythe, puisque les « victimes » traditionnelles du séducteur s'y considèrent comme initiées au mystère d'une recherche d'absolutip. Dans « Tous les chemins mènent au ciel », la Flandre médiévale sert de cadre à l'expérience amoureuse et mystique de la béguine Lutgarde. Ayant, par la suite, décidé d'abandonner le théâtre, c'est avec le « Divertissement portugais », autre histoire d'amour, que Suzanne Lilar va aborder l'écriture narrative. Il sera son seul roman avec « La Confession anonyme », né de la révélation qu'elle aura de l'amour passion, « 1'amour du milieu de la vie ». Par ailleurs, dans le courant des années 1960, cette question de l'amour fera l'objet de 3 essais: « Le Couple », « A propos de Sartre et de l'amour » et « Le Malentendu du deuxième sexe ».

La question du clivage linguistique sera une autre question importante dans son œuvre. On la trouve évoquée dans son auto-biographie, « Une enfance gantoise ». Elle y resitue le passé d'une ville (sa ville natale) avec ses oppositions de classes, de langues, de cultures, d'idéologies au-travers mais aussi en marge de ses souvenirs familiaux et de ses apprentissages. Un des premiers de ceux-ci sera la prise de conscience de l'utilisation du langage comme outil de ségrégation et le dédain à l'égard du flamand. Suzanne Lilar va grandir au milieu des deux langues, celle parlée par ses parents, le français, mais aussi le patois flamand parlé par le personnel de maison, cette langue qui la touche tellement et qui nourrit sa soif d'absolu, celle-ci étant « non à la mesure mais à la démesure du cœur. On y était fidèle « tot in de dood » (jusqu'à la mort). Le « altijd » (toujours) y faisait pendant au « nooit » (jamais), l'un et l'autre en appelant pareillement à l'absolu. »tip. Le français va être pour Lilar la langue du classicisme cartésien et de Racine, le flamand celle du mysticisme et de la démesure. Ainsi naît en elle un dualisme qui sera pour toujours au centre de son œuvre: «Il me semble que tout ce que j'ai fait ou écrit se ressent de cette contradiction, (...).»tip.

Présentationstip

« Divertissement portugais »: Sophie Laprade, romancière élégante et désœuvrée, rencontre un prince slavo-ibérique. Ce ne serait qu’un divertissement si les mouvements du cœur ne s’accéléraient dangereusement, si la sombre passion ne se développait davantage à l’écart des exubérances portugaises.

« La Confession anonyme »: A Milan, Benvenuta, pianiste suédoise de renom rejoint Livio un avocat sexagénaire ayant une réputation de séducteur.

« Une enfance gantoise »: Suzanne Lilar retrace le parcours d’une enfance choyée entre des parents unis qui l’initient à l’appel de l’imagination et de la fantaisie. Or, partir à la recherche de son enfance, c’est aussi, pour un écrivain, remonter aux sources de son écriture et retrouver le projet central de sa vie...

Alexis Curvers (1906-1992)

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Les premiers romans d'Alexis Curverstip, dans les années 30, témoignent déjà en faveur de sa plume sobre, ironique, mordante. Ses romans « Bourg-le-Rond » (avec Jean Hubaux) et « Printemps chez des ombres » sont publiés peu avant la guerre. D'autres récits vont suivre régulièrement jusqu'au succès international de « Tempo di Roma » (1957) qui va être traduit dans une dizaine de langues. Quelques années plus tard, dans «Le Pape outragé» (1964), il va réagir à l'instruction à charge dont le Pape a fait l'objet dans la pièce de l'auteur allemand Hochhut, «Le vicaire», et prendre la défense de Pie XII et de son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1967, il va à nouveau se tourner vers un sujet à caractère religieux dans un court récit, «Le monastère des deux saints Jean». Abordant la question de la dichotomie entre la religion de Dieu et la religion des hommes, il opte pour une réflexion à la fois esthétique et théologique.

Présentationstip

« Printemps chez des ombres »: Dans une ville de province, quelques jeunes gens naissent douloureusement à l’âge adulte, parmi les questions anxieuses... Inquiets d’être ce qu’ils sont, ces jeunes gens se sont frileusement groupés, afin de préserver le rêve de liberté dont ils vivent. Et ils arriveront à s’évader...

« Tempo di Roma »: « L’air de Rome était un vin trop capiteux pour que ma volonté résistât constamment aux illusions qu’il me dispensait. Tout me paraissait beau, facile et sans danger. » Fêtes et péripéties jalonnent l’aventure de Jimmy, livré à Sir Craven, mytérieux érudit, ainsi qu’à la Ville, éternelle séductrice, fatale et providentielle.

«Le monastère des deux saints Jean»: Dans le Sinaï, deux voyageurs en quête d’aventures découvrent un mystérieux couvent copte. Le frère Jean leur révèle que ce monastère est le champ où s’affrontent les deux saints Jean, l’évangéliste et le Baptiste, et leurs adeptes. Une parabole où se mêlent mystique et sensualité.

Des écrivains marqués par la psychanalyse

La psychanalyse va jouer un rôle important dans le renouvellement du « néo-classisicisme » comme le montrent les œuvres d'Henri Bauchau ou de Jacqueline Harpman.

Mais ils ne sont pas les seuls écrivains à avoir été marqués par la psychanalyse. D'autres, appartenant à d'autres générations, vont suivre.

Henri Bauchau (1913-2012)

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Entre 1947 et 1950, Henri Henri Bauchautip va faire une psychanalyse. Cette expérience va jouer un rôle décisif dans sa vie d'écrivain. Il y aura un «avant» et un «après». Grâce à cette psychanalyse, il comprend que l’écriture constitue « sa véritable voie ». Dans les années 1948-1949, l’écrivain entre en littérature par la voie du langage poétique, parce qu’intuitivement il sent que le poème lui permet d’atteindre « des couches plus originelles de (s)a géologie personnelle », ce à quoi fait précisément référence le titre de son premier recueil, « Géologie » (1958). Chaque recueil poétique va s’apparenter à une nouvelle étape dans son œuvre littéraire, mais également dans son évolution personnelle. Mais, dès 1954, il se tourne également vers le théâtre pour mettre en scène le personnage de Gengis Khan. Bauchau dit avoir été effrayé tout autant que fasciné par la figure de ce fondateur d’un des plus grands empires de l’histoire de l’humanité. Dans sa pièce « Gengis Khan » (1960), l’écrivain fait du chef mongol un homme animé du désir de faire du monde une immense steppe et agissant au nom du « droit du rêve ». Neuf ans plus tard, Bauchau écrit une seconde pièce, « La Machination ». Republiée sous le titre « La Reine en amont », cette œuvre met en scène le personnage d’Alexandre le Grand mais aussi, déjà, celui d’Œdipe. Plus récemment, en 1998, Henry Bauchau réalise une adaptation du Prométhée enchaîné d’Eschyle, où il allie à la fidélité au texte antique la réappropriation personnelle de la matière mythique. Par ailleurs, à l’invite du compositeur Pierre Bartholomée, Henry Bauchau compose également deux livrets d’opéra: celui d’ « Œdipe sur la route » (2003), largement inspiré du roman éponyme, et celui, neuf, de « La Lumière Antigone » (2008).

C’est, toutefois, avant tout en tant que romancier qu’Henry Bauchau est aujourd’hui connu du grand public. « La Déchirure », premier roman, est publié en 1966. Dans cette œuvre auto-fictionnelle, souvenirs d’enfance et du temps des séances de psychanalyse se mêlent au récit des derniers jours de la mère du narrateur, cette mère distante avec laquelle il parviendra tout de même à communiquer dans un dernier sourire, au seuil de la mort. La figure du père sera, quant à elle, évoquée dans « Le Régiment noir », paru en 1972. Dans ce roman, qui se présente comme une quête identitaire, le narrateur offre à son père de vivre par l’intermédiaire de la fiction la carrière militaire que lui refusa sa famille, en opérant toutefois un déplacement dans le temps et dans l’espace, puisque l’histoire se déroule en Amérique durant la Guerre de Sécession. Au contact des Indiens et des Africains, Pierre, le père, le héros, découvre l’harmonie avec la terre et apprend à accepter la part de l’homme noir qui est en lui.

Le roman « Œdipe sur la route », paru en 1990, correspond à une nouvelle étape dans son œuvre. Il y raconte les années durant lesquelles Œdipe, le souverain aveugle, sa fille Antigone et Clios (le compagnon de route qu’il leur invente) ont sillonné les routes de Grèce. Au terme de ce roman initiatique, dans lequel l’art et l’errance jouent un rôle essentiel, Œdipe accède à la paix intérieure. Il consacre son roman suivant, « Antigone » (1997), à la fille d'Oedipe qui y apparaît comme une figure de l’amour et de l’espérance, et comme une personnalité féminine autonome, qui agit sans modèle. À ces deux romans, il faut encore ajouter plusieurs courts récits appartenant eux aussi au cycle d’Œdipe et d’Antigone: il s’agit de « Diotime et les lions » (1991) et du recueil « Les vallées du bonheur profond » (1999). L’ouvrage « L’arbre fou » (1995), qui comprend à la fois des récits, du théâtre et des poèmes, témoigne de l’importance qu’a pu avoir ce cycle dans le processus de création d’Henry Bauchau.

Au cycle œdipien fait suite, en 2004, « L’Enfant bleu ». La matière première de cet ouvrage n’est autre que la propre expérience d’Henry Bauchau, à savoir l’accompagnement quotidien, comme psychanalyste, de psychotiques pendant près de dix ans. L’écrivain y raconte comment Véronique, une thérapeute, aide un de ses patients psychotiques à accéder à un mieux-être en lui proposant de s’exprimer par le biais des arts plastiques. En janvier 2008, Henry Bauchau publie « Le Boulevard périphérique ». Ce roman, dans lequel il utilise pour la première fois ses souvenirs de guerre comme matière romanesque, repose sur un manuscrit abandonné en 1980 et repris après quinze années. Le titre fait référence au chemin qu’emprunte quotidiennement le narrateur pour se rendre auprès de sa bru, Paule, qui se meurt d’un cancer dans un hôpital parisien. Au chevet de la mourante et durant les interminables trajets vers l’hôpital, les souvenirs des années de guerre et surtout de Stéphane, un ami Résistant exécuté par les nazis, l’assaille. Alors qu’inéluctablement Paule, malgré son combat, se rapproche de la mort, Stéphane, dans l’esprit du narrateur, lutte avec son bourreau, le terrible Shadow et triomphe finalement de lui dans et par la mort.

En 2010, Bauchau publie « Déluge », roman mettant en scène Florence, une psychiatre qui rencontre et accompagne dans son vaste projet de composition de peinture du Déluge Florian, peintre instable à la réputation de pyromane. Plus récemment encore, en 2011, c’est avec « L’Enfant rieur » qu’Henry Bauchau revient sur le devant de la scène littéraire afin de livrer dans ce récit, qui s’échelonne de 1913 à 1940, les souvenirs de l’enfant, de l’adolescent et du jeune adulte qu’il fut ou, tout du moins, qu’il aurait pu être.

Henry Bauchau a également à son actif une importante activité de diariste. Auteur dès les années 1939-40 du Journal d’un mobilisé, il a toujours tenu, parallèlement à la rédaction de son œuvre littéraire proprement dite, un journal. Ces écrits, qui font depuis 1992 l’objet de publications régulières, permettent de suivre l’élaboration de l’œuvre au fil des jours et de percevoir combien elle se nourrit des rencontres, des lectures, de l’actualité, de rêves, etc.

Au fil de son œuvre, il sonde l'âme humaine, l'univers intérieur où l'individu puise la force d'affronter les autres et son destin avec sérénité et confiance. Pour lui, c'est en s'affranchissant des peurs, des conventions et des contraintes, en refusant d'être captif des murs qui le limitent, que l'Homme accède à la liberté à partir de laquelle il peut progresser.

Jacqueline Harpman (1929-2012)

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Les romans de Jacqueline Harpmantip ne puisent pas tant leurs forces dans les intrigues que dans les relations entre individus. Son approche est à la fois littéraire et psychanalytique. De fait, l’écrivaine ne cache jamais la psychanalyste qu'elle est, dynamique qui la conduit à analyser minutieusement ce qui se passe dans la tête de ses personnages.

Sa carrière littéraire va se dérouler en 2 temps, séparés par une vingtaine d'années, au cours desquelles elles va faire des études de psychologie et travailler comme psychothérapeute puis comme psychanalyste. C'est avec « La Mémoire trouble » (1987) qu'elle revient à l'écriture. Dès lors, elle n'arrêtera plus d'écrire, publiant une trentaine de livres (romans, nouvelles, pièces de théâtre).

Parmi ses œuvres, on peut citer « Brève Arcadie » (1959), « Les bons sauvages » (1966), « La fille démantelée » (1990), « La plage d'Ostende » (1991), « Le bonheur dans le crime » (1993), « Moi qui n'ai pas connu les hommes » (1995), « Orlanda » (1996), « La dormition des amants » (2002), « La lucarne », « Eve et autres nouvelles », « La mémoire trouble », « Jusqu'au dernier jour de mes jours ».

Présentationstip

« Brève Arcadie »: A peine sortie du couvent, Julie décide d'épouser un homme taciturne, mais intelligent et délicat. Gaston cherchait une femme qui pourrait le désennuyer. Une union disparate, mais heureuse. Jusqu'à la rencontre avec François Hartog.

« Les bons sauvages »: Clothilde a seize ans. Elle est belle et un brin cynique. Elle veut exister librement. La seule façon d’être une femme, c’est de le devenir. La seule façon d’inventer, c’est de faire la révolution. Une histoire de femme peu banale et une chronique acerbe des années soixante.

« La fille démantelée »: « Mais comment tue-t-on sa mère quand elle est déjà morte ? » Edmée va tenter de le faire en racontant leur histoire: chaque mot est un cri pour se délivrer de Rose, cette mère dure et égoïste. Rose a été une enfant mal aimée et sa fille Edmée, dans ses tentatives d’élucidation, livre ici un violent réquisitoire contre une relation de haine et d’amour qui l’a marquée à jamais.

« La plage d'Ostende »: "Dès que je le vis, je sus que Léopold Wiesbek m'appartiendrait. J'avais onze ans, il en avait vingt-cinq... je lus ma vie sur son visage et d'un instant à l'autre, je devins une femme à l'expérience millénaire. " Prise ainsi par une passion que rien n'éteindra, Emilienne devra pendant des années attendre son heure. La jeune fille va lentement tisser sa toile.

« Le bonheur dans le crime »: Un conducteur coincé dans un embouteillage, un jour de tempête à Bruxelles, est arrêté devant une maison. Fasciné par les habitants de cette demeure, il raconte leur histoire à la personne qui l’accompagne.

« Moi qui n'ai pas connu les hommes »: Quarante femmes sont enfermées dans une cave depuis plus de dix ans. Elles ne connaissent pas la raison de leur détention. Les gardes qui les surveillent et les nourrissent n’ont jamais prononcé un mot en leur présence ni daigné répondre à leurs questions. A la suite du retentissement d’une sirène qui fait fuir leurs gardiens, les quarante détenues parviennent à quitter leur prison.

« Orlanda »: Aline est une jeune femme, professeur de littérature. Un jour, alors qu'elle est en train de lire en attendant son train, la partie masculine de son âme, que la narratrice appellera Orlanda, décide de la quitter. Elle choisit un beau jeune homme, Lucien, assis en face d'Aline. Ayant investi ce nouveau corps, Orlanda va découvrir de nouvelles sensations, faire de nouvelles expériences.

« La lucarne »: Dix nouvelles. Dix femmes. De Marie à Jeanne d’Arc en passant par Antigone, Jacqueline Harpman revisite, avec l’humour et l’ironie qu’on lui connaît, quelques mythes fondateurs de notre société occidentale.

« Eve et autres nouvelles »: Après tant d’années de silence, Eve révèle l’histoire du péché originel. Et si la faute n’est plus celle que l’on a crue, elle n’en est que plus plaisante.

« La mémoire trouble »: La mémoire trouble est le récit de retrouvailles entre quatre amis qu’un drame a séparés. Ils resteraient à l’écart les uns des autres si la femme de Bernard, dévorée de curiosité, ne cherchait à comprendre leur étrange discrétion, sans se douter de ce qu’elle va déclencher.

« Jusqu'au dernier jour de mes jours »: Histoires singulières qui ont toutes pour fil rouge des destins de femmes. Il y a celle qui se bat pour venger la mort de son père et celle d’autres résistants. Il y a celle qui, par peur de vieillir, enfante à soixante ans ou encore celle qui sauva les vierges de son pays des griffes du dragon.

François Weyergans (1941)

De père belge et de mère française, c'est d'une psychanalyse chez Lacan que François Weyerganstip (élu à l'Académie française en 2009) va tirer la matière de son premier roman publié, « Le pitre », dont le narrateur est un jeune apprenti-écrivain qui fait part à son psychanalyste de son obsession des femmes. On y retrouve, ainsi, quelques-uns des principaux thèmes qui vont marquer son œuvre: les femmes, le sexe, la psychanalyse, auxquels il convient d'ajouter l’opéra et le cinéma. On retrouve d'ailleurs ces thèmes dans « Salomé », sa première œuvre, écrite à l'âge de 27 ans (mais qui ne sera publiée qu'en 2005), roman subversif et érotique où l'on découvre un homme de plaisirs déchiré par ses sentiments contradictoires, écartelé de dilemmes qui ont souvent l’apparence de femmes délicieuses et tentatrices.

Parmi ses autres écrits, on peut citer « Franz et François », « Trois jours chez ma mère », « Les figurants », « Macaire le copte », « Le Radeau de la Méduse », « La démence du boxeur », « La vie d'un bébé », « Royal romance ».

Présentations

« Salomé »: Dans l'Europe des années soixante, un jeune cinéaste voyage beaucoup et découvre un opéra célèbre: Salomé. Il mêlera désormais les femmes dont il rêve, qu'il appellera toutes Salomé, aux femmes moins nombreuses mais réelles de sa vie. À la fois écorché vif et témoin ironique de sa propre vie, il se laisse emporter par le tourbillon de ses multiples rencontres à Venise ou Amsterdam, dans les trains de nuit et les aéroports. Il commence une cure de psychanalyse mais préfère se confier à sa machine à écrire.

« Franz et François »: Vingt ans après la mort de Franz, catholique fervent, auteur de best-sellers sur l'amour fidèle et l'éducation chrétienne, son fils François se lance, affectueusement mais avec une bonne dose de hargne et de rancune, dans une explication virtuelle avec ce père qui n'est plus là.

« Trois jours chez ma mère »: Nuit après nuit, un homme très perturbé se protège en évoquant son passé - tant de voyages, tant de rencontres amoureuses qui restent obsédantes. Sa mémoire lui donne le vertige. Ses souvenirs l'aideront-ils à aller mieux ? Il s'invente une série de doubles qui mènent une vie sentimentale tout aussi agitée que la sienne. Il pourrait aller rendre visite à sa mère. Elle vit seule en Provence et aura bientôt 90 ans. Il a d'abord un travail à finir. Sa mère lui déclare: 'Au lieu d'envoyer des fax à ta dizaine d'amoureuses, tu devrais publier un livre, sinon les gens vont croire que tu es mort.'

« Les figurants »: Livre qui raconte la vie de cinq générations en presque un siècle (de1900 à 1980).

« Macaire le copte »: Dans la Basse-Egypte du 4ième siècle, Macaire, esclave, pilleur de tombes et moine, s'impose de mener une vie hors du commun, afin de trouver sa vérité.

« Le Radeau de la Méduse »: Ce roman commence par le récit du naufrage de la frégate La Méduse et l'extraordinaire aventure des rescapés. Ensuite tout se passe au 20ième siècle: Antoine vit à Paris où il prépare un film sur 'Le Radeau de la Méduse', le célèbre tableau de Géricault. Autour du cinéaste gravitent Catherine, sa première femme qui rêvait d'être violoniste, Agnès, sa seconde femme, convertie au bouddhisme, et Nivea dont il est très amoureux. Cette histoire est celle d'un personnage qui veut transformer une vie oppressante en feu d'artifice et qui retombera sur ses pieds grâce à l'ironie et à l'humour.

« La démence du boxeur »: Melchior Marmont voudrait bien ne pas mourir avant l'an 2000. Nous sommes au milieu des années quatre-vingt et il est en bonne santé, même si la mort de sa femme l'a beaucoup diminué, même s'il vient d'enterrer son frère aîné. Il a longtemps été producteur de films, a connu beaucoup de gens célèbres, et des télévisions le pressent de se raconter en public. Il hésite. Il préférerait publier ses Mémoires, en en confiant la rédaction à son fils, poète, qu'il a entretenu jusqu'à présent. Le jour de son anniversaire, Melchior surprend tout le monde en annulant la fête prévue par sa famille et annonce qu'il va tourner un film dont il sera scénariste, réalisateur et producteur: 'La Démence du boxeur.'

« La vie d'un bébé »: Dans ce livre, la grossesse est vue de l'intérieur, par le principal intéressé, le foetus lui-même. Il y fait part de la transformation de son corps, de ses mets préférés, de l'irritation que lui cause les pauses mélomanes de sa mère. Une mère qu'il admire déjà et dont il attend la première rencontre avec impatience.

« Royal romance »: Daniel Flamm, un homme d'une cinquantaine d'années, vit à Paris avec ses deux enfants et leur mère. Sans s'y attendre, il rencontre à Montréal une comédienne débutante. Elle s'appelle Justine et il s'éprend d'elle. L'attirance est immédiate et réciproque.

François Emmanuel (1952)

Après des études de médecine (spécialisation en psychiatrie), François Emmanueltip (frère de Bernard Tirtiaux et neveu de l'écrivain Henry Bauchau) s’intéresse d’abord à la poésie et au théâtre avant de devenir romancier. Il partage aujourd’hui son temps entre l'écriture et son métier de psychothérapeute.

Du roman noir à la question éthique, de l'intrigue policière au conte initiatique ou au roman familial, François Emmanuel ne choisit pas vraiment... Écrivain subtil, ce styliste goûte les longues phrases et les métaphores feutrées. Dans ses romans, tout n'est qu’intériorité, discrétion, émotion.

Parmi ses romans on peut citer: « La Partie d'échecs indiens » (1994), « La leçon de chant » (1996), « La Passion Savinsen » (1998), « La question humaine » (2000), « Regarde la vague » (2007).

Présentations

« La Partie d'échecs indiens »: Amedeo Seguzzi voudrait quitter la police. Il n'obtiendra cette liberté que s'il s'acquitte d'une ultime mission: retrouver la trace d'Anton Chaliaguine qu'il connaît à peine. Intrigué par la personnalité du disparu, ne sachant s'il est en fuite ou en quête, Seguzzi est emporté dans une course poursuite qui le conduira de Palerme à Saint-Petersbourg et jusqu'aux rivages de l'océan Indien. Entre les deux hommes: une femme, un amour. C'est elle qui ouvre et voile l'itinéraire, relance sans cesse la traque comme pour arracher le narrateur à lui-même, à son passé comme à son identité sociale. Et ce qui a débuté par un douteux mandat de recherche s'ancre peu à peu dans une étrange nécessité intérieure. Toutes les haltes du voyage, tous les signes laissés par Chaliaguine semblent posés sur le chemin pour préparer à la rencontre.

« La leçon de chant »: Qui est Clara Mangetti ? Dans La Leçon de chant, François Emmanuel met le lecteur face à l'énigme d'une femme. Pourquoi s'enfuit-elle après le concert où elle a chanté Nacht und Traume de Schubert ? Pourquoi brise-t-elle les liens avec ses proches ? De quoi souffre-t-elle ? Autant de questions que tentent d'élucider les deux hommes qui s'en éprennent, son amant, son professeur de chant. A travers leurs voix auxquelles fait contrepoint la sienne qui se refuse, le récit avance comme une partition musicale où l'histoire de Clara, son passé en Argentine, se dessine peu à peu.

« La Passion Savinsen »: A Norhogne, une propriété isolée dans la forêt ardennaise, Jeanne, vingt ans, vit entre son grand-père Tobias, perdu dans ses souvenirs d'ancien marin, et sa jeune sœur Camille, une sauvageonne. On est en 1941. Le père de Jeanne est prisonnier dans un oflag. Et l'armée allemande réquisitionne la grande maison. La rencontre de Jeanne avec Matthäus, l'officier qui commande la compagnie, va la précipiter malgré elle dans une passion étrange, qui se doublera du désir d'éprouver ce que fut le secret amour de sa mère.

« La question humaine »: Un psychologue affecté aux ressources humaines d'une en­treprise multinationale se voit chargé par le directeur adjoint, Karl Rose, de découvrir pourquoi son su­périeur à la tête de la filiale française, se comporte de façon de plus en plus étrange, voire même inquiétante.

« Regarde la vague »: Pour la dernière fois de leur vie, les cinq enfants Fougeray se retrouvent dans leur maison d'enfance à l'occasion du remariage du frère aîné, Olivier. C'est en effet dans la demeure familiale, juste avant sa mise en vente, que celui-ci a voulu célébrer sa noce. Mais la mort de leur père, disparu un an plus tôt dans des conditions mystérieuses, laisse planer sur les lieux une étrange présence. Entre le fils aîné Olivier, longtemps considéré comme indigne, le fils adoptif, Jivan, et les trois filles, Marina, Grâce et Alexia, l'héritage, moins matériel que spirituel, semble sourdement disputé.

Eva Kavian (1964)

Après quelques années de travail en hôpital psychiatrique comme ergothérapeute, une formation psychanalytique et une formation à l’animation d’ateliers d’écriture, Eva Kavian va se consacrer pleinement à l'écriture et à l'animation d'ateliers de création littéraire. Elle est notamment l'auteur de plusieurs romans (pour adultes et adolescents), de nouvelles, de poésies et d'essais.

Sa plume, acérée et tendre en même temps, transforme la réalité et le quotidien, avec le bonus de l'ironie, en histoires universellestip.

Parmi ses romans, on peut citer: « Trois siècles d’amour » (2003), « Le rôle de Bart » (2006), « Le Square des Héros » (2008), « Premier chagrin » (2011).

Présentations

« Trois siècles d’amour »: Je ne sais pas nommer les choses. Je vais écrire l'histoire d'une famille qui va en vacances pour la dernière fois. Je ne dirai rien de la souffrance infinie de la narratrice. Je la garde pour moi. Je lui donnerai un amour magnifique pour s'accrocher à la vie. Je pleurerai toutes ses larmes jusqu'à la mer, et j'écrirai cette histoire pour lui dire qu'il peut y avoir, entre les branches des arbres, des histoires d'amour qui attendent qu'on les invente pour exister

« Le rôle de Bart »: Pour effacer une douleur, dit-on, il suffit qu'une autre, plus importante, survienne. Que faire pour survivre à la souffrance d'une rupture ? La narratrice décide d'arrêter de fumer. Durant cinq jours, elle accumule les stratégies pour renoncer à la cigarette, et nous livre un portrait lucide et plein d'humour de ses amies et voisines de la rue des Déportés qui, comme elle, élèvent seules leurs enfants, entre blessures et désirs d'amour.

« Le Square des Héros »: Le roman se déroule dans la rue des Déportés, une rue où sont installées des familles monoparentales, un an après « Le rôle de Bart » où la même mère racontait son quotidien entre deux amours. La narratrice en est la jeune Léa, une gamine de douze ans d'une grande maturité. Son lien à sa mère, une écrivaine pas facile à vivre mais bonne conseillère, est très fort. Parallèlement, Léa vit des aventures de son âge et travaille à un grand projet: devenir une star, de préférence de cinéma. Et elle commence aussi à écrire le roman de sa vie, un livre qui raconte ce qui se passe autour d'elle. Et la matière est riche ! Il y a sa mère dont elle prend en charge le bonheur, une famille réfugiée dans une vieille maison dont les enfants sont sur le point d'être placés en famille d'accueil et enfin ses amis qui vivent des histoires familiales difficiles.

« Premier chagrin »: Sophie s'apprête à faire son premier baby-sitting. Quelle surprise lorsqu'elle découvre que c'est une grand-mère et non une jeune maman qui a posé l'annonce. Cette dame lui explique qu'elle est malade, qu'elle n'en a plus pour beaucoup de temps et que la jeune fille devra l'aider pour garder ses petits-enfants. Mais Sophie est bien obligée de constater au fil des jours que les petits enfants ne viennent pas voir Mouche, qu'il y a un problème sous-jacent… Une merveilleuse relation s'établit entre Sophie et Mouche, touchante et émouvante. Les sujets tels que le mensonge, la vérité, les problèmes de famille, la déchéance physique, la maladie dévastatrice, l'attente de la mort sont ici abordée sans tabous, sans détours avec réalisme et humilité.

L'attrait de Paristip

Tout comme Maurice Maeterlinck au 19ième siècle ou Henri Michaux et Georges Simenon durant l'entre-deux guerres, nombre d'écrivains belges en langue française (dont certains ont été cités précédemment) vont rechercher et connaître, après la seconde guerre mondiale, une insertion effective et complète dans l'espace littéraire français.

Ils entendent publier à Paris et faire une carrière française, ce qui va se traduire le plus souvent par une installation, temporaire ou définitive, à Paris ou ailleurs en France (et, dans certains cas, par l'acquisition de la nationalité française). Parmi ces écrivains, on peut citer, à titre d'exemple: Françoise Mallet-Joris, Dominique Rolin...

Félicien Marceau (1913-2012)

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Mais pour certains écrivains, le départ pour la France ne va pas être tout à fait volontaire mais plutôt consécutif à des condamnations pour des faits de collaboration durant la Seconde guerre mondiale. Ce sera par exemple le cas de Félicien Marceautip qui sera déchu de sa nationalité belge et naturalisé Français en 1959 (après, semble-t-il, que le général de Gaulle se fut assuré de l'inanité des accusations qui avaient fait condamner Félicien Marceau à 15 ans de prison en 1946). Il va être élu à l'Académie française en 1975 (ce qui va provoquer la démission du poète français, Pierre-Emmanuel, ancien résistant).

On lui doit plus de 40 romans, essais et pièces de théâtre. Son style est tantôt acide, tantôt humoristique, volontiers insolent, parfois provocateur. «Tous mes livres sont la longue offensive contre (...) “le système”. C'est-à-dire le signalement qu'on nous donne de la vie et des hommes. Ces lieux communs sont plus dangereux que le mensonge, parce qu'ils ont un fond de vérité, mais qu'ils deviennent mensonge lorsqu'on en fait une vérité absolue.», dira-t-iltip. L’un des thèmes majeurs de l’œuvre de Marceau est la tragique contradiction entre la réalité quotidienne et l’image obsessionnelle du bonheur.

Parmi ses romans, on peut citer: « Cadavres exquis » (1942), "Chasseneuil" (1948), "Capri, petite île" (1951), ou encore "Bergère légère" (1953), "Creezy", "Appelez-moi mademoiselle" (1984), "Un oiseau dans le ciel" (1989), "Le voyage de noces de Figaro" (1994), « Les Pacifiques » (inédit écrit en 1943 et paru en 2012).

Présentations

« Cadavres exquis »: En 1938 à Bruxelles, au lendemain des accords de Munich, des personnages de toutes nationalités vivent hors de leur pays et composent une société hétéroclite, à peine vivante.

"Chasseneuil": Paulette, déjà femme fatale à quinze ans, le comte de Crinot avec sa dégaine de trappeur, la provocante Maggy, Robilart, mari modèle mais troublé, Mlle de Vertus qui parle haut et dru, l'affreux Gonard, la main déjà tendue pour la captation des biens, tels sont, au creux d'un bel été, quelques-uns des clients de ce vaste château dont sa propriétaire, Mlle de Chasseneuil, a fait un hôtel. Tous en vacances, livrés à eux-mêmes et à leurs distractions principales, le bridge, les cancans et, au moins innocemment, les tables tournantes. Et, au milieu d'eux, le démon ronchonneur, las de son métier mais continuant à tisser sa toile, suscitant des tentations, provoquant des drames.

"Capri, petite île": Aux touristes qui font en fiacre le tour de l'île de Capri, les cochers ne manquent pas de montrer la villa du comte Satriano. C'est une des gloires de l'île. Hors de celle-ci, cette notoriété se restreint à un petit cercle de mondains pour qui aller voir le comte et sa femme est de rigueur. Pour s'installer auprès d'eux, leur riche ami suisse Forstetner n'attend que de trouver un secrétaire et une villa. Le secrétaire ? Ce poste sortira d'affaire un jeune Hongrois qui se languit dans un camp de personnes déplacées. La villa? Il y en a une. Mais il faut négocier à la façon du pays, avec l'argent sous la table. 14 millions dans une serviette de cuir - de quoi déclencher des catastrophes parmi les curieux personnages qui gravitent autour des Satriano dans le microcosme doré que F. Marceau décrit d'une plume corrosive.

"Bergère légère": Entre deux danses à l'Oasis, Nicolas exige cent francs de l'inconnu qui quémande l'honneur d'être présenté à sa cousine Marie-Jeanne. Honni soit qui mal y pense: il s'agit d'une plaisanterie. Nicolas le facétieux a lu Nietzsche et ne souhaite que multiplier les expériences. Mais quelqu'un prend fort mal l'introduction de Ferdinand de Mesquechin dans leur cercle, c'est Leperse qui veut épouser Marie-Jeanne. Comment se débarrasser de l'intrus ? Lui laisser régler l'addition, dit Josse. Or, loin de se dégoûter, Ferdinand paie, se ruine et « mange la grenouille ». Nos jeunes gens se jugent responsables et se préparent à sauver Ferdinand de la prison en remboursant le vol. Noble décision qui provoque une série de réactions en chaîne. C'est une histoire pleine de jeunesse, de gaieté et d'esprit.

"Creezy": Histoire d’un député qui tombe amoureux d’un mannequin, mais refuse de quitter sa femme pour elle, pour conserver sa respectabilité.

"Appelez-moi mademoiselle": C'est Mademoiselle ici qui parle, qui raconte, ou plutôt qui vit sous nos yeux son aventure. Dans cette petite ville du Sud, au bord de la mer, elle a recruté ses camarades d'école. Elle en a fait des contrebandiers qui, la nuit, dans leurs barques à moteur, vont au large chercher les ballots de cigarettes en provenance de Tanger. Les voici tous, avec leurs sobriquets: Yankee Doodle, Jo le Guatémaltèque, Victoire de mes deux, Salomé l'Inoubliable, plus une vraie duchesse et une fausse comtesse qui est le grand amour de Mademoiselle. En face, les ennemis: la Douane et surtout une puissante organisation manipulée par un inquiétant Professeur qui a quelques hauts appuis dans la manche. Et un combat furieux se déchaîne, où tous les coups sont permis.

"Un oiseau dans le ciel": Après bien des aventures, Nicolas de Saint-Damien, frappé par l'amour, épouse Sibylle de Fauquembert. Cajolé par ses six belles-sœurs, adoré de tous, il étouffe. Il n'a qu'une passion: la liberté. Il part dans plusieurs pays successifs, libre enfin, disponible, oiseau dans le ciel, passionné de tout ce qu'il découvre. Un jour, garçon d'étage dans un château-hôtel du Surrey, il s'éprend de la ravissante fille d'un Candidat-Président mexicain. Il reprend la route avec elle, jusqu'en Grèce où il devra affronter mille péripéties. Quant à savoir d'où Nicolas tient cet insatiable appétit de liberté et jusqu'où ça le mènera, c'est un des nombreux coups de théâtre du roman, et non le moindre, qui le révélera.

"Le voyage de noces de Figaro": « Le Mariage de Figaro », de Beaumarchais, voit apparaître une suite probable aux aventures de Figaro et Suzanne, les deux mariés héros de l'ouvrage. Les voilà embarqués dans une aventure des plus rocambolesques, à travers l'Europe, ponctuée de rencontres imprévues... Un voyage de noces peu commun

« Les Pacifiques »: Ecrit en 1943, ce roman inédit met en scène une douzaine de personnages au début de la Seconde Guerre mondiale: hésitations, erreurs, craintes, désarroi, mille petites préoccupations qui cachent les grandes tragédies.

Dominique Rolin (1913-2012)

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La quête d'identité constitue la préoccupation majeure de l'œuvre romanesque de Dominique Rolintip. Sa famille et sa vie intime vont être au centre de son inspiration. Son premier chef-d'œuvre « Les Marais » (1942) invente un lieu (une maison à l'orée de la forêt) et un groupe familial déchiré, éléments qui feront l'objet d'un étrange étoilement à travers les trente-sept volumes que Dominique Rolin a signés. Dénonçant l'hypocrisie mielleuse des âmes éplorées, elle trace, au fil de ses œuvres, un tableau impitoyable de son entourage, en isolant un amour clandestin à qui elle va consacrer de nombreux livres, dont « Trente ans d'amour fou » (1988), « Le Jardin d'agrément » (1994) et « Journal amoureux » (2000). Cet homme apparaît comme un repère essentiel de son univers, auquel il procure constance et force.

L'œuvre romanesque de Dominique Rolin va connaître différentes phases essentielles. La première, qui va des « Marais » (1942) jusqu'aux « Deux sœurs » (1946), présente des romans dans lesquels s'opère une transposition romantique du drame familial: le décor est nordique et les noms des personnages ont tous une résonance germanique sinon flamande.

Ensuite, après le départ à Paris, le ton change: elle accentue le réalisme de ses récits et tente de déplacer son drame familial de base dans d'autres cadres sociaux. Les personnages de « L'Ombre suit le corps », de « Souffle » (1952) ou d' « Artémis » portent des noms qui n'ont plus rien d'exotique, leur milieu social varie, mais le noyau familial et ses radiations restent souvent les mêmes. « Le Lit » (1960) clôt cette série de textes de facture classique.

Dans la période qui suit 1960, marquée par le bouleversement de la conception et de la technique romanesques sous l'influence des expériences en cours à Paris (dont le « Nouveau Roman »tip), Dominique Rolin se sert d'un nouveau style narratif plein de détours, de reprises avec un phrasé cassé. Elle se livre en outre sans complexe à une descente sans fard au cœur de la mémoire brisée qui se résume pour elle aux paysages du pays natal et aux antécédents familiaux. Elle retrouve sa mémoire propre, tout en la fragmentant au fil de l'écriture. Ce sera notamment: « Dulle Griet » (1977), « L'Enragé » (1978), « La Maison, la forêt » et « L'Infini chez soi » (1980). Dans « Bruges la vive » (1990), elle insuffle à la cité que Rodenbach voyait mortetip, une densité et une présence que lui confère la mémoire des paysages, de l'art et des traditions. Les brumes de la mer du Nord accompagnent ses visions intérieures…

La dernière phase de son œuvre va être marquée, quant à elle, par les romans « L'Accoudoir » (1996), « La Rénovation » (1998), « Le Futur immédiat » (2002) et « Lettre à Lise » (2003).

Présentationstip

« Trente ans d'amour fou »: La narratrice se pose la question: d'où vient le bonheur, d'où vient l'amour. Elle tente d'y répondre en analysant sa propre expérience et sa relation avec Jim.

« Marais »: Il y a des familles sur lesquelles le malheur et la fatalité pèsent plus lourd que sur d’autres. Car le drame qui se joue au sein de la maison Tord est le pire de tous: celui qui se répète de génération en génération, imperceptiblement, sans répit.

« L'Ombre suit le corps »: Un père abandonne sa famille pour vivre une passion adultère.

« Souffle »: La mort proche du père de famille révèle le désir de chacun des enfants de trouver sa propre indépendance et personnalité.

« Artémis »: Une femme livre peu à peu son âme au travers de l'amour de ses trois enfants. Sa vie basculera après la mort de sa fille et de son gendre.

« Le Lit »: La narratrice coule un bonheur parfait jusqu'à ce que son mari soit emporté par la maladie. Comment continuer à vivre malgré la perte de l'être le plus cher ?

« Dulle Griet »: S’identifiant à la femme cuirassée du tableau de Brueghel, vierge destructrice et patronne des accouchées, l’auteur, enceinte, mène à terme un roman complet dans lequel le vécu se mêle à l’imaginaire.

« L'Enragé »: Cloué sur son lit d'agonie par un rhumatisme articulaire qui l'empêchera à jamais de peindre, Brueghel se rappelle sa vie. Première enfance paysanne, atelier d'un maître célèbre, paysages et peintures des Flandres puis d'Italie, villes déchirées par la répression espagnole, humanité grouillante, femmes qu'il a aimées... vie transformée en œuvre.

« La Maison, la forêt »: Deux voix alternées parlent. Elle, c’est la maison, le quotidien, le refus du dehors, la surdité. Lui, c’est la forêt, la fuite, le rêve, la nostalgie, l’absence. Entre eux, une chienne.

« L'Infini chez soi »: Un matin de 1978, une femme se penche sur le parcours absurde et nécessaire qui conduisit un homme et une femme à lui donner le jour et mène à bien l’insolite biographie de ce qu’elle appelle son « avant-vie », éclairée de plein fouet par le spectre effrayant du mariage.

« L'Accoudoir »: La narratrice, penchée à sa fenêtre, contemple les passants et la vie de la rue, prétextes à des retours sur sa propre vie.

« La Rénovation »: La narratrice, en conflit avec sa mémoire, est confrontée à la rénovation de son vieil immeuble et à l'avidité des promoteurs. Cette rénovation sera surtout l'occasion d'une victoire sur sa propre mémoire, trop envahissante à son goût.

« Le Futur immédiat »: La narratrice, en conflit avec le Temps, fait part de son bonheur de vivre l'instant présent.

Françoise Mallet-Joris (1930)

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Fille de l'écrivaine Suzanne Lilar (voir supra), Françoise Mallet-Joristip va publier son premier recueil à l'âge de dix-sept ans. Quelques années plus tard, en 1951, elle publie « Le Rempart des béguines » qui met en scène une jeune fille révoltée par un milieu bourgeois vivant avec la maîtresse de son père une aventure passionnée. Le thème de ce livre et la jeunesse de son auteur expliquent l'impact du roman et son effet de scandale. Le succès se confirme avec la suite de ce roman: « La Chambre rouge » (1955). En 1958, « L'Empire céleste » présente un milieu clos où évoluent des personnages que le destin a réunis par hasard. « La Maison de papier » remportera, en 1970, un énorme succès. Françoise Mallet-Joris s'y montre dans ses préoccupations quotidiennes, dans ses soucis de mère, mais aussi dans son cheminement d'écrivain. Dans la même veine, on peut citer « Allégra » (1976), « Dickie-roi » (1980), une peinture du monde du show-business, « Le Rire de Laura » (1985), « Divine » (1991). Que ce soit Allégra, jeune femme solitaire au sein d'une famille fantasque qui trouve paradoxalement dans un petit Arabe muet son seul interlocuteur; Jeanne qui, voulant changer son apparence, se rend compte trop tard qu'elle s'y perd; Laura entamant avec son fils le difficile chemin qui le sortira peut-être de la drogue, ou Dickie égaré dans le monde du spectacle, tous, à leur manière, traduisent une réalité, la réalité de notre monde qui se cherche. Elle a aussi très vite manifesté un goût prononcé pour l'histoire, soit réelle, soit reconstruite: « Marie Mancini » (1964), « Les Trois Âges de la nuit » (1968), « Les Larmes » (1993).

Parmi ses nombreux autres écrits, on peut également citer: « La maison dont le chien est fou », « Adriana Sposa », « Les mensonges », « Lettre à moi-même », « Ni vous sans moi, ni moi sans vous ».

Présentations

« Le Rempart des béguines »: Quel miracle arrachera Hélène à cette solitude qui l'étouffe dans la grande demeure de pierre où elle vit en compagnie de son père veuf ? Pris entre ses affaires et sa maîtresse, René Noris n'a guère de temps à lui consacrer. La ville jase de sa liaison avec Tamara Soulerr, mais les quinze ans d'Hélène ne s'en choquent pas. Au contraire, ce nom de Tamara l'intrigue, l'attire, lui donne à rêver. Elle saisit le premier prétexte pour la rencontrer et subit aussitôt l'emprise de cette femme possessive et dure qui représente à ses yeux l'aventure, le bonheur.

« La Chambre rouge »: Depuis le remariage de son père, Hélène vit de sa rancune, guettant la moindre faiblesse de Tamara, la nouvelle épouse. Justement Tamara, qui s'ennuie, semble s'émouvoir devant les attentions d'un parisien venu ressusciter le théâtre de la ville, Hélène imagine de détourner sur elle l'attention du nouveau venu. Elle n'y réussit que trop bien. Entre eux, c'est le chassé-croisé du plaisir et même de la passion.

« L'Empire céleste »: A Montparnasse, au rez-de-chaussée d'un petit immeuble, on trouve un restaurant grec qui s'intitule bizarrement: A l'Empire Céleste. C'est là que se réunissent tous les lundis les copropriétaires de l'immeuble, et l'un d'eux, Stéphane, a réussi à transformer ces réunions en matinées poétiques et artistiques.

« La Maison de papier »: Comme les demeures japonaises « si mal fermées », où chacun peut entrer à sa guise, le foyer de cette famille d'artistes est une « maison de papier ». Le mari est peintre, sa femme est écrivain. Ils ont deux garçons et deux filles. Mais on rencontre chez eux beaucoup d'amis, invités ou supportés, des visiteurs imprévus, des voisins, des inconnus, sans oublier la succession des « employées de maison » et les animaux domestiques de toute espèce. Ce sont les enfants qui tiennent cependant la première place, et le permanent dialogue qu'ils entretiennent avec leur mère est pour elle un moyen de préciser ses idées sur tous les grands problèmes du présent.

« Allégra »: Aux yeux de ses parents, de ses sœurs, Allegra passe pour jolie, parfaite et un peu indifférente. Elle vient de se marier; on lui prédit un avenir à son image calme et souriant. En vérité, qui est Allegra derrière cette douceur limpide ? II suffira d'un gosse de quatre ans, un petit garçon arabe, muet, abandonné des jours entiers dans la cour de son immeuble, pour changer bientôt son existence. Entre cet enfant qui se tait et cette jeune femme qui se cherche, il naît une passion merveilleuse. Leurs après-midi silencieux sont des aveux, leurs promenades des chansons et des aventures. Ils sont hors du monde.

« Dickie-roi »: Qui est Dickie-Roi ? "L'Archange de la chanson, celui qui chante l'amour ", annoncent les affiches. Cheveux blonds saupoudrés d'argent, visage angélique, à peine apparaît-il sur scène que la salle tout entière lui adresse des cris qui sont comme des prières. Tout de suite un mystère s'accomplit et la cérémonie sacrée commence. De chapiteaux en théâtres municipaux, d'arènes en théâtres de verdure, la tournée de Dickie est marquée par mille épisodes burlesques ou dramatiques, pitoyables ou attendrissants. Autour de ces nouveaux comédiens ambulants, directeurs artistiques, régisseurs, musiciens, etc., le lecteur fait connaissance avec le petit monde si mal connu des fans: jeunes ou moins jeunes, riches ou pauvres, et parfois presque enfants comme cette petite Pauline qui vit là à sa première grande aventure. Mais derrière Dickie-Roi il y a Frédéric Roy, le fils d'une commerçante de province, avec ses doutes, ses nostalgies, ses ivresses, ses regrets, son innocence.

« Le Rire de Laura »: Laura a fui Paris pour Strasbourg, sa ville natale, mais c'est dans un hôtel qu'elle se réfugie avec Martin, son fils, qui a failli mourir - un suicide manqué ? Pendant trois jours, Laura, dans un tête-à-tête de plus en plus tendu avec Martin, essaie de le comprendre, de se comprendre, de comprendre.

« Divine »: Elle se sentait bien, Jeanne. Malgré ses quatre-vingts kilos, elle était bien dans sa peau. Et puis il y a eu cette panne d'ascenseur dans la tour. Trente et un étages à monter. Sept cents marches. Elle l'a fait. Mais à quel prix ! Douloureuse prise de conscience: elle a un corps. Volumineux, encombrant. Aux grands maux les grands remèdes: elle va faire un régime. Mot affreux, synonyme de tortures, de crampes d'estomac et de frustrations... Jeanne va connaître la tristesse des œufs durs et du yaourt nature. Et la pesante conspiration des autres. Un poids remplace l'autre... Sans ses rondeurs, elle devient "normale". Elle n'est plus l'originale à qui l'on pardonnait tout , elle se doit de rentrer dans le rang. Elle a renoncé aux plaisirs de la chère. Devra-t-elle aussi renoncer à sa personnalité, à son appétit de vivre ?

« Les Trois Âges de la nuit »: Trois frissons, trois beautés troublantes, trois sorcières. Anne, Elizabeth et Jeanne. Trois femmes qui, plus que le supplice du bûcher, ont en commun la particularité de s'être consumées de leur vivant déjà. Trois destins peu ordinaires pour trois nouvelles. En toile de fond, une Renaissance insoupçonnée se dessine, aussi barbare et superstitieuse, sinon plus à certains égards que le Moyen Age.

« Les Larmes »: En cette année 1717, le Souper anatomique est l'une des nouveautés qui fait courir le Tout-Paris de la Régence. Un divertissement où les invités, dans le plus simple appareil, arborent leurs organes peints à même la peau. Le prétexte en est l'inauguration d'un buste en cire, œuvre étrange dont l'auteur, Catherine, est une toute jeune fille. Son modèle, Antoinette, créature au destin tourmenté, déchaîne aussitôt la passion du duc d'Orléans et du bourreau de Paris. Pour sauver Antoinette, arrêtée au lendemain de ce festin funeste, Catherine n'hésite pas à intriguer, imitant celui qui fut son maître et dont elle est amoureuse, le chevalier Martinelli. A l'ombre du pouvoir ce ne sont plus dès lors que rumeurs et complot.

« La maison dont le chien est fou »: En 1902, le métropolitain fait son petit bonhomme de chemin entre Vincennes et Maillot et dix mille Français ont le téléphone. C'est le temps des demoiselles des PTT que l'on imagine jolies... A la Préfecture de Paris, dans le service de Bertillon, le célèbre inventeur de la police scientifique, une demoiselle dactylographe prénommée Violette découvre dans un dossier " En attente " des photographies de l'appartement qu'elle loue. En le feuilletant, elle apprend que son propriétaire, un jeune peintre séduisant et ténébreux qui vit seul avec son chien au comportement des plus étranges, est accusé d'un crime... Peut-être, mais accusé injustement ! Ca Violette le sait, Violette le sent...

« Adriana Sposa »: Adrienne, 25 ans, abandonne Lou, sa fille de 4 ans. Et un mari, un père, une ville, Anvers. Tout cela pour une vie de déchirements et de passion, au terme de laquelle, devenue "Adriana Sposa, écrivain italien", elle aura édifié, comme un défi, une œuvre et un amour sur beaucoup de souffrances. Souffrances de Lou qui, devenue une jeune femme révoltée, va décider de partir sur les traces de cette mère toujours absente, toujours présente, pour la comprendre enfin.

« Les mensonges »: Dans le décor obsédant d'un grand port de la Mer du Nord qui ressemble à Anvers, un extraordinaire conflit moral met aux prises le vieux Klaes - un très riche brasseur qui croit à la puissance de son or et exerce sur les siens une tyrannie écrasante- et sa fille naturelle Alberte, qu'il éblouit et humilie en l'arrachant à une vie misérable.

« Lettre à moi-même »: Lettre à moi-même n'est pas seulement un autoportrait, c'est aussi l'occasion pour Françoise Mallet-Joris de dépeindre malicieusement - ou parfois férocement - ses amis du monde littéraire ou artistique, et son livre passe ainsi de la confidence à la satire.

« Ni vous sans moi, ni moi sans vous »: C'est un roman sur l'amour, sa présence, son absence, son retour. Julia l'éternelle orpheline. Gérald, presque muet. Tania, généreuse et maladroite. Marc et Siggi, homosexuels contre les conventions. Jeanne, frustrée, dont l'amour a viré à la haine. Evelyne, sortie de prison, à la poursuite de son destin: les personnages tournoient comme une valse lente, dans un Bruxelles d'ombres et de secrets.

La question identitaire et la lutte contre la « déshistoire »

Dans les décennies qui vont suivre la seconde guerre mondiale, la Belgique va se révéler être un pays particulièrement friand de « déshistoire », dynamique qui va rendre le cordon ombilical (liant les citoyens à leur pays) si ténu que d'aucuns vont préférer ne pas y faire référence. Il s'agit d'une sorte « d'intériorisation inconsciente de la désexistence ».

C'est dans un tel contexte qu'un certain nombre d'écrivains vont affirmer la nécessité d'aller « à contre-courant d'une mode qui est (...) à la négation de sa propre histoire, à une entreprise de déshistoire érigée en système de pensée »tip, pour reprendre les termes du dramaturge belge d'origine juive polonaise, René Kalinsky (1936-1981). Il s'agit de lutter contre cette dynamique qui cherche à empêcher le pays d'avoir conscience de lui-même.

Des publications pour retrouver la mémoire perdue

A partir des années 1970, le domaine des lettres va être marqué par différentes initiatives qui vont traduire ce processus. La poétesse Liliane Wouterstip (1930) publie, en 1976, un « Panorama de la poésie française de Belgique », anthologie éclectique qui restitue nombre de pans d'une mémoire enfouie. La même année, Jacques Antoine, l'éditeur du panorama poétique réalisé par Liliane Wouters, pose un autre acte capital dans la recherche de cette mémoire perdue. Avec le lancement d'une collection de classiques belges dénommée « Passé-Présent », il donne l'occasion de redécouvrir des textes devenus introuvables. Quelques années plus tard, en 1983, c'est la collection « Espace nord » (des éditions Labor) qui va voir le jour ; elle aussi désireuse de permettre la redécouverte d’auteurs phares de l’histoire littéraire belge ainsi que la découverte d'auteurs contemporains.

La naissance du concept de « belgitude »

C'est en 1976 également que l'on va voir paraître à l'enseigne de l'hebdomadaire français « Les nouvelles littéraires », un numéro spécial composé par le romancier belge Pierre Mertens et intitulé « L'Autre Belgique ». Les auteurs qui y prennent part récusent « l'idéologie de la désappartenance » et entendent être reconnus comme Belges. A l'occasion de cette publication, Pierre Mertens et le sociologue Claude Javeau inventent le concept de « belgitude »tip (qui sera à l'origine de bien des débats). Loin de s'apparenter à une quelconque exaltation nationaliste, ce mot désigne une appartenance jusque-là déniée et propose une esthétique qui accepterait d'enfin nommer le pays qui l'a produitetip. Dans son éditorial, Pierre Mertens évoque le fait que, selon lui, il y aurait 2 Belgique. La première est un pays qui fait de l'intellectuel « un non-Belge, un anti-Belge ou un a-Belge (...) ». Un pays qui « excelle (...) à oblitérer ce qu'(il) commet de pire comme ce qu'(il) réalise de mieux. ». Et l'autre Belgique serait celle qui vivrait comme un « privilège » sa bâtardise, comme un « bonheur » son destin d'être située « au point d'intersection de toutes les influences. »tip. La grande question, pour Pierre Mertens, est de savoir quand est-ce que la Belgique va cesser de nier sa propre histoire, quand va-t-elle avoir « enfin l'amour propre de sa propre civilisation. »tip.

La parution de « L'Autre Belgique » correspond à un moment de l'histoire où la question qui se pose, pour les tenants de la belgitude comme pour les autres, touche directement à la question de l'origine et de l'identité comme aux moyens de l'expression littéraire dans une communauté culturelle qui n'est pas la France ; qui n'est plus sûre d'être belge (un peu comme si les Belges n'étaient jamais parvenus à dépasser véritablement les ancrages médiévaux de leurs diverses composantestip) mais qui en trouve partout les traces. Au niveau politique, cette dynamique se passe à une époque où le processus de fédéralisation du pays vient d'être amorcétip et où l'on parle désormais en terme de « Communautés » et de « Régions ». Par sa démarche, Pierre Mertens a le souci de mettre en lumière ce contraste: un pays, au moment où il change de structure, voit ses écrivains - et pas seulement d'un côté de la frontière linguistique - devenir les dépositaires de ce qui faisait le principal atout de sa physionomie ancienne: la complexité. La «belgitude» est, sur le plan philosophique, le refus du schématisme un peu court qui voudrait qu'une communauté politique se définisse seulement par des critères «objectifs», tels que l'emploi d'une seule langue, et une origine territoriale exclusive de toute autre. Ce mot étrange contient le refus d'une homogénéisationtip.

Rebelles aux étiquetages communautaires, plusieurs artistes vont se reconnaître dans ce concept et l'homme de lettres Patrick Rogierstip (1947) va bien résumer leur sentiment: « à l'heure (...) où l'on nous impose de nous dire Flamands, Wallons ou Bruxellois, moi, par réaction, j'éprouve soudain le besoin pressant de retrouver mes racines. »tip. En décembre 1979, 15 écrivains et artistes belges, appartenant aux deux Communautés, parmi lesquels Pierre Alechinsky, Pol Bury, Luc de Heusch, Paul Delvaux, Conrad Detrez, Jean-Michel Folon, Hugo Claus, Jef Geeraerts, Reinhoudt, Raoel d'Haese, Ivo Michiels.... signent un manifestetip pour protester contre l'affrontement des cultures organisé par le « merdier politique » (selon l'expression de Folon) et pour revendiquer leur belgitude. En 1980, à l'invitation du philosophe et homme de lettres, Jacques Sojcher (1939), une série d'écrivains vont se retrouver autour du thème de « La Belgique malgré tout ». Dans les textes produits (écrits dans des genres bien différents: fiction, poème, biographie, essai, farce...) transparaît l'affirmation multi-forme d'un sentiment fort, celui que « la Belgique, dans sa négativité même, dans son creux » offre « une possibilité d'espace, d'entre-deux, une situation mouvante de carrefour (...), une chance de bâtardise. »tip.

L'année même où le concept de belgitude fait fortune, l'écrivain Jean Munotip (1924-1988) décrit dans son roman « Ripple-Marks » (sa première confession autobiographique), ce phénomène de désexistence. On retrouve également cette thématique dans son « Histoire exécrable d'un héros brabançon » (1982) où il décrit le « burlesque triste » d'une famille de faux intellectuels cambrés sur le triomphe des valeurs abstraites chères à la petite bourgeoisie qui a pris, après la seconde guerre mondiale, le rênes du monde culturel belge. « Histoire exécrable d'un héros brabançon » et « Jeu de rôles » (1988), à l'auto-dérision décapante, traduisent le double malaise, qui fut toujours celui de Jean Muno: celui d'une destinée petite-bourgeoise, programmée et acceptée du bout des lèvres par un écrivain à la révolte secrète et ressentie comme vaine ou impuissante face aux énormes pressions du corps social; celui aussi, plus général, d'un intellectuel doublé d'un écrivain, coincé dans un petit pays, déchiré entre deux cultures et les querelles de clocher.

La Belgique comme toile de fond au récit

Hubert Nyssen (1925-2011)

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L'œuvre de Hubert Nyssentip, écrivain et éditeur (il est le fondateur des Editions Actes Sud à Arles -France-), peut être, aux dires de l'écrivain et critique littéraire Jacques De Decker, comparée à un arbre avec « les romans des racines, ceux du tronc et des branches, et ceux des fruits».

Ses 3 premiers pourraient être considérés comme les romans des racines: « Le Nom de l'arbre » (1973) raconte la Belgique entre 1930 et 1960, « La Mer traversée » (1979) s'inscrit entre la même Belgique et le Maghreb, « Des arbres dans la tête » (1982) relate les années d'errance et de formation d'un double de l'auteur. Ces 3 romans composent une sorte de trilogie bruxelloise, faufilant autobiographie plus ou moins fictive et portrait plus ou moins explicite d’une ville éventrée par la jonction souterraine entre la gare du Nord et la gare du Midi, livrée aux promoteurs immobiliers et où bientôt l’incendie du grand magasin « Innovation », à la rue Neuve (mai 1967), signera le début de la fin d’une époque, sur fond d’illusions perdues.

Le tronc serait représenté par « Éleonore à Dresde » (1983) et « Les Ruines de Rome » (1989), étrangement symétriques (dans les deux cas un homme est de plus en plus fasciné par une comédienne ; dans les deux cas, cette comédienne est immergée dans un rôle qui la confronte à un cataclysme: le bombardement de Dresde d’une part, celui d’Hiroshima de l’autre ; dans les deux cas elles vivent ces désastres par le biais d’œuvres d’art) et par « Les Rois borgnes » (1985), une sarabande tragi-comique où une douzaine de personnages se croisent.

Les fruits, quant à eux, seraient les livres du grand âge. Le romancier s’autorise le divertissement pur. C’est le cas de son unique roman policier, « Les belles infidèles », incursion joueuse dans un genre où il met plein de saveur et d’humour, ou de cette farce macabre qu’est « La femme du botaniste ». Le ton se fait plus grave dans « L'Italienne au rucher » (1995), livre où un fils retrouve les carnets, scellés dans une ruche, dans lesquels son père apiculteur conte son ultime passion, et « Le bonheur de l'imposture » (1998), où un fils cherche dans les livres de celle qui l’a abandonné les secrets d’une mère insaisissable. « Zeg ou les infortunes de la fiction » (2002), « Quand tu seras à Proust la guerre sera finie » (2000), témoignent, quant à eux volontiers d'un ludisme et d'un ton volontiers ironique.

Enfin, ses deux derniers romans, « Les Déchirements » (2008) et « L’Helpe mineure » (2009), peuvent être vus comme une sorte de retour aux romans des racines. Ils semblent comme avoir renoué avec « Le Nom de l’arbre ». Le rapport à la Belgique est moins estompé que dans les œuvres intermédiaires.Y réapparaissent des mots et des décors bruxellois, voire flamands.

Présentations

« Éleonore à Dresde »: Eléonore Simon fut jadis la vedette d'un film dont l'action se situe à Dresde, la nuit de février 1945 où la ville fut détruite. L'actrice est demeurée prisonnière de la célébrité qui lui en vint et son visage d'adolescente tragique s'est perpétué dans les salles obscures. Mais, maintenant, Eléonore a doublé le cap de la quarantaine et elle s'interroge sur le sens du film qui a dévoyé sa vie. De ce vertige elle entretient Jean Pratt, un ethnologue rencontré par hasard. Au cours de l'unique journée qu'ils passent ensemble, elle et lui, par petites séquences, tendres ou violentes, éventrent vingt années de vie.

« Les Ruines de Rome »: La liaison entre Norma, une actrice adulée, et Jérôme va-t-elle se terminer ce soir, dans un théâtre de Montparnasse?

« Les Rois borgnes »: A Francfort, la traductrice Claudia Wolf surprend l'écrivain Claude Galien en train de s'enivrer, et l'idée lui vient d'apporter un peu d'ordre dans cette vie dissolue. A Lille, Stéphane, jeune artisan, rentrant chez lui, se heurte au cadavre de sa mère, et le cri qu'il pousse alerte une prostituée qui se rue sur les lieux du suicide. A Paris, Antoine Fabri, qui se rend à la gare du Nord pour accueillir sa maîtresse, rencontre dans le métro un prince africain en exil et une réfugiée chilienne. Ainsi, pendant vingt-quatre heures, des personnages qui n'avaient en apparence rien de commun voient (ou ne voient pas) les fils de leurs destins s'entre-nouer.

« Les belles infidèles »: Policier de la nouvelle école, le Capucin ne jure que par les syllogismes de Lewis Carroll. Le commissaire Renoir, lui, consacre ses loisirs de retraité à lire les œuvres plusieurs fois traduites, car ces belles infidèles lui rappellent les déclarations contradictoires des témoins. Chacun d'eux, à sa manière, s'attache à confondre le meurtrier d'un promoteur assassiné le jour où l'on mariait sa fille en Avignon. Mais ce ne sont pas seulement les méthodes et les références qui opposent les deux hommes, c'est aussi leurs passions. Car tandis que le Capucin prend feu pour une pulpeuse suspecte, le commissaire tombe sous le charme d'Alberte, jeune juge d'instruction que, fidèle au jargon du Palais, il appelle Petit Noir.

« La femme du botaniste »: Au crépuscule de sa vie, l'écrivain Ernest des Ombiaux enfante et lance sur la scène une créature -Max, un mètre vingt, érudit comme son géniteur, souple et malin comme un singe- qui va s'emparer des espérances inabouties du vieil homme et tenter de séduire Odile, la femme du botaniste...

« Les Déchirements »: Valentin Cordonnier aimerait comprendre pourquoi Victor, son frère aîné, mort dans un récent accident de la route, l'a toujours tenu à l'écart. Colette, sa belle-sœur lui révèle peu à peu des choses si singulières qu'il s'empresse de les écrire pour n'en rien perdre. Il est, en particulier, fasciné par un spectre qui n'a cessé de perturber le couple et d'attiser la jalousie tardive de Colette, spectre ou ombre de Julie Devos, une jeune enseignante dont Victor était ingénument amoureux et que la guerre a envoyée dans un camp de concentration dont elle n'est pas revenue. Et puis, un jour, le hasard conduit Valentin à rencontrer Barbara. Ce témoin inattendu lui révèle le drame qui a sans doute mis un terme à la vie de Julie, qui a bouleversé celle de Victor et qui donne son titre au livre: 'Les Déchirements'.

« L’Helpe mineure »: L'Helpe mineure est à la fois un affluent de la Sambre et le nom choisi par Julie pour la vieille maison de l'Avesnois où elle s'est installée au lendemain de la guerre. Un soir, le vieil amant qu'elle avait accueilli décède de façon brutale. Elle se livre alors à une remémoration amoureuse mettant en scène une série de personnages qui vont tour à tour retrouver leur rôle.

Hubert Juin (1926-1987)

L'œuvre d'Hubert Juintip est abondante et diverse. Elle comprend cinq romans, quatre essais autobiographiques, une trentaine de livres de critique littéraire et de critique d’art et une vingtaine de recueils poétiques. Les cinq romans des « Hameaux » (« Les sangliers » (1958), « La Cimenterie » (1962), « Chaperon rouge » (1963), « Le repas chez Marguerite »tip (1966), « Les Trois Cousines » (1968) ) constituent un cycle romanesque où le romancier restitue sa région natale (la Lorraine belge, à l'extrême sud de la Belgique) dans son évolution socio-économique. « Les Bavards » et « Paysage avec rivière» (1974) sont, eux, des textes plus autobiographiques.

Présentations

« Les sangliers »: Dopin a ramené de la ville Joséphine, une divorcée trop bien habillée, trop belle, trop désirable. Chacun raconte les pires histoires sur elle. Elle incarne toutes les passions secrètes, les mystères inavoués. Il faut prononcer les mots de la condamnation. L’innocence du village est à ce prix.

« Le repas chez Marguerite »: Peu à peu, le vieux Mathieu perd la vue et son moulin ne broie plus que du vide. Pour lutter contre la solitude, il recueille la jeune Marguerite. C’est alors que tout chavire car « c’est lorsque l’œil s’éteint qu’on commence à voir par dedans des choses...».

Alain Berenboom (1947)

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La culture cosmopolite d'Alain Berenboomtip (il est né à Bruxelles d’un père venu d’une petite ville près de Varsovie en Pologne et d’une mère née à Vilno lorsque la ville était russe -actuellement Vilnius en Lithuanie-), explique sans doute que son œuvre romanesque promène le lecteur tout au long de la planète, même si ses héros (pour être juste des anti-héros souvent ambitieux mais qui n’ont pas les moyens de leurs aspirations) ont bien des traits dominants de l’art belge: l’auto-dérision, une soif de panache et de folie mêlée à une modestie excessive et un amour de la vie et de la sensualité. Son style est plein d'humour, un humour sous toutes ses formes, « de l’ironie féroce ou douce-amère au burlesque le plus délirant. Il fait feu contre tous les conforts idéologiques. ».

Sept romans jalonnent son œuvre littéraire. « La Position du Missionnaire roux », une histoire d’amour raté entre un directeur du secteur lait en poudre de Nestlé et une belle juriste, est aussi une dénonciation du charity business en Afrique, à travers le récit d’un détournement d’avion farfelu.

« La Table de riz », raconte l’histoire d’une jeune cinéaste chinoise aux prises avec les difficultés de la « démaoisation » du pays, qui essaye de comprendre le cinéma américain et de retrouver les splendeurs du cinéma chinois de l’avant-guerre où travaillait son père.

Dans « Le Pique-Nique des Hollandaises », un attaché culturel belge se retrouve perdu dans une Pologne en pleine transition vers le capitalisme, obligé pour organiser des événements culturels à la gloire dérisoire du cinéma belge, de participer à la « commercialisation » du camp d’Auschwitz en compagnie d’un homme d’affaires hollandais et de ses trois joyeuses compagnes.

Dans « La Jérusalem captive », Alain Berenboom dénonce le côté kafkaïen de la commission européenne et les luttes de pouvoir universitaires à travers les errements d’un historien ukrainien réfugié en Belgique avec le précieux manuscrit de la première croisade qui met en scène un Godefroid de Bouillon fantaisiste qu’un Juif, aide-bourreau, Bertrand-Marie, lance à la conquête de Jérusalem.

Son roman « Le Lion noir » commence, quant à lui, comme un polar, avec le meurtre du personnage principal, un consultant audio-visuel. Sur un ton qui s’apparente au fantastique, l’auteur décrit la Ville d’Anvers gagnée par l’extrême droite à travers les errances d’une jeune Française venue dans la ville pour un colloque.

Dans « Le Goût amer de l’Amérique », un jeune homme, Georges, qui vit de petits boulots, se demande comment l’image de l’Amérique s’est dégradée. Il explore pour cela la filmographie de James Stewart, l’acteur mythique des cinéastes hollywoodiens sociaux et libéraux de jadis.

En 2008, Alain Berenboom a entamé une série policière qui met en scène un jeune détective belge explorant la Belgique au lendemain de la Libération, Michel Van Loo. Le premier volume, « Périls en ce Royaume » renoue avec l’humour mordant. Sous couvert d’une enquête policière, l’auteur livre un portrait piquant de la Belgique de la Libération (le roman se passe en 1947).

Armel Job (1948)

Issu d'un milieu d'artisans modestes profondément enraciné dans le terroir et imprégné de l'ancienne culture liégeoise (la langue parlée à la maison n'est pas le français, mais le wallon liégeois), c'est vers la cinquantaine qu'Armel Job, agrégé de lettres classiques, va décider de se consacrer à l'écriture. D'un roman à l'autre, il ausculte la société belge dans un style ironique et subtil.

Parmi ses romans, on peut citer: « La Femme manquée » (2000), « Le Conseiller du roi » (2003), « Helena Vannek » (2003), « Baigneuse nue sur un rocher » (2005), « Les fausses innocences » (2005), « Loin des mosquées » (2012).

Présentations

« La Femme manquée »: Charles a 35 ans, possède une belle ferme à Sarteau en Ardenne et rêve de trouver une femme... Il s'adresse au clerc de notaire, Evariste Lejeune, pour rédiger des annonces matrimoniales. Échec. Puis réussite, lorsqu'il découvre dans un catalogue exotique, sous la rubrique "Jolies indigènes cherchant mariage", l'épouse idéale. Arrive Opportune, jeune femme d'outre-mer qui meurt le jour même de ses noces. C'est alors que se révèle l'identité du pauvre Charles Lambert - révélation qui bouleverse le village et la vie d'Evariste Lejeune...

« Le Conseiller du roi »: Abdication ! Abdication ! Printemps 1950. Belgique. Le pays est au bord de la guerre civile. Sur le pavé des villes wallonnes, les foules insultent le roi Léopold et, plus encore, Liliane Baels, la roturière promue princesse de Réthy, qu'il a épousée pendant la guerre au plus fort des souffrances de son peuple. Au fond des Ardennes, Henri Gansberg Van der Noot, le conseiller du roi, négocie et tire le lapin. Voilà qu'il séduit Aline, la fille du garde-chasse, en fait sa maîtresse, l'installe dans sa gentilhommière. Aline... Liliane... Bientôt, des injures s'étalent en lettres géantes sur les murs de sa résidence. Une nuit, le conseiller tombe nez à nez avec l'insulteur. Il le tue. Que faire ? Honnête homme, il veut se dénoncer. Mais ceux qui vivent autour de lui ? le garde-chasse, le jardinier, les servantes, sa maîtresse, et même son épouse font tout pour l'en dissuader: inutile scandale ! Puis voilà que son refus de participer à un complot pour le rétablissement du roi Léopold devient une source d'angoisse supplémentaire! Le pauvre homme ne sait plus où donner de la tête...

« Helena Vannek »: La province du Limbourg aux confins du pays flamand et de la Hollande. Une famille de notables terriens: le père est marchand de chevaux, la mère est morte. Deux grandes filles: Helena l'exaltée et Mieke l'espiègle. Le père engage un apprenti, Guido, précédé d'une réputation sulfureuse. Helena tombe amoureuse de Guido.

« Baigneuse nue sur un rocher »: Rocafrène, 1957. Un village semblable aux autres: un curé, un charcutier, des artisans, etc. Mais il abrite aussi un artiste peintre, José Cohen, venu s'y réfugier sous l'Occupation. Et une très jolie personne: Thérèse, la fille du charcutier. Le peintre a décidé la belle Thérèse à poser nue au bord de la rivière. Le tableau est demeuré secret jusqu'à ce qu'un article du journal local en dévoile l'existence. Le village s'enflamme. José Cohen est retrouvé mort ; les activités troubles de chacun des protagonistes durant la guerre se révèlent insidieusement.

« Les fausses innocences »: Lorsque Mathilda Stembert vient déclarer la mort de son mari, décédé accidentellement en Allemagne de l'Est, le bourgmestre du village, Roger Müller, sait qu'elle ment. La veille, dans la nuit, il a convaincu le docteur Stembert de ne pas quitter sa femme pour rejoindre sa maîtresse allemande. Roger Müller aime Mathilda Stembert depuis l'adolescence. Doit-il exiger une enquête sur ce décès improbable comme son devoir l'exige ou accepter les dires de la femme qu'il aime ?

« Loin des mosquées »: Turc ayant grandi en Belgique, Evren achève à Cologne de brillantes études de comptabilité. Hébergé chez son oncle, ce garçon de vingt et un ans, encore chaste et au visage ingrat, s'éprend de sa cousine, la belle et sensuelle Derya. Rentré en Belgique, Evren fait part aux siens de sa décision: il va épouser Derya. Une délégation familiale se rend donc en Allemagne pour demander la main de la jeune fille. Mais les choses ne tournent pas exactement comme prévu: Derya éconduit Evren. Outragés par cette humiliante fin de non-recevoir, les parents d'Evren cherchent un nouveau parti pour leur fils et choisissent Yasemin, une paysanne anatolienne de seize ans, vive et dégourdie, qu'Evren connaît à peine. Les noces ont lieu, et le jeune couple apprend peu à peu à s'apprivoiser. Jusqu'au jour où Derya, dont Yasemin ignore l'existence, débarque à l'improviste en Belgique. Quel secret cache le voyage de Derya ? Qui est véritablement Evren, ce grand garçon obéissant et en apparence si maladroit ? À quel jeu dangereux se livre Yasemin ? Quels rôles viennent jouer dans cette histoire René, voisin de la famille d'Evren et croque-mort de son état, et Marcel, son colocataire, attardé mental qui passe ses journées à visionner les enquêtes de l'inspecteur Colombo ?...

Pascal Samain (1958)

C'est en 1990 que Pascal Samain publie son premier livre, « Les Trous de la rue Lartoil », chronique burlesque de la vie du petit Ducoron, qui grandit en se frottant au quotidien dans la région minière du Borinage, en 1960tip. Quelques années plus tard, « L'indicateur du chemin de fer » (2001), est une chronique pleine d'humour d'un homme qui prend le train tous les jours pour aller travailler et note ses réflexions sur un petit cahier. Deux ans plus tard, il sort, « Des filles invincibles - contes berbelges », un manuscrit qu'il a écrit en 1993, mais qu'il avait laissé reposer au fond d'un tiroir. Sous la forme des contes des Mille et Une Nuits, transportant ses lecteurs de la mer des Lubies au quartier des Etangs Noirs, puisant dans la riche bibliothèque de la littérature arabo-musulmane, l'écrivain montois aborde dans ce roman un sujet de société d'une grande actualité: la difficulté qu'ont les gens de communautés différentes de vivre ensemble, de se comprendretip.

Présentations

« L'indicateur du chemin de fer »: Chroniques ferroviaires du provincial travaillant à Bruxelles. Le regard décalé de l’observateur qui rend compte de ce qui se passe là où il ne se passe jamais rien: le train. Ou comment le quotidien le plus banal devient fascinant, surprenant, hilarant, inquiétant. Ou tout simplement absurde quand l’oeil de l’Indicateur est à multiples facettes, comme celui de la mouche.

« Des filles invincibles - contes berbelges »: Un écrivain meurt alors qu'il était en train d'écrire un livre intitulé « Des Filles invincibles » et se retrouve dans son manuscrit sous la forme d'un Djinn condamné à raconter des histoires que personne ne veut écouter, hormis quelques animaux. Le récit des mésaventures du Djinn s'interrompt régulièrement pour présenter en abyme les contes qu'il sème en vain autour de lui: ces récits encadrés démarrent souvent dans l'Atlas marocain et semblent d'abord se passer à une époque lointaine puis intervient la thématique de l'immigration et les personnages se retrouvent à Bruxelles.

Philippe Blasband (1964)

Né à Téhéran, d'une mère d'origine iranienne et d'un père belge d'origine juive polonaise et autrichienne, Philippe Blasband vit en Belgique depuis la Révolution iranienne (1979). Cet ancien élève de Gaston Compère à l’Athénée Royale d’Ixelles est notamment l'auteur de plusieurs romans, de scenarios de films et d'une dizaine de pièces de théâtre. Ses personnages ont tous un petit air de clown tendre. Il font rire et déchirent le cœurtip.

Parmi ses romans, on peut citer: « De Cendres et de Fumée » (1990), « Le Livre des Rabinovitch » (1998) et « Johnny Bruxelles »(2005).

Présentations

« De Cendres et de Fumée »: Iradj Lévy se souvient des bribes de son passé: la maison du grand-père paternel à Téhéran, le Kibboutz en Israël, l’arrivée dans ce Bruxelles froid et ses premières frasques amoureuses. La saga d’une famille immigrée qui devra se faire une place.

« Le Livre des Rabinovitch »: Portrait d’une famille juive d’origine polonaise exilée en Belgique. Chacun des treize membres raconte sa vie, mais aussi, dans un fascinant jeu de miroir, celle de la famille, et par là même celle du 20ième siècle.

« Johnny Bruxelles »: On l'appelait Johnny Bruxelles pas seulement parce que c'était son pseudonyme mais aussi parce qu'il était inséparable de Bruxelles, qu'il y était né, qu'il allait certainement y mourir, qu'il aimait Bruxelles, qu'il en connaissait chaque rue et, dans chaque rue, chaque maison, et que derrière chaque maison, il devinait les jardins, les cours, les arrière-cours. Il connaissait tout le monde, était connu de tout le monde, ne fût-ce que de réputation, pas toujours flatteuse, depuis les dames pipi des stations de métro jusqu'à certains ministres et on a même affirmé qu'il avait été reçu au Palais, celui de Laeken, pas par Albert mais par Baudouin, ce qui n'était qu'une des multiples légendes qui couraient sur Johnny Bruxelles.

Des romans à caractère historique

Gaston Compère (1924-2008)

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Gaston Compèretip , poète, dramaturge, auteur de nouvelles, essayiste et romancier, laisse une œuvre abondante, variée et parfois difficile. Sa prédilection va au roman. Un roman foisonnant et baroque, nourri de son expérience tant poétique que musicale et se plaisant à mêler le sublime et le grotesque. Le souci métaphysique qui présidait aux premières œuvres s'y confronte à l'Histoire, et singulièrement à ses moments les plus violents. Commencé avec « Portrait d'un roi dépossédé » (1978), ce travail d'exploration s'intéresse tour à tour au nazisme (« La Constellation », 1982), à la Contre-Réforme au temps des procès en sorcellerie (« Anne de Chantraine », 1988), à la mystique médiévale dans les anciens Pays-Bas (« Bloemardinne », 1991) et trouve son acmé avec « Je soussigné Charles le Téméraire, Duc d'Occident" » (1985), l'œuvre peut-être la plus accessible, qui évoque un temps où le duché de Bourgogne rivalisait avec le royaume de France et se rêvait en Lotharingie.

Parmi ses nouvelles, on peut citer: « La femme de Putiphar » (1975), recueil de contes fantastiques et « Sept machines à rêver » (1974).

Gaston Compère entraîne toujours irrésistiblement dans les méandres d’une analyse. Celle-ci met en lumière les paradoxes d’êtres tourmentés. S’il existe quelque vérité pour l’auteur, c’est que l’homme est ce que font de lui ses tensions, voire ses contradictions. Son mystère est à approfondir sans cesse. Écrire, c’est explorer ses ombres intérieures. Pudeurs et impudeurs alternent chez un héros narrateur qui exploite toutes les ressources d’un monologue (intérieur ou non) grâce auquel s’expriment les moindres variations de la vie psychique ou physique. Un personnage se raconte, plus pour se chercher que pour se livrer. La plupart des héros sont isolés dans des lieux et des situations qui rendent la communication à la fois nécessaire et difficile. Ils s’expriment mais leur parole dont la sincérité semble indéniable est à la fois marquée par la sensibilité et le cynisme, le sérieux et la dérision.

Il faut le lire doucement, mais avec activité, car il déteste le lecteur passif. Il veut le stimuler, le réveiller; le lecteur doit recomposer avec lui. Compère donne des codes qu'il faut décoder. Ses structures peuvent être complexes; certains livres exigent des lectures référentielles, mais il faut aussi s'accommoder de ses pirouettes verbales.

Bernard Tirtiaux (1951)

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Maître verrier, écrivain et poète, Bernard Tirtiaux entremêle ses passion pour l'art du vitrail et pour l'Histoire au fil de ses romans. Le Moyen-Age, avec "Le passeur de lumière" (1993) dont la trame tourne autour de l'artisan verrier du Moyen-Age à qui l'on doit les couleurs des vitraux et avec "Aubertin d'Avalon" (2002). Le 16ième siècle avec "Les sept couleurs du vent" (1995), qui initient le lecteur au monde des compagnons du tour de France: charpentiers et facteurs d'orgues, ces nobles artisans qui, par la maîtrise de leur art, touchent au sublime, dans une époque troublée. La fin du 19ième siècle avec « Prélude de cristal » (2011) et l'époque troublée de la seconde guerre mondiale avec "Pitié pour le mal" (2006). Enfin, avec "Le puisatier des abîmes" (1998), c'est à une plongée au centre de la terre que le lecteur est invité.

Présentations

"Le passeur de lumière": "La lumière est diffuse", dit Rosal de Sainte-Croix au jeune Nivard de Chassepierre. "Elle est fugace, changeante, capricieuse. Elle a toutes les ruses. Jamais tu ne seras satisfait de ton ouvrage, si beau soit-il. Jamais tu n'auras assez de couleurs dans tes casiers pour donner vie à un vitrail comme tu le souhaites. Jamais tu n'auras la certitude de colorer juste comme on chante juste. Qu’importe ! T’es pas parent du feu et tu dois atteindre le feu, devenir un Maître en ton art, l’artisan accompli du grand œuvre, l’Adepte. » Nivard ne crut pas le chevalier. Il avait tort. Animé par une passion presque charnelle pour le verre et ses sortilèges et obligé d’aller jusqu’en Orient pour compléter sa palette de couleurs, ses vitraux orneront bientôt toutes les plus grandes cathédrales d’Europe. La quête déchirée de ce « passeur de lumière » sera alors celle d’un artisan sublime placé en funambule entre le ciel et l’ombre...

"Aubertin d'Avalon": En cette fin du 12ième siècle, où s'invente un monde nouveau, comment Aubertin d'Avalon, bâtisseur de cathédrales et maître sculpteur, peut-il deviner que la mission que lui ont confiée les Templiers va le jeter sur les routes de l'Orient, faire de lui un pèlerin de la Flamme Sainte, le transformer en incendiaire mystique? Voici, de Paris à Jérusalem, en passant par Chartres, le grand roman d'une initiation où la fureur des temps n'a d'égale que l'élévation spirituelle.

"Les sept couleurs du vent": Sylvain Chantournelle, compagnon charpentier qui nourrit un rêve sans mesure: construire et promener de grandes orgues sur terre et sur mer, avec l'espoir secret que les traînées de musique qu'il répandrait de par le monde apaiseraient la folie meurtrière de son temps. Il va sans dire qu'en cette seconde moitié du seizième siècle il avait de l'ouvrage. Il tenta de rallier Mathilde à l'innocence de son projet. Splendide musicienne, elle était davantage encore que sa dulcinée, elle était le ferment de son rêve: sa muse.

« Prélude de cristal »: A Berlin, Léna, brillante harpiste fiancée contre son gré, rêve de grand amour. Elle le rencontre le jour où, dans la nervosité d’un concert auquel doit assister le roi Léopold II à la Monnaie de Bruxelles, elle casse le "glassharmonica" d’un collègue. A la recherche du verrier susceptible de remplacer immédiatement les pièces brisées, elle découvre Lazare. Ils s’aiment passionnément dès le premier regard. Mais la vie n’est pas nécessairement favorable à ceux qui s’aiment. Pris dans les révoltes exacerbées par quelques meneurs criminels qui, à Charleroi, marquèrent la fin des souffleurs de verre en 1886, Lazare a le temps de lui remettre la formule, très convoitée, de la fabrication des verres colorés avant de se retrouver en prison. Elle embarque, dès ce moment, pour Montréal, forme un orchestre avec des passagers de rencontre, finit par être engagée dans un cirque ambulant, rencontre Jules Destrée pour qu’il intervienne en faveur de l’amant dont elle doute pourtant de la fidélité. Les péripéties se bousculent qui la mèneront d’un coin à l’autre des Etats-Unis. L’éducation de deux petites filles, son mariage avec un Indien qui lui fait connaître les massacres et humiliations dont son peuple est victime ne lui font pas oublier Lazare.

"Pitié pour le mal": Fin août 1944, une colonne disparate d'Allemands démobilisés fait étape dans une ferme de Wallonie et réquisitionne chevaux et chariots pour rentrer chez eux. Indigné, Mutien, un des enfants du lieu, entraîne son jeune frère Abel sur les traces du convoi pour récupérer Gaillard de Graux, un brabançon prestigieux, orgueil de son père, lui-même victime des nazis. Entre inconscience et témérité, les deux garçons pénètrent au cœur d'un pays ruiné matériellement et moralement. Ils connaissent six semaines de dangers terribles et d'inoubliables moments de fraternité. Sur le pied de guerre, ils donnent du fil à retordre au détachement ainsi qu'à un vieil officier de la Wehrmacht qui les a pris en sympathie et s'évertue à les protéger.

"Le puisatier des abîmes: A vingt mille lieues des puits vertigineux que creuse son père pour atteindre les cavités magmatiques qui se cachent au cœur de la lithosphère, à mille miles des rêves de fleuves d'eau claire lancés par Tadeusz Nielsen, Antonin Carvagnac se réfugie depuis l'enfance dans un monde fait d'écrans et de séquences transformées pour oublier la paralysie de ses jambes. La vie de ce magicien de l'image change de cap le jour où il devient le veilleur clandestin du projet paternel en danger de s'éteindre. Il raconte sa traversée des abîmes qui durera près de sept ans.

Jean-Claude Bologne (1956)

L'écrivain Jean-Claude Bolognetip, philologue et médiéviste, a publié une trentaine de livres dans différents domaines parmi lesquels des essais (essentiellement de sociologie historique) et des fictions (romans, nouvelles, contes...) qui sont, elles aussi, souvent à caractère historique.

Concernant ses essais d'histoire des mentalités, on peut citer: « l'Histoire de la Pudeur » (1986) « Histoire du mariage en Occident » (1995), « Histoire du sentiment amoureux » (1998), « Histoire du célibat et des célibataires « (2004), « Histoire de la conquête amoureuse » (2007)...

Parallèlement à ses livres d'histoire, il a publié une dizaine de romans parmi lesquels: « Le dit des béguines » (1993), « Le frère à la bague » (1998), « L'homme-fougère » (2004).

Présentations

« Le dit des béguines »: Il est étrange, cet oiseau. De mémoire d'homme, on n'en a jamais vu de pareil. Ses apparitions mystérieuses intriguent, et focalisent les fantasmes de chacun: pour les uns, c'est une figure du Christ; pour les autres, un émissaire du diable; pour le sceptique, un oiseau exotique perdu par un jongleur; pour le mystique, la renaissance perpétuelle de l'espoir mis à mort par l'hydre humaine. Reste que depuis qu'il est apparu à Saint-Aubain, en mars 1176, les malheurs ne cessent de s'amonceler. Ils ont même une propension à se concentrer sur la famille de Jehanne... Alors, tout le monde, dans la région, se pose la même question: qu'a-t'elle fait pour mériter ces châtiments divins ? Pourquoi, aussi, Lambert le Bègue, accusé d'hérésie mais évadé de Revogne, s'est-il réfugié dans la bourgade ? Songe-t-il déjà à fonder ces "béguinages" qui porteront son nom, ces petites communautés mi-laïques, mi-religieuses ? Accueilli par son ancien maître Evrard, il est accompagné d'un disciple exalté, Guy, qui veut connaître tout de suite, même au prix de la mort, la sainteté à laquelle il se sent appelé. Et si tous étaient porteurs, chacun à sa manière, de l'oiseau blessé qui hante les esprits ? Ce roman de Jean Claude Bologne, au-delà du romanesque de l'histoire, est surtout l'étude de Liège à la fin du 12ième siècle. A travers un personnage caractéristique - Lambert le Bègue, revendiqué comme fondateur par les béguines liégeoises - il montre les réactions d'une société en état de crise face à une évolution trop rapide de l'Histoire. Le problème de la principauté de Liège, majoritairement francophone mais dans la mouvance de l'empire germanique, est abordé, mais surtout celui de la multiplication de mouvements évangélistes ou hérétiques, l'apparition de nouvelles formes de piété qui provoque une crise religieuse, grave et dramatique.

« Le frère à la bague »: Paris,18ième siècle: Un père, le vieil Arouet, qui règne en despote acariâtre sur ses fils avant de léguer à l’aîné, Armand, sa charge de trésorier de la Chambre des Comptes, ainsi que sa mélancolie et sa mauvaise bile. Une mère morte laissant, pour étayer les rêves, une bague mystérieuse, des rumeurs de frivolités, et le secret autour de la cause de sa mort. Une jeune femme, Angélique, dont on lui refuse la main ; et enfin ce frère détesté, trop brillant, trop habile manieur de mots: Voltaire, l’auteur de méchants vers. Armand Arouet se débat entre les ombres du passé et du présent. A la recherche d’une issue, il s’engage sur la voie de François de Pâris et des convulsionnaires de Saint-Médard. Une secte, il en a peur…

« L'homme-fougère »: Peut-on vivre sans son passé ? Le narrateur, Louis Lefebvre, en est convaincu, d'autant que le sien est plutôt encombrant. Mais lorsqu'un inconnu l'aborde et lui propose de lui racheter sa mémoire à prix d'or, le doute s'insinue en lui. Pourquoi tout cet argent pour quelque chose d'aussi inconsistant que des souvenirs somme toute bien banals ? Est-il possible, de s'en débarrasser en les vendant ? De détruire, comme on réinitialise un disque dur, la mémoire involontaire ? C'est son corps, tout à coup, qui se rebelle: lui aussi a gardé trace du passé. Et lorsqu'il se retrouve mêlé au meurtre d'un autre inconnu intéressé par son passé, Louis comprend que sa mémoire est devenue l'enjeu d'un conflit d'intérêts sans merci. Il s'effraie. Le monde, dont il ne s'est jamais vraiment préoccupé, éclate de toute part. Il se voit pris dans un réseau international de terrorisme et de contre-espionnage. Comment sa vie a-t-elle soudain interféré avec le cours du monde ? Le meurtre prend alors une autre dimension: se débarrasser du passé, c'est assassiner le futur. Et Louis Lefebvre est en cela emblématique d'un monde qui, en se coupant de sa mémoire, ne parvient plus à construire son avenir. Sous les dehors d'une enquête policière, c'est une réflexion sur l'enfermement d'un homme et du monde dans un présent réduit à la pointe de l'instant que décrit ce roman.

D'autres auteurs

Jean-Luc Outers (1949)

Limitant son propos à des aires géographiques, sociales ou familiales qu'il connaît d'expérience, Jean-Luc Outerstip puise dans sa vie pour nourrir ses fictions. Ainsi, son expérience de fonctionnaire va être une source d'inspiration pour ses romans dont le premier: "L’Ordre du jour" (1987). Il y montre sa « fascination pour ce monde clos, avec ses langueurs et ses maladies, avec son côté fictionnel si fort. Un monde abstrait où les agents sont réduits à des gestes mécaniques, mais (...) sont aussi des êtres humains avec leurs histoires (...) »tip. La gravité des problèmes abordés dans ses romans y est souvent teintée d'humour. L'anecdote souriante s'inscrit dans une vision critique de la société.

Dans "Lettres du plat pays" (2010), Jean-Luc Outers et l'écrivaine néerlandophone, Kristien Hemmerechts essayent de définir ce qui les sépare et ce qui les unit, l'un en français, l'autre en néerlandais. Ils échangent leurs points de vue sur la politique belge, sur les événements du monde, donnent leur sentiment sur l'actualité culturelle, évoquent les villes et les paysages qui les ont marqués (Anvers et Bruxelles, les canaux, les terrils, les usines désaffectées, les étendues de sable et de pins...) et leur pays, si petit vu d'Inde, du Mexique ou du Chili.

Parmi ses romans, on peut citer, outre « L'Ordre du jour », "La Place du mort" (1995), « La compagnie des eaux » (2001), « Le bureau de l'heure » (2004), "Le Voyage de Luca" (2008).

Présentations

"La Place du mort": À la suite d'un accident cérébral, la moitié d'un homme devient comme feuille morte. "Un scanner avait révélé une tache blanche située en plein centre du langage." Ce demi-géniteur prend place sur le siège avant de la voiture, à côté du chauffeur, le fiston. La place du mort. Une longue transhumance commence. Sans but avoué, semble-t-il. Au hasard des cartes routières. Les paysages se détachent dans le ciel comme des tableaux de Magritte. Le véhicule file à vive allure sur les veines de l'asphalte. Ce voyage somnambulique conduira cet étrange tandem sur la digue d'Ostende, dans le Périgord noir, le Cantal, à travers les Alpes, jusqu'aux quartiers résidentiels d'une cité suisse, avec ses larges avenues et ses banques fermées

« La compagnie des eaux »: Fasciné par l'oeuf et ses mystères, Valère ne peut tomber amoureux que d'une femme enceinte ; son frère Maxime est, lui, tenaillé par l'angoisse du vide. Les obsessions des deux hommes se cristallisent autour du ventre arrondi d'Eva, la femme de Maxime.

« Le bureau de l'heure »: Célestin est fonctionnaire, il travaille au bureau de l’heure à l’Observatoire d’Uccle. Il est chargé de conserver l’heure légale et de la transmettre à diverses institutions, dont l’horloge parlante, il est aussi responsable de changer l’heure aux solstices d’hiver et d’été. Devenu insomniaque, il est obsédé par ce temps qu’il essaie parfois de domestiquer ou, au contraire, dont il tente de fuir la tyrannie, pendant ses heures libres…

"Le Voyage de Luca": Lorsque Julie annonce à Marian qu'elle est enceinte, celui-ci ne bondit pas de joie. La peur de ne pas être un père à la hauteur le paralyse et les bouleversements en vue dans sa vie confortable lui inspirent certaines craintes. Lorsque leur fils Luca voit le jour, tout un apprentissage doit se mettre en place. Celui-ci s'épanouira lors d'un long périple aux États-Unis, terre de découverte et d'humilité. Le trio voyage à bord d'un van VW racheté d'occasion. La route est longue. Les étapes nombreuses sont autant de moyens de se découvrir et de grandir ensemble. Cette situation va rapprocher Marian de son fils, mais l'éloigner paradoxalement, peu à peu, de Julie.

Francis Dannemark (1955)

Poète et romancier, Francis Dannemark (1955) écrit par petites touches de pinceaux à l’encre diluée, tout en délicatesse. Nombre de ses textes ont en leur centre, un lieu (maison, école, château) et/ou une ville.

Parlant son œuvre, il déclare: « Je crois que tout ce que j’écris parle des liens entre les gens qui se font, se défont, se font mal. Les humains,seuls, sont d’un inintérêt total ! La seule chose qui les rend intéressants, c’est leur incroyable tendance à nouer des liens et à les défaire, parfois violemment. Les problèmes de société, de politique sont présents, mais en arrière-plan. C’est donc fatalement plutôt intimiste. (...) Je trouve que la vie n’est pas très facile, j’ai donc écrit la plupart de mes livres avec l’envie de rendre le cours des jours plus léger… Ce n’est pas pour rendre les gens plus intelligents, mais pour les apaiser, mettre un peu de douceur dans leur vie. Idéalement, l’objectif serait d’augmenter un petit peu le champ de conscience. Un livre qui vous touche peut agrandir le regard. (...) On dit souvent que l’art est gratuit, mais il est, à mes yeux, fondamentalement utile. Pour moi, petit-fils de paysan, un livre doit être aussi utile qu’une charrue. Tout art permet, en effet, de faire passer des informations complexes, paradoxales, de faire entrevoir des vérités bouleversantes. Il permet de montrer à tout le monde, à qui veut le voir, ce qui d’habitude ne se voit pas.»tip.

Parmi ses romans, on peut citer: « Le voyage à plus d'un titre » (1981), « La nuit est la dernière image » (1982), « Mémoires d'un ange maladroit » (1984), « L'hiver ailleurs » (1988), « Choses qu’on dit la nuit entre deux villes » (1991), « Les agrandissements du ciel en bleu » (1992), « La longue promenade avec un cheval mort » (1993), « La grève des archéologues » (1998), « La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis » (2012).

Présentationstip

« Le voyage à plus d'un titre »: Un photographe délaisse brusquement sa carrière, pourtant brillante. Au volant de sa voiture, il se lance dans le domaine à la fois immense et minuscule des autoroutes et le parcourt inlassablement, ne s'arrêtant, sans jamais en sortir, que pour se ravitailler en essence, manger, dormir. S'agit-il d'un pari ? Peut-être… Mais interviennent aussi le désir complexe de faire le point et de prendre la fuite, une fascination un peu suicidaire, également, pour ce monde en circuit fermé, véritable parenthèse au sein du réel.

« La nuit est la dernière image »: Un homme et une femme. Les lieux, provisoires, où ils se retrouvent: villes, désert africain, plage de la mer du Nord. Et tout ce qui, les rapprochant, les éloigne.

« Mémoires d'un ange maladroit »: Dans une vielle maison au bord de la mer du Nord, un homme âgé, Hermann, raconte son histoire ou, plus exactement, ses histoires. Combien de vies a-t'il vécues en traversant l'Europe de l'après-guerre ? Il en livre des bribes énigmatiques à l'homme et à la femme qu'il a engagés pour rédiger ses mémoires. Mais le travail n'avance guère et le lecteur assiste à une curieuse enquête: les protagonistes se font promeneurs parmi les objets du souvenir, agendas, carnets, lettres ...

« L'hiver ailleurs »: Un hôtel en Extrême-Orient, loin de l'hiver. Un homme s'est installé là. Expert en œuvres d'art ? Enquêteur ? Voyageur distrait ? Il travaille. Sans conviction, presque indifférent à l'idée que la mission qu'il a acceptée risque d'échouer. Qu'importerait en effet cet échec, comparé aux catastrophes du passé ? Il écrit des lettres. Il parle ainsi à la femme qu'il aime et qu'il a perdue, évoquant sans espoir de réponse la douleur de ses souvenirs, le charme de Kim, et la douceur un peu mélancolique de son séjour.

« Choses qu’on dit la nuit entre deux villes »: Entre deux villes, entre deux vies, Wolf et Lena se rencontrent, à l'occasion d'un mariage dont ils doivent être les témoins. Voilà de quoi faire une ou plusieurs histoires d'amour, au gré d'une conversation au bord de mer, en hiver, quand tout le monde est ailleurs.

« Les agrandissements du ciel en bleu »: L'été. Théo vient passer quelques semaines à Bruxelles qu'il a quittée depuis des années. La ville a rajeuni, les amis ont un peu vieilli. Entre les retrouvailles et les rencontres, Théo consacre beaucoup d'instants à écouter, dans un café où le temps passe autrement, la musique que joue un jazzman américain qui s'est installé dans cette ville étrange et séduisante où personne n'est étranger puisque tout le monde l'est. A la fin de l'été, Théo s'en ira, seul comme il est arrivé. Et plus tard, il reviendra, pour une femme autrefois perdue puis enfin retrouvée. Mais pour le moment, il ne sait rien ; il se promène en observant le mouvement des choses et des gens, qui scintillent comme du cristal taillé dans un rayon de soleil.

« La longue promenade avec un cheval mort »: C'est l'automne. Sur une route de campagne roule un camion. Il transporte un cheval congelé qui s'appelle Hope. David est au volant. Il prétend qu'il est jardinier - mais il est surtout perdu. Pourquoi a-t'il détruit la maison de ses rêves ? Pourquoi néglige-t-il son travail ? Pourquoi a-t'il quitté la femme qu'il aime ? Et que fait-il là avec ce cheval pour compagnon ? Telles sont les questions que se pose Antoine, qui vient de rencontrer David dans un champ de boue où l'un et l'autre ont dérapé.

« La grève des archéologues »: C'est l'hiver. Françoise et Ludovic partent à Venise, emportant avec eux des morceaux de vie plus ou moins chiffonnés.

« La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis »: Un roman polyphonique où l’auteur peint un portrait de groupe: des personnages s’y retrouvent, nouant des liens d’affection, d’amitié, de convivialité. L’action a pour décor un immeuble de Bruxelles, qui fut naguère une maison médicale et où vit maintenant Max, psychologue quinquagénaire qui, avec un de ses amis, l’enthousiaste cinéphile Jean-François, y a créé un club où, chaque mercredi soir, après un repas préparé à la bonne franquette, on regarde l’un ou l’autre classique de l’écran, de préférence des comédies américaines de bonne cuvée.

Eugène Savitzkaya (1955)

De père polonais et de mère russe, Eugène Savitzkaya, poète, romancier, nouvelliste et auteur de théâtre a publié ses premiers poèmes dès l’âge de 17 ans. De l'enfance, il a conservé une capacité à s'émerveiller de tout ce qui l'entoure, les choses de la nature en particulier. Il y a chez lui une attention extrême au monde concret, matériel, qui exclut pratiquement, dans ses livres, tout ce qui est d'ordre psychologiquetip. Les romans d'Eugène Savitzkaya se conçoivent souvent selon une intention similaire: privilégier les métaphores, les thèmes obsédants au détriment de l'intrigue et fonder la trame sur la musique de la langue. Ils sont dotés d'une grande force poétiquetip.

Parmi ceux-ci, on peut citer: « Mentir » (1977), « Marin mon cœur » (1992), « En vie » (1995) ou encore « Célébration d’un mariage improbable et illimité » (2002).

Présentationstip

« Mentir »: Mentir, donne l'occasion à un lointain narrateur à la mémoire incomplète d'évoquer sa propre enfance. Est-ce la sienne du reste ? On ne saurait le dire avec précision. Un seul personnage, la mère, va et vient dans une sorte de perpétuel ennui. Mais cet ennui, curieusement, semble fait d'anciens souvenirs qui désagrègent le quotidien. Le temps s'arrête, dirait-on. La mère, du pré à la chambre, cherche l'un ou l'autre objet, prépare une valise, annonce son prochain départ. Souvent, le narrateur rapporte ces menus événements, à la fois grandioses et inexistants, d'un ton détaché, monocorde.

« Marin mon cœur »: Dans ce livre, tout se passe pour la première fois. Marin découvre le monde et le monde découvre Marin. Marin ou une partie de Marin peut se dissoudre dans l'eau et s'élever dans l'air. Marin est hypnotisé par un chat. Marin oblige la mer à s'aplatir. Marin mange du poisson et Marin mange de la terre. Le riz fait rire Marin. Marin ou une partie de Marin s'enfuit en carrousel. Qui est Marin et de quoi est-il fait ? À ces deux questions, il n'existe qu'une réponse. Mais l'auteur préfère donner sa langue au crapaud-buffle.

« En vie »: Il y a un jardin au milieu d'une ville. Au milieu du jardin est bâtie une maison. Il y a du bruit et des odeurs: la maison est habitée. Les habitants de la maison vaquent à leurs occupations. Les tâches sont nombreuses et très variées. Il faut réparer les vêtements et la maison elle-même qui, comme la plupart des maisons, menace de tomber en ruine. Il faut préparer les repas et manger. Il faut balayer et nettoyer. Sitôt nés, les enfants grandissent. Lorsqu'elle est pleine, on sort la poubelle. Après la nuit vient le jour. Au jour succède la nuit. Après l'automne vient l'hiver. Les vêtements s'usent. Les cheveux vieillissent et redeviennent très fins et très doux. On cuit des légumes verts dans l'eau bouillante. Le sel est à sa place.

« Célébration d’un mariage improbable et illimité »: Quelque part dans le monde un festin se prépare, des noces sont célébrées: la corporation des bouchers marie ses enfants. Pour honorer les deux tribus qui se lient, sont présentes les autres tribus de la confrérie/sororerie. On parle, on boit, on chante, on jure, on évoque le destin. Autour des convives, le temps, s'exprimant par le vrombissement des mouches, le bourdonnement des abeilles, le bruit des feuilles et les trilles têtus des merlettes, les asperge de questions fondamentales. Fiancée et fiancé sont absents de la fête.

Jean-Philippe Toussaint (1957)

L' œuvre de Jean-Philippe Toussainttip se divise en deux périodes. La première contient des romans qui se distinguent par leur humour: « La Salle de bain » (1985), « Monsieur » (1986) ou « L'appareil-photo » (1989). A ce propos, il déclare notamment: « Je propose de façon sous-jacente, sans l’exprimer théoriquement, une littérature centrée sur l’insignifiant, sur le banal, leprosaïque, le « pas intéressant », le « pas édifiant », sur les temps morts, les événements en marge, qui normalement ne sont pas du domaine de la littérature, qui n’ont pas l’habitude d’être traités dans les livres ».

La seconde période est, quant à elle, plus « sérieuse ». Dans un style ample et un phrasé parfois proustien, Toussaint aborde les thèmes de la mort, du sexe et du voyage. Ses personnages déploient une puissante énergie romanesque. Ils sont toujours en voyage, toujours en mouvement et toujours en danger...

Il est l'auteur d'une dizaine de livres dont « La Réticence » (1991), « La télévision » (1997), « Faire l'amour » (2002) , « Fuir » (2005), « La Vérité sur Marie » (2009).

Présentations

« La Salle de bain »: Une baignoire des plus classiques. Quelqu'un allongé à bord, parfois habillé d'une manière très simple, parfois tout succinctement vêtu, méditant tranquillement, les yeux fermés, avec le sentiment de pertinence miraculeuse que procure la pensée qu'il n'est nul besoin d'exprimer. Lorsque ce dernier, pour quelle raison ? – obscure raison –, commença à passer ses après-midi dans la salle de bain, il ne comptait pas s'y installer.

« L'appareil-photo »: La trame principale de l’histoire est on ne peut plus simple. Le narrateur, un homme dont on ignorera jusqu’au bout le nom, l’âge, les activités et l’histoire, décide d’apprendre à conduire. Il rencontre Pascale, la secrétaire de l’auto-école dans laquelle il s’est inscrit. Par l’évocation d’anecdotes, le roman raconte la naissance d’une histoire d’amour entre eux. Les péripéties sont celles de tous les jours et de tout un chacun. Les personnages, et plus particulièrement Pascale, sont présentés comme des coquilles vides, sans psychologie ni réels sentiments. Les différentes scènes du roman se succèdent un peu abruptement, sans transition, souvent sans rapport les unes avec les autres, comme dans un film. Les décors, quant à eux, sont très ordinaires: une auto-école, un centre commercial, une école, une chambre d’hôtel, une cabine téléphonique…

« La Réticence »: C'est une très petite chose qui m'est arrivée. Qui aurait très bien pu vous arriver. Vous êtes en vacances à l'hôtel avec votre fils dans un petit village et vous vous apprêtez à aller voir des amis, mais quelque chose vous arrête, une réticence mystérieuse qui vous empêche d'aller les trouver. C'est le roman de cette réticence, minuscule et ponctuelle, et de l'inquiétude qu'elle va peu à peu fomenter. Car, non seulement vos amis ne sont pas là quand vous vous décidez à aller les trouver, mais, quelque jours plus tard, vous découvrez un chat mort dans le port, un chat noir qui flotte devant vous à la surface de l'eau.

« La télévision »: Un historien d’art est venu passer son été à Berlin afin de rédiger son essai sur le peintre Titien, laissant femme et enfants partir en vacances en Italie. Cependant un élément va venir perturber ce moment d’étude et de retrait: la télévision, objet maléfique qui a pris trop d’importance avec le temps, imposant ses images et ses sons qui ne sont que des illusions de réalité. Il faut y mettre un terme, dire stop et s’en libérer…mais notre homme va pimenter cette épreuve en gardant son poste de télévision chez lui, pour lui faire face, lui résister jour après jour !

« Faire l'amour »: C'est l'histoire d'une rupture amoureuse, une nuit, à Tokyo. C'est la nuit où ils ont fait l'amour ensemble pour la dernière fois. Mais combien de fois ont-ils fait l'amour ensemble pour la dernière fois? Souvent.

« La Vérité sur Marie »: C'est le troisième volet d'une trilogie qui comportait déjà « Faire l'amour » (2002) et « Fuir » (2005). Il ne s'agit pas à proprement parler d'une suite, mais d'un prolongement, d'un nouveau chapitre de l'histoire d'amour qui unit et sépare, rapproche et éloigne la fantasque et séduisante Marie et le narrateur.

Régine Vandamme (1961)

Ecrivain de l'intime, Régine Vandamme est notamment l'auteur de :« Ma mère à boire » (2001) et de sa suite, « Professions de foi » (2006), ainsi que de « Feu » (2010).

Présentations

« Ma mère à boire »: "Ma mère boit. Beaucoup. Trop. Du vin rosé. Sa bouche sent le vin. Le rosé lui fait les joues bouffies, rougies et brûlantes. Le vert de ses yeux se perd dans un banc de brouillard givrant à couper au goulot. Elle n'a rien connu des grands moments qui font la petite vie des femmes, de leurs luttes et turlutes au jour le jour. Elle ne sait pas ce qu'elle a manqué. Pour ça, je crois qu'elle n'est pas totalement une femme. Et j'en reste à me demander comment on peut passer une vie sans faire de liens quand de naissance on a la science des nœuds." Ma mère à boire raconte la vie d'une femme, ses espoirs, ses déceptions et ses abandons. Ce roman incantatoire invite, avec sévérité et tendresse, à l'accompagner dans sa dérive, mais aussi dans ses retrouvailles inattendues avec la vie.

« Professions de foi »: Dans ce livre qui prolonge et clôture « Ma mère à boire », l’auteur aborde le sujet délicat de la disparition prochaine d’un être cher et de son accompagnement jusqu’aux limites extrêmes de la vie.

« Feu »: Reclus dans son appartement où il tente de survivre à la dérive de son existence, Hughes Worm, journaliste autrefois promis à un brillant avenir, sombre dans le désespoir, loin des siens, loin du monde, à l’âge de 44 ans. D’heure en heure tout au long d’une journée caniculaire, son histoire se dévoile, banale, bancale, l’histoire d’un homme aux prises avec un mal-être contre lequel il a renoncé à se battre.

Xavier Deutsch (1965)

Parlant de son travail d'écrivain, Xavier Deutschtip déclare notamment:

« En littérature, l'auteur n'a rien à dire, rien à exprimer, aucun message à transmettre. Pour moi, la littérature ne sert pas à cela. Elle ne peut pas avoir pour fonction de se mettre au service d'un auteur, de permettre à cet auteur de parler de lui à travers un roman. Au contraire, c'est l'auteur qui se met silencieusement et respectueusement au service de son roman, pour le mettre au monde en lui donnant forme. (...) A aucun moment je n'essaie de « faire passer un message » (...). Mon seul but, c'est de faire exister un roman, ce territoire libre et nouveau n'ayant encore jamais existé. (...) Mes romans sont, pour moi, comparables à des enfants que j'aurais mis au monde, ils sont donc mystérieux à mes yeux. Ils possèdent des secrets, des ombres, et des significations multiples. (...) C'est un peu comme un jardin étrange dans lequel chaque lecteur se promène et dans lequel chaque lecteur trouve des sentiers, des arbustes, des animaux, des ombres et des courants d'air différents. C'est bien le même jardin qui est ouvert aux lecteurs, mais chacun y fait sa propre promenade. (...) Ce qui importe, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire (puisque, je le répète, je n'ai rien voulu dire). Ce qui importe, c'est le sens que chaque lecteur donne au roman, durant sa lecture. ».

L'univers de Xavier Deutsch se situe entre tendresse et provocation, entre douceur des amitiés et aventures. Parmi ses nombreux romans, on peut citer: « Victoria Bauer ! » (1996), « Samuel est revenu » (2001), « La belle étoile » (2002), « De l'univers » (2005), « Une belle histoire d'amour qui finit bien » (2010), « Onze! » (2011).

Présentations

« Victoria Bauer ! »: Lionel, passionné par la photographie, est aussi fasciné par Victoria Bauer, la présentatrice du journal télévisé. Par un subterfuge adroit, il parvient à la rencontrer et à lui exprimer son désir: plus que tout, il rêve de la photographier. Victoria Bauer accepte, à condition que Lionel réussisse d'abord sept épreuves.

« Samuel est revenu »: Trois frères, pendant la guerre de 14: deux d'entre eux tombent sous les balles, et le troisième, à l'Armistice, rentre au village. Mais ce qu'il y découvre n'a pas grand-chose à envier à la violence du front.

« La belle étoile »: Une guerre étrange s'est soulevée en Asie: quatre cent millions de chiens, d'horribles dogues, cavalent vers l'Est en dévastant tout ce qu'ils rencontrent. Rien ne les arrête. Ils repoussent devant eux des populations de réfugiés. Dans le petit port chinois de Lushun, bientôt, il ne reste qu'un moyen de fuir l'apocalypse: un cargo français, « La belle étoile », et ses douze marins.

« De l'univers »: L'histoire est celle d'un homme qui habite le village de Jaisnes, en Ardenne, et qui entreprend de construire un bateau pour aller, au Pôle Nord, à la recherche de nouvelles terres, de nouveaux peuples, et de Christophe Colomb.

« Une belle histoire d'amour qui finit bien »: Paul, Achille et Zoé, trois amis de longue date, jouent à faire craquer des étincelles. La vie est belle quand on s'empare de la volupté, quand on ne craint pas ses désirs

« Onze! »: C’est un tout petit club de Flandre qui se retrouve en demi-finale d’une Coupe d’Europe, face à l’AC Milan. C’est le choix d’une stratégie: onze hommes sur le terrain, côté flamand, et personne sur le banc. Il n’y aura pas de remplacements. C’est l’histoire d’un pari fou, d’une improbable rencontre entre David et Goliath

Amélie Nothomb (1967)

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Se définissant comme une « graphomane malade de l'écriture », Amélie Nothomb publie à peu près un roman par an et ce, depuis la parution de son premier, « L'hygiène de l'assassin », en1992.

Sa production oscille entre des textes à contenu plus ouvertement autobiographiques (évoquant, notamment, ses différents séjours au Japon, pays où elle est née, ou sa vie en Chine lorsqu'elle était enfant) comme « Le Sabotage amoureux » (1993), « La métaphysique des tubes » (2000), « Stupeur et tremblements » (1999), « Biographie de la faim » (2004), « Ni d'Eve ni d'Adam » (2007), et des récits plus fictionnels tels « Mercure » (1998), « Les Combustibles » (1994), une pièce de théâtre, « Péplum » (1996), ou encore « Le Voyage d'hiver » (2009).

Chez cette écrivaine, une forme de cruauté et d'humour s'intègre à un romantisme qui plonge dans l'univers actuel. Tous ses livres mêlent l'étude psychologique et morale à la dimension parabolique. Son style est unique, singuliertip.

Présentations

« L'hygiène de l'assassin »: Le livre raconte l'histoire d'un tête-à-tête entre un nommé Prétextat Tach, Prix Nobel de littérature, misanthrope et ermite, qui n'a plus que deux mois à vivre, et une jeune journaliste venue l'interviewer.

« Le Sabotage amoureux »: Elle y raconte sa vie en Chine de 1972 à 1975: sa rencontre avec la jeune Elena, personnage cruel et inaccessible, idéal de beauté enfantine ; la guerre à travers les batailles incessantes que se livrent pendant ces trois ans les enfants des ambassadeurs, regroupés dans la cité ghetto San Li Tun, à Pékin et surtout la liberté qu’elle goûtera pendant ces trois ans. Ce roman est ainsi une sorte de voyage initiatique au cœur de l’enfance d’une fillette de 7 ans.

« La métaphysique des tubes »: Elle y narre sa vie au Japon jusqu’à l’âge de trois ans. À sa naissance et jusqu’à l’âge de deux ans et demi, Amélie est considérée par tous comme un « tube digestif inerte et végétatif dont les activités se bornent à ses besoins primaires». Cette vie passive est à l’origine d’une réflexion sur la vie, sur Dieu, mais aussi l’occasion de faire un portrait humoristique, voire satirique, de la vie familiale du point de vue d’un tube.

« Stupeur et tremblements »: Amélie, originaire de Belgique qui a vécu sa petite enfance au Japon, a toujours admiré le raffinement et l’art de vivre du pays. À l’âge adulte, elle y retourne pour un contrat d’interprète au sein de la prestigieuse compagnie Yumimoto, afin d’y travailler et d’y vivre comme une vraie Japonaise. La jeune femme se heurte à un système rigide auquel elle a du mal à s’adapter et enchaîne gaffe sur gaffe. Sous les ordres de la belle Mademoiselle Fubuki Mori, elle-même sous les ordres de Monsieur Saito qui lui est sous les ordres de Monsieur Omochi aux ordres de Monsieur Haneda, la jeune « Amélie-san » est aux ordres de tout le monde.

« Biographie de la faim »: Les habitants de Vanuatu, eux, n'ont jamais eu faim. Ils ne connaissent pas les sentiments que la faim engendre car tout est à leur disposition, et de ce fait, deviennent fats et mous. Amélie, elle qui vit en permanent état de surfaim, essaie par tous les moyens de combler le vide qui la caractérise. Elle s'enivre les yeux par les beautés du monde, les collines autour de son jardin japonais, la beauté de sa sœur, le cœur par les câlins de sa nounou, les sens par l'ivresse d'une course folle, ou une plongée mentale dans le vide, ou tout simplement elle se remplit le corps d'eau. Amélie est passionnée par la faim et celle-ci domine sa vie, saura-t-elle sortir de sa servitude, ou se conduira-t-elle vers l'anorexie?

« Ni d'Eve ni d'Adam »: « Ni d’Ève ni d’Adam » narre l’histoire amoureuse qu’a connue l’auteure avec un jeune Japonais de bonne famille rencontré dans le cadre de ses cours particuliers de français.

« Mercure »: Mars 1923 à Mortes- Frontières au large de Cherbourg. La jeune Hazel vit recluse à l'abri de tout miroir qui pourrait lui révéler l'horreur qu'est devenu son visage emporté par la guerre. Mais cette horreur n'empêche pas son bienfaiteur, le vieux capitaine Omer Loncours de la désirer et de vouloir la posséder au désespoir de la jeune fille. Engagée pour la soigner, la belle et sagace Françoise va tout tenter pour disputer la magnifique jeune beauté au vieillard et la tirer de la prison mentale qu'il a construite pour permettre l'assouvissement de son amour dément et paroxystique.

« Les Combustibles »: Un professeur de littérature, son assistant et une étudiante sont réfugiés dans le salon de l'appartement du professeur alors que la guerre et l'hiver sévissent dans la ville. C'est le second hiver que la guerre s'acharne sur ces vies. Les ressources sont épuisées, il n'y a plus de combustible pour mettre dans le poêle. Plus rien, à part la bibliothèque, remplie de livres, au fond de la pièce. Pour survivre, se pose alors la question de l'autodafé. Oui, mais quel livre brûler en premier et quel livre garder encore un peu? Quel livre vaut plus qu'un instant de chaleur?

« Le Voyage d'hiver »: Zoïle est agent EDF et se rend au domicile de ses clients pour intervenir sur leurs installations électriques. Il rencontre un jour dans le cadre de son travail Astrolabe, une belle jeune femme qui veille sur la vie d’une drôle de romancière, Aliénor. L’amour est au rendez-vous, mais c’est sans compter sur le dévouement exclusif d’Astrolabe pour Aliénor. Malgré les tentatives de Zoïle à se débarrasser de la présence encombrante de la romancière Aliénor dans la vie d'Astrolabe son agent et protectrice, afin de vivre pleinement son amour pour cette dernière, son échec sentimental dérive en un acte de terrorisme aérien, par le détournement d'un avion de Roissy avec un tesson de bouteille afin de l'écraser sur la tour Eiffel...

Thomas Gunzig (1970)

Auteur de nouvelles, de romans et d’œuvres pour la jeunesse, c'est en 1993 que Thomas Gunzigtip publie son premier roman, « Situation instable penchant vers le mois d’août ». Ses fictions sont marquées par son humour cruel et noir, comme dans son recueil « Le plus petit zoo du monde » (2003) où chaque nouvelle met en scène un animal sympathique et familier qui connaît un sort funeste. Très présente, la critique sociale n'est jamais orientée, ni catégorisable. Enfin, il oscille entre une culture érudite et une culture populaire, à laquelle il rend explicitement hommage dans « 10 000 litres d'horreur pure, modeste contribution à une sous-culture » (2007). Il a notamment reçu le Prix Victor Rossel 2001 pour son premier roman « Mort d'un parfait bilingue » (2001).

Présentations

« 10 000 litres d'horreur pure, modeste contribution à une sous-culture »: Cinq étudiants partent en week-end dans un chalet perdu au bord d'un lac pour se détendre après leurs examens. À la nuit tombée, ils aperçoivent une ombre qui les observe en lisière de la forêt. Le cauchemar va commencer...

« Mort d'un parfait bilingue »: 1978, dans une ville étrangement semblable à Sarajevo après-guerre, tout un monde d’aventuriers, de miliciens et de mafieux interlopes, côtoie les petites gens qui survivent comme ils peuvent aux années de guerre. Le héros, mercenaire par hasard et par nécessité, être plutôt moral dans un monde sans morale, a la mauvaise idée d’avoir une aventure avec la maîtresse d’un parrain local. Pour sauver sa peau, il doit accepter une abominable mission et se retrouve enrôlé dans le bataillon d’élite " Les pluies de l’automne ", dont les exactions sont retransmises chaque jour à la télévision, comme une émission de variétés de prime time, et sponsorisées par les plus grandes multinationales…

Nicolas Ancion (1971)

Le premier roman de Nicolas Ancion, « Ciel bleu trop bleu » (1995), va intriguer la critique par sa poésie absurde et cruelle. De nombreux autres romans vont suivre, pour les adultes comme pour la jeunesse. Parmi ceux-ci, on peut citer « Écrivain cherche place concierge » (1998), « Quatrième étage » (2000), et « L'homme qui refusait de mourir » (2010). On peut également citer « L’homme qui valait 35 milliards » (2009), livre qui regorge de références à l’actualité et à des personnages notoires dans la région liégeoise. Il est également auteur de théâtre et de recueils de poésietip.

Présentations

« Écrivain cherche place concierge »: " Ecriv. ch. pl. concierge ». C'est avec cette petite annonce que Victor, jeune écrivain paresseux et sans le sou, a décidé de trouver du boulot. Concierge, n'est-ce pas l'occupation idéale pour écrire au calme ? Surtout quand il s'agit simplement de garder un château, perdu au milieu de la campagne. Mais la campagne n'est plus ce qu'elle était. Bien sûr, il reste les fermes en pierre de taille, les bouses de vache, l'herbe humide sous les pieds nus. Mais il faut ajouter à cela les trajets de bus interminables, les mariages qui tournent mal, les mobylettes et les motos, les filles en tenue de tennis, et, par-dessus tout, un lapin en peluche et un ours amateur de gâteaux au chocolat. On le comprend, au milieu de tout ça, Victor n'a plus vraiment ni le temps ni l'envie d'écrire.

« Quatrième étage »: Ce roman raconte les histoires d’amour de Serge et Louise, ainsi que de Thomas et Marie. Ces deux récits parallèles se recoupent par divers éléments communs.

« L'homme qui refusait de mourir »: conte qui s'inspire librement des recherches de François Taddéi sur le vieillissement des bactéries et la transmission du savoir dans la nature, depuis les unicellulaires jusqu'aux humains. A mi-chemin entre le roman d'anticipation et le thriller, ce conte prend à contre-pied les travaux du chercheur et, revisite la figure du savant-fou et de l'apprenti sorcier, les histoires de robots et de trafic d'organes.

« L’homme qui valait 35 milliards »: Ce livre, dont l’intrigue se déroule à Liège, raconte l’histoire de Richard, touché par le drame que vit son ami Octavio. Celui-ci vient brusquement de perdre son emploi suite à la fermeture d’un haut-fourneau liégeois. L’homme ne peut retenir ses larmes face à cette annonce. Mais la tristesse de son ami pousse Richard à intervenir. Artiste en quête de l’œuvre ultime, il décide de “ changer l’ordre des choses ” en enlevant celui qui a fait souffrir son ami: Lakshmi Mittal.

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